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UNE ÉLECTION

Dialogut entre A , B , C.

Tu triomphes, enfin, et grâce à nos intrigues Tu rempliras encor la place que tu brigues.

Tes concurrents honteux, après un vain combat, Vont laisser dans tes mains les rênes de l'État. Les vœux de tes élus en tous lieux me secondent, Et les meneurs du peuple à nos désirs répondent. Un seul rival te reste, et ses fiers partisans Font pour le soutenir des efforts impuissants. Encore quelques jours, et ton destin prospère Confondra sans retour tout le parti contraire.

Ce rang qui m'est si cher, j'en ai le doux espoir, A votre zèle ardent je vais donc le devoir; Et mon cœur satisfait de tant de complaisance, Ne mettra plus de borne à ma reconnaissance.

Annoncez de ma part à tous mes partisans .

Une charge solide ou des partis brillants.

Les moindres citoyens nous seront nécessaires; Ménagez, s'il le faut, jusquesaux prolétaires; Et quand vous rencontrez des esprits trop rétifs D'avance promettez les emplois lucratifs.

Ce moyen est certain, j'en ai plus d'une preuve : Il n'est pas de coeur pur qui soit k cette épreuve.

Ainsi, tu penses donc, dans ton aveugle erreur,

Qu'il n'est plus en ces lieux de sentiments d'honneur ;

Et que d'un vain emploi l'orgueilleuse manie

Etouffera chez nous l'amour de la patrie !

A ce hideux portrait, non, non, je ne saurais

De mes concitoyens reconnaître les traits.

Il est des cœurs sans tache, il est de nobles âmes

Que l'amour de l'État brûle encor de ses flammes,

Et parmi les trésors à ces lieux réservés

Sont des germes d'honneur avec soin conservés.

Entre les citoyens de cet heureux rivage

On peut trouver encore un homme juste et sage. Ne trompons pas l'espoir d'un peuple libéral : Au bonheur avec lui marchons d'un pas égal ; Et lorsque nous voyons en ce jour l'Amérique Nous confier le soin de notre république, Indignes de jouir de nos brillants destins, Mettrons-nous notre sort en d'étrangères mains?

Quoi donc l'Américain, si Ton veut bien t entendre, Étranger dans ces lieux à rien ne peut prétendre ! Et tu voudrais des lois sapant le fondement, Faire de chaque Élat un peuple différent!

Abjure cette erreur à l'Union fatale, Affreuse en politique, et funeste en morale.

Loin de nous, loin de moi toute distinction Entre les fédérés de l'heureuse Union.

Je sais que l'habitant de la Pensylvanie Est citoyen ici comme à Philadelphie ; Et plût aux dieux encore qu'on ne nous vit jamais Sous nos antiques noms d'Anglais et de Français, Tour à tour protégeant la France ou l'Angleterre, Joindre à nos intérêts ceux de l'autre hémisphère! Quoique frères, pourtant, nous avons entre nous

De semblables rapports ; mais non les mêmes goûts. Sans rompre les liens d'une union si chère, Chaque État peut garder son propre caractère. Tel d'un arbre grefté de vingt fruits différents S'unissent sur un tronc les rameaux verdoyants. Chaque branche a, nourrie à la tige commune, Un différent feuillage, et la même fortune.

Mais parlons sans détour, réponds avec candeur : Le Kentucky chez nous prend-il son gouverneur ? Et le cultivateur des champs de Virginie, Va-t-il donc quelquefois, dans sa folle manie, Dédaignant les trésors de son propre climat, Chercher au Maryland son premier magistrat ?

Laisse donc ce pays se gouverner lui-même Et cesse d'aspirer à la place suprême.

Ceux qu'on veut m' opposer pour tenir le timon, Ont, je crois, des vertus, du sens, de la raison ; Mais, ces hommes, dis-moi, ont-ils cette science Que dç>nne d'un emploi la longue expérience?

Des faux pas que tu fis ils sauront profiter En regardant ta trace et sachant l'éviter.

Se tromper quelquefois, tel est le sort de l'homme Mais du peuple breton ignorant l'idiome, Comment, s'il est Français, le premier magistrat Recevra- t-il du chef les secrets de l'État?

Quoi donc ! abandonnant les façons de nos pères, Prçndrons-nous une langue et des mœurs étrangères ! Et l'aigle, notre emblème et le roi des oiseaux, Veut-il que Philomèle imite les corbeaux, Non, il comprend assez, sans avoir d'interprètes, Les accents du moqueur, les plaintes des fauvettes.

Mais l'heureux candidat qu'avec feu tu défends, Dans Tait de gouverner a-t-il quelques talents ? A l'étude des lois consacra t-il sa vie, Et reçut-il du ciel le flambeau du génie ?

L'occasion fait naître un talent imprévu ; Et sans elle, autrefois, peut-être on aurait vu

Notre grand Washington, soldat sans renommée, Ramper obscurément dans les rangs de l'année.

Ami, tiens, laissons-là d'inutiles discours; Pour arriver au but nos moyens sont plus courts. En effet, penses-tu qu'une tourbe ignorante, Sensible à tes raisons, trahira notre attente ? Avant que le sort juge entre les candidats, laisse les intérêts de ce peuple d'ingrats ; Ou, du moins, reste neutre, et viens par ton silence Mériter les faveurs de la reconnaissance.

Loin d'un cœur insensible à la séduction Porte le souffle impur de la corruption.

Va, de quelque côté que penche la balance.

On ne me verra pas, reçois-en l'assurance, Marchandant les faveurs des différents partis, Vendre ma conscience, et trahir mon pays.

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