PHEDRE
ÉPURE A MADAME CHÛLET,
Actrice u Tbéftlre Frac»» it la tavelle Orient.
Moi, dont la voix flexible a chanté tour à tour Les deux Vénus, le Lit, la Paresse et l'Amour, Je m'approche aujourd'hui de la tragique arène, Et Melpomène en pleurs vers son temple m'entraîne. Mon luth va préluder à de nouveaux concerts; Et c'est à toi, Cholet, que j'adresse mes vers.
Quand, nourrice de Phèdre et les yeux pleins delarmes, Tu parais sur la scène, en calmant ses alarmes, Ciel ! avec quel plaisir je me rappelle encor L'amante de Pyrrhus et la veuve d'Hector?
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Bientôt j'entends les sons de cette voix magique Qui s'élève avec art à la hauteur tragique.
Ah! quel mortel -alors, assez maudit des cieux Sans trouble écouterait tes accents gracieux; Soit que ta voix profère une plainte touchante, Ou que son noble éclat répande l'épouvante!
Surpris, j'ai cru d & abord que tes charmes puissants, En fascinant ma vue, avaient trompé mes sens; Longtemps pour te louer je voulus d'autres preuves; Mais ton art triompha de toutes les épreuves.
Aussi, dût, en ce jour, un rigide censeur M'accuser, à son gré, d'injustice ou d'erreur, Je veux, à tous les yeux, en dépit de l'envie. Te payer le tribut que l'on doit au génie; Et sur la scène enfin te plaçant à ton rang , Ramener k tes pieds le parterre inconstant; Malgré tous les efforts d'une folle cabale , . Et les vains jugements de la loge infernale.
Mais j'entends, à ces mots, tes faibles ennemis Bourdonner au parterre, en essaim réunis.
Ils tremblent pour leurs dieux : dissipons leurs alarmes : La vengeance, Cholet, pour toi n'a pas de charmes ; El tu ne connais pas l'insupportable ennui Que causent les succès et la gloire d' autrui. L'envie et ses serpents ne rongent pas ton àme : Une plus noble ardeur la dévore et l'enflamme.
bans un temple rival, des nuages d'encens Offusquent tous les jours tes zélés partisans ; Mais s'ils voulaient, troublant de pieux exercices, Renverser les autels, souiller les sac ri 6 ces, On te verrait toi-même, arrêtant leurs fureurs, Protéger et l'idole, et ses adorateurs.
Que j'admire dans toi cette aimable indulgence, Le plus noble attribut de la divine essence ! Que j'aime ta douceur et tes soins généreux, Quand de Phèdre plaignant le délire amoureux, Nourrice complaisante, en l'excès de ton zèle, Tu nourris une ardeur tant soit peu criminelle ; Et ne viens pas, soumise à de sévères lois, Réduire au désespoir une amante aux abois !
Mais avec quelle adresse, avec quelle éloquence, En ranimant sa vie avec son espérance, Tu fais voir que chez elle, un coupable transport Est l'ouvrage des dieux, et le crime du sort ; Et flattant un amour, qu'hélas! tu désapprouves, Tendre et fidèle amie, avec quel art tu prouves Que ces mots de pudeur, de vertu» sont très-beaux ; Mais qu'enfin le trépas est le plus grand des maux : Que le cœur doit céder au tyran qui l'opprime ; Et qu'aimer son beau-fils n'est pas un si grand crime !
Je sais bien qu'un docteur, trop prompt à a'alartnef, De ta moraje, ici, pourrait bien te blâmer ;