‹ Les éṕavesChapitre 28 sur 41 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

Mais quelle femme, alors, comme Phèdre séduite, Eût évité les traits du superbe Hippoly te ?

Ah ! Ton ne savait pas, comme on sait en ce jour, Vaincre, par le travail un invincible amour; Et sans avoir recours aux sorts, aux maléfices, Déjouant de ce dieu les malins artifices, Dompter un cœur rebelle, en fatiguant le corps, Comme un coursierfougueux que Ton soumet au mors : Chasser de doux pensers, en ornant sa mémoire Des faits de ses aïeux, consignés dans l'histoire ; Ou bien, l'aiguille en main, par des soins assidus Fixant l'émail des fleurs sur de brillants tissus, Broder, comme faisait une reine d'Ithaque, En attendant Ulysse et son fils Télémaque.

C'est ainsi qu'appliquée à des travaux divers, Cholet, du petit dieu qui régit l'univers, On te voit, défiant les traits et la puissance, Conserver de ton cœur la froide indifférence. C'est en vain, chaquejour, que mille amants nouveaux, Contre toi conjurés, dérangent tes travaux .

Bientôt ta main -rompant le fil de ta couture, Ton aiguille à leurs maux ajoute une blessure; ♦ Et chassant ces frelons qui font tes seuls ennuis, Tu passes d'heureux jours et de tranquilles nuits.

Je tirais sur ton lit les voiles du mystère ; Et te laissant, Cholet, au f ond du sanctuaire,

J'allais chanter encor, quand je sens à la fois Se détendre ma lyre, et s'éteindre ma voix ; J'allais chanter Chéret, si vive et si légère , Et toi, surtout, et toi, trop modeste Notaire; Prodige de candeur, de grâce et de beauté, Que notre aveuglement tient dans l'obscurité. J'aurais chanté Varnet, qui sans effort allie Le fer de Melpomène aux grelots de Thalie ; Et Chéret, ce géant, qu'à lui seul on verra Supporter le fardeau de tous nos opéra :

Ce Tabary si sage, et qui de la nature Nous présente toujours la fidèle peinture :

Pauline, dont l'accent touchant et langoureux Fit couler si souvent des larmes de nos yeux : L'inflexible Marchand, pour lequel on mesure D'une inflexible main l'éloge et la censure; Et l'aimable Leblanc, et le joyeux Closel, Et Paradol enfin, cet homme universel.

Et toi, qu'un Écossais qu'enflamma ton génie,

Sut immortaliser par sa prose fleurie,

Pardon, belle Closel, si j'ai pu t'oublier;

Ma main novice, hélas ! ne saurait délier

Le cothurne charmant que ton joli pied chausse ;

Et je n'ose chasser sur les terres d'Ecosse.

Si la beauté, l'esprit, les grâces, la fraîcheur Pouvaient chez les humains' donner le rang suprême, Oui, sans doute, bientôt un brillant diadème Ceindrait ton front charmant, siège de la candeur; Mais le destin peut seul donner une couronne; Et ton amant, hélas ! ne peut t' offrir un trône ;

Mais...., pour être une divinité,

Gomme il ne te faut plus que l'immortalité, Je te la donne.

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