DE MARTIAL
Quoique le nom de Martial soil très-connu , ses œuvres le sont très-peu ; et la raison en est simple : ses ouvrages sont remplis de tableaux si vivants des mœurs dépravées de son temps, que l'on n'a jamais jugé convenable de le placer au nombre des auteurs claasiques ; et quand un jeune homme sort du collège, Dieu sait s'il lit Martial, assailli qu'il se voit tous les jours par les publications de productions modernes qui ont un intérêt si grand pour lui, qui
pendant tant d'années, ne vécut qu'avec les anciens, et qui voit
pâlir Sésostris , Alexandre et César, ces héros antiques , objets de son admiration, devant ces grandes figures de Napoléon et de ses lieutenants.
Ainsi, quelques-uns de nos lecteurs, nous l'espérons du moins, nous sauront gré de trouver ici un abrégé succinct de la vie de ce célèbre écrivain.
Martial naquit à fiilbilis, petite ville de la Celtibérie, province située au nord de l'Espagne, sur les confins de l'Aragon. Cette ville n'existe plus, et n'eût sans doute jamais été connue si elle n'eût donné le jour à ce poète.
A l'âge de vingt-et-un ans, il se rendit à Rome où son mérite ne tarda pas à le faire connaître. Aimé et estimé de tout ce que l'empire comptait de personnages illustres dans les armes, les arts et les sciences, il fut l'objet d'une bienveillance constante pour tous les empereurs sous lesquels il vécut, et fut honoré d'une affection particulière par Titus et par Domitien qui le comblèrent d'honneurs et de richesses.
Il vécut sous Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus, Domitien, Nerva et Trajan. Ce fut un ou deux ans après l'avènement de ce dernier à l'empire, que se croyant négligé par lui après un séjour de trente-cinq ans à Rome, il revint dans sa patrie où il mourut au bout de quatre ou cinq ans. Ainsi, dans l'espace de soixante ans, terme de sa carrière, il vit s'élever et tomber ces huit dominateurs du plus vaste et du plus puissant empire.
Martial était, dans la véritable acception de ce terme, un philosophe épicurien. Assez riche pour ne connaître aucune privation,
assez sage pour se contenter de son sort; les écrivains de nos jours le peindraient d'un seul mot : c'était un viveur.
Pendant qu'il menait joyeuse vie à Rome, sa femme, le modèle des femmes, M arcella, lui préparait d'agréables surprises pour son retour. Le temps ne lui manqua pas à cette chère épouse; et lorsqu'après trente-cinq ans d'absence, il vola dans ses bras, elle le reçut sous des bosquets de lauriers et de myrthes fleuris. Une rivière limpide arrosait un charmant domaine de ses ondes capricieuses qu'ombrageaient d'orgueilleux palmiers et une forêt d'oliviers toujours verts. Les palombes et les gallinacées peuplaient de vastes enclos et des tours jumelles. Un vivier retenait l'anguille captive ; et les fruits et les fleurs flattaient tous les sens à la fois. Aussi, disait-il, si Nausicaa m'offrait les jardins d'Alcinoûs, en échange de ceux que je tiens de l'amour de Marcella, je lui dirais : Vos jardins sont plus beaux, Nausicaa; mais j'aime mieux les miens. Pensée si généreuse et si naïve, que nous retrouvons exprimée quelques siècles plus tard par Henri IV, quand il chantait :
si le roi m'avait donné Paris, sa grande ville, etc.
Martial n'eut pas à se louer de l'accueil de ses compatriotes, autant que de celui qu'il reçut de Marcella. Leurs rapports avec lui n'eurent jamais rien d'amical; et c'est sans doute au chagrin qu'il éprouva de se voir l'objet d'une injuste inimitié, qu'il faut attribuer sa mort qui arriva quatre ans après son retour dans sa p t * .
Tons les auteurs de «ou temps, tous les antiques les plus éclairés et les plus sévères des siècles qui l'ont suivi, ne parient de ses ouvrages que de la façon la plus flatteuse ; et ces juges, dont on ne contestera pas la compétence, le rangent sons le rapport du style, parmi les écrivains les plus pars et les plus élégants.