‹ Les éṕavesChapitre 4 sur 41 · AUX DAMES · texte numérisé non relu

AUX DAMES

Ne portez pas un œil sévère Sur un ouvrage inoffensif, Et , dans votre feinte colère .

N'allez pas me brûler tout vif.

Avant d'en faire la lecture , Songez bien, je vous en conjure, Que vous voyez à l'Opéra , Sans que votre pudeur murmure , Ëlsler danser la cachucha.

Ces danses de l'Andalousie , Où vous la voyez se mouvoir Avec autant de frénésie , Sauraient bien mieux , je le parie ,

Vous troubler et vous émouvoir.

Que ma prose et ma poésie N'en auraient jamais le pouvoir.

r aurais couvert de voiles sombres Les traits hardis de mes crayons; Mais le soleil , nous le voyons , Perce toujours les vaines ombres Que l'on oppose à ses rayons.

Dans ses douces convulsions Si j'ai dévoilé la nature , Daignez écouter mes raisons , Et servez-moi de cautions Si quelque prude me censure.

D'abord, l'Amour, cet innocent, Par vos beaux yeux , mesdames , jure Qu'il vous plaît mieux sans vêtement ; Et Vénus même, on le prétend, N'est pas moins belle sans ceinture.

Si les peintres les plus fameux

Dans tous les temps ont sur la toile

Représenté l'Amour sans voile,

Moi, qui suis peintre aussi bien qu'eux,

Dites-moi , pourquoi ne pour rai s- je

User du même privilège ?

Sur les tableaux voluptueux De ces illustres personnages Si vous arrêtez vos beaux yeux , Vous pouvez lire mes ouvrages; Mais lisez bas et sans témoin ; Et les plus amoureuses scènes Ne vous paraîtront pas obscènes Quand les profanes seront loin.

Alors, au lieu des terreurs vaines Que vous inspiraient mes écrits , Une céleste et douce flamme Embrasera vos cœurs épris , Et fera passer dans votre âme Tous les transports que je décris; Mais si ne se pouvant défendre D'un mouvement trop sensuel, Honteux de se laisser surprendre Par un sentiment un peu tendre, Contre moi votre cœur cruel Veut lancer un arrêt mortel, Ne me jugez pas sans m'entend re :

L'Amour est le seul criminel ; C'est ce perfide qu'il faut pendre.

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