CHAPITRE II
Etude Clinique
L'épidermite à levures se présente le plus souvent sous la forme de lintertrigo. C’est la seule forme que nous ayons observée. Aussi est-ce la seule que nous étudierons avec quelques détails. -
M. DuBreuLH lui a donné le nom d°’ « intertrigo mycosique » (Bull. de la Soc. de Derm. et Syph. mai 1921). Cette appellation est trop large : elle englobe en effet toutes les lésions des régions de pli dues à des champignons. Or, parmi elles, les levures ne peuvent en revendiquer qu’une partie. Il nous semble donc préférable de parler tout simplement d’ « Intertrigo à levures ».
Cet intertrigo peut siéger au niveau de tous les plis cutanés mais il a des sièges de prédilection : ce sont les plis inguinaux, les régions périnéales et périanales, les espaces interdigitaux des pieds et, bien que plus rarement, ceux des mains. Il siège assez souvent chez les femmes obèses au niveau des plis sous-mammaires et du pli sus-pubien. Il est beaucoup plus rare au niveaü de l’aisselle. Les lésions ne se limitent jamais aux deux lèvres du pli : elles s'étendent toujours, et parfois assez loin, au dela.
Cet intertrigo se voit aussi bien chez l’homme que chez la femme et à tous les âges. Il atteint toutes les
professions. Il paraît être favorisé par l'Hyperhi-
Ter RARES
drose, l'insuffisance des soins hygiéniques de la peau : c’est ainsi que l’on a observé pendant la guerre, parmi les troupes, un assez grand nombre de cas d’intertrigo levuriformes. Cette-affection est également favorisée par la chaleur. Elle est plus fréquente en été et quand elle persiste longtemps, ce qui est la règle quand elle n’est pas traitée, on observe des accalmies l’hiver et des recrudescences Fété
On doit se demander si cette affection est contagieuse. La question est encore à l’étude. Mais le cas d’intertigo. conjugal à levures observé par M. Dv- BREUILH est en faveur de la contagiosité. M. HUDELo, dans une communication verbale, nous a- dit avoir observé dans sa clientèle de ville plusieurs cas simultanés chez les conjoints.
L aspect clinique de l'affection n’est pas mit
ment le même:\dans toutes les régions. L’épidermite
à levures des espaces interdigitaux a un aspect assez spécial pour légitimer une description distincte. Nous décrirons donc successivement :
1°) L’intertigo à levures des grands plis dont le type. est celui du pli inguinal ;
2°) L’intertrigo à levures des espaces Se ae
des pieds et des mains ;
Puis nous grouperons dans un petit tableau d’ensemble: les caractères principaux des intertrigos à levures communs à ces deux variétés. :
1°) L'Intertrigo levulaire à grands plis (Obs. II à X) cas type ; Intertrigo levulaire du pli inguinal.
Le pli inguino-crural est un des sièges les plus
fréquents de l’intertrigo à levures. Il y revêt ordinairement un aspect très caractéristique parfaitement décrit par MM. DugreuiLH et Jouria et que nous avons retrouvé dans toutes les observations recueillies dans le service de notre maître M. HUDELO — observations résumées à la fin de ce travail.
L’affection débute par un petit placard rouge qui succède probablement à une petite vésicule sèche excoriée. Ce placard s’élargit rapidement et à la période d'état, où l’on observe le malade, non seulemement il remplit toute l'étendue du pli mais il déborde à la face interne de la cuisse sur une hauteur de + à 5"® en moyenne ; souvent même la lésion s'étend vers le périnée, sur la vulve ou le scrotum.
Le prurit est assez variable suivant les sujets mais il est en général assez marqué; dans certains cas il est violent, presque intolérable, Le placard est d’un rouge foncé quelquefois violacé ou lie de vin, parfaitement homogène dans toute son étendue. La surface est unie, lisse, comme vernie, et couverte d’un épiderme très mince sans desquamation (DUBREUILH). Il existe toujours du suintement. Nous insistons dès maintenant sur cette Humidité des lésions car c’est là, comme nous le verrons, un des caractères les plus généraux des épidermites à levures. « Les levures font toujours macérer la peau » comme Pa écrit M. MoNTLAUR (mémoire de 192-).
On voit souvent sur le placard erythémateux, de places en places de petits lambeaux crémeux que l’on enlève très facilement et qui représentent les débris macérés de la couche cornée plus où moins mé-
langés aux poudres précédemment employées.
On ne sent au palper, ni relief, ni épaississement, ni induration de la peau.
Le contour de la lésion mérite toujours d’être examiné de très près car c’est son aspect qui permet ordinairement de soupçonner la présence des levures. Le contour du placard est très finement dentelé : il est, dit M. DUBREUILH, irrégulier, déchiqueté, géographique. Mais surtout, il est marqué par une fine collerette épidermique blanchâtre qui est desquimée sur une largeur de 1 mm. environ. « C’est une bandelette flottante par un de ses bords, adhérente par l’autre, très mince, molle, blanche, humide et paraissant macérée >» (DUBREUILH). Notre maître M. Hu- DELO insiste toujours sur un caractère à son avis très important : si l’on saisit avec une pince le bord libre de cette collerette, on décolle toujours lFépiderme bien au delà de son bord adhérent et avec une très grande facilité : ceci démontre bien encore l’état de macération de la peau. Cependant au-delà de la collerette épidermique il n’y a aucune trace d’inflammation.
Par contre si l’on examine avec soin le voisinage du placard, on remarque la présence de petits îlots erythmateux à bordure desquamante et surtout de nombreuses vésicules blanchâtres de la dimension d’une tête d’épingle à une lentille. Si l’on ouvre ces vésicules il ne s'écoule pas en général, de sérosité. Ces vésicules sèches représentent les éléments d’invasion de la lésion. Nous verrons plus tard, en effet, que c’est dans leur paroi qu’il convient de recher-
cher les agents pathogènes. Ces vésicules se réunis- : sent entre elles, puis à la plaque principale, leur revêtement corné tombe soit spontanément, ou plutôt sous lPinfluence du grattage : ainsi s’explique le caractère extensif de cet intertrigo.
Chez la Ferme, l'intertrigo à levures siège assez souvent au niveau du sillon sous-mammaire, surtout chez les femmes obèses. Il y revêt absolument ie même aspect qu’au niveau des plis inguinaux.
Au contraire, au niveau des espaces interdigitaux des pieds et des mains l’aspect est un peu différent. Nous allons maintenant le décrire.