‹ Les Epidermites à LèvuresChapitre 19 sur 25 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Traitement

La connaissance précise de l’étiologie de ces épidermomycoses à levures a permis d’instituer un traitement efficace. Auparavant le traitement purement symptomatique ne donnait que « des améliorations passagères suivies de récidives obstinées ». Au contraire dès que le traitement a été orienté dans le sens d'un parasite filamenteux les résultats ont été promptement et nettement favorables.

Les détails de ce traitement ont été minutieusement réglés par M. HUDELO dans son enseignement oral et par M. MoxrraUr dans son mémoire de 1920. Ces auteurs rappellent d’abord la grande fréquence de l’eczématisation secondaire au niveau des lésions, eczématisation qui peut être telle qu’elle en dissimule complètement le caractère. II est indispensable de traiter d’abord cet eczématisation avant d’en venir aux traitements spécifiques. Mais il ne faudra pas s’attarder dans ce traitement préliminaire. La grande habileté du thérapeute consistera à bien saisir le moment ou l’eczéma étant guéri il convient de changer radicalement le traitement et de s'attaquer

aux parasites. Il y a là un « tour de main » très déli-

cat dont dépendra le succès de la thérapeutique. Pour calmer l’eczématisation secondaire M. MoxT-

LAUR préconise les attouchements de nitrate d'argent

en solution à 1/20° qui agit à la fois comme antipru-

rigineux et combat l’exosérose et il combine cette

action avec celle de lIchtyol en solution de 1/20: à 1/5. En quelques jours l’irridation est ainsi calmée et l’on peut envenir à la médication spécifique. Mais avant d'aborder la série des antiseptiques il convient dans l’intertrigo des espaces interdigitaux, ou lépiderme est si épaissi, de prendre une autre précaution. Nous avons vu que les levures habitent surtout les couches profondes de l’épiderme. De là la nécessité si l’on veut que les antiseptiques les atteignent d’éliminer les couches superficielles. M. MONTLAUR propose avant l’application des antiseptiques un ponçage méthodique des couches épidermiques avec une pierre ponce très fine. Ce ponçage demande une grande patience et doit être eeffctué avec douceur. 11 ne faut pas en effet excorier les places sous-épidermiques et cependant il faut éliminer toutes les couches épidermiques malades. La pierre ponce devra être cylindro-conique pour permettre le ponçage des plis. L'opération devra être répétée tous les jours.

Quant aux médicaments spécifiques ïls varient avec les auteurs.

MM. GouvroT et GANCEA ont utilisé la teinture d’iode iodurée d’abord à 1/000°, puis à 1/500°, enfin à 1/300°, mais ils notèrent à ce moment-là de l’irritation.

Ils employèrent ensuite la glycérine créosotée à 1/50 puis à 1/40, 1/30, 1/20, 1/10 associée à des bains boratés.

Dans les premières observations de MM. HupELo et

MONTLAUR nous voyons apparaître le ponçage suivi

Rr.

3 IIS ; -dapplications de nitrate d'argent en solution concen-

trée (1/20).

Dans la communication de ces auteurs en collaboration avec M. SARTORY nous trouvons quelques lè-

gnes sur la thérapeutique suivie : ils emploient soit

la teinture d’iode dédoublée soit la traumaticeni chrysophanique au 1/10°, soit la glycérine créosotée

« L'amélioration, disent les auteurs est très rapide et la guérison obtenue en trois semaines environ. » M. DuBREUILH, dans son article des Ann. de Derm. d'avril 1922 indique les 3 antiseptiques dont il se

sert habituellement :

1°) Le traitement qu’il préfère est à peu près la pommade de Whitfield :

Axonge 30 gr.

Acide benzoïque 1 gr.

Acide salicylique 1 à 2 gr.

« Cette pommade appliquée sur les surfaces excoriées et enflammées provoque une vive cuisson assez passagère mais dès le premier jour la démangeaison est moins forte : dès le 2° ou le 3 jour l’application de la pommade est moins douloureuse : au bout de 5 ou 6 jours les parties malades étant sèches, épidermisées, elle n’est plus douloureuse du tout. Le soulagement est considérable dès le 2° jour et la guérison est généralement complète au bout d’une ou deux semaines. Il y a quelquefois des rechutes partielles mais on en vient à bout en quelques jours. »

20) Lorque le suintement est abondant M. Du-

ai

BREUIH emploie, en dehors de cette pommade, des lavage à l’eau iodée (une cuillerée à café de teinture d’iode iodurée dans un demi-litre d’eau).

3°) La pommade à la chrysarobine à 2/100 a donné de bons résultats au même auteur, mais elle n’est pas toujours supportée dans les régions génitales.

M. MoNTrLAUR emploie une technique différente suivant que le malade se panse lui-même ou bien que le pansementest effectué soit par le médecin soit par un aide au courant de ces traitements

A) Si le malade se panse lui-même il prescrit une crème au sulfate de cuivre à 2 0/0 suivant la formule:

Sulfate de cuivre chimiquement pur 2 gr.

Eau distillée 40 faire dissoudre et mélanger à

Vaseline 20

Lanoline 40

Par cette formule ou le sulfate de cuivre est en solution il obtient un imprégnation des couches épidermiques les plus profondes, point d'importance capitale puisque le parasite y est surtout localisé.

Cette médication, moins héroïque que la suivante et d'action plus lente, présente le grand avantage de pouvoir être maniée impunément par les malades.

B) Dans le seuls cas d'intertrigo interdigital et si le pansement est fait par un médecin expérimenté, M. MoxTLAUR recommande la traumaticine chrysophanique au 1/10 non au 1/100. Cette thérapeutique donne des succès remarquables mais elle demande une surveillance stricte du malade. « En 24

heures, quelquefois moins, dit l’auteur, le prurit s’atténue et même disparait et le patient peut enfin gouter un sommeil réparateur car nous le répétons le prurit surtout nocturne de ces affections est féroce. Dans un délai qui peut aller de 15 jours à 3 semaines les malades sont de plus habituellement guéris. »

Le même auteur a pour règle de prescrire à ce moment, alors que les territoires cutanés ne présentent plus qu’un léger erythème, une pâte souffrée ca-

dique au 1/20° ou au 1/10°, suivant la tolérance du sujet qui agit comme keratoplastique et facilite grandement la reconstitution épidermique.

Nous avons ces temps derniers dans le service de M. HUDELO pu suivre les essais entrepris par M. Moxr- ÆAUR de guérison des lésions d’intertrigo à levures par la vaccinothérapie. L’auto-vaccin était préparé par la méthode classique dé Ranque et Sénez (atténuation de la culture par l’iode). Les vaccins emplovés renferment par centimètre cube deux mil-

liards d'éléments. H ne nous est pas possible à l’heure actuelle de porter un jugement définitif sur cette méthode encore trop jeune mais chez un malade en particulier les résultats ont été satisfaisants et semblent se maintenir. M. Favre a d’ailleurs emplové cette méthode dans un cas de sa forme vesico-pustuleuse avec des résultats heureux. Ces questions sont

à l'étude et méritent confirmation.

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