‹ Les épigrammesChapitre 11 sur 31 · TANTUM ERGO · texte numérisé non relu

TANTUM ERGO

truand on a tant erré, tant cherché, tant souffert, un jour vient, calme jour de douceur résig-née, qu'on sourit à la mort, le front haut, l'œil ouvert, tout surpris de l'avoir si longtemps dédaignée

Et dès qu'on entrevoit l'immense apaisement qu'y gag-nent sans effort tant d'inutiles peines, on n'a plus que pitié pour l'obstiné tourment que nourrissait l'orgueil des amours et des haines.

On se souvient alors, le cœur moins irrité : « Ce monde m'était-il de tous ses biens, avare?... Que de bontés, hélas! méconnut ma fierté... » — La mort fait tant aimer ceux dont elle sépare !

l32 LES ÉPIGHAMMES

Sans vaillance à ses propres yeux, Sans honneur quand elle s'écoute Dans le tréfoud mystérieux D'une âme sans cesse en déroute ;

Cédant toujours à son instinct Du confus et de l'indistinct, Du troublant et du délétère, Du complexe et du dissolu, La femme ne pardonne g^uère A qui l'aime pour sa vertu.

Mais subissant, cœur ing-énu.

Jusqu'à tressaillir à son verbe,

LES ÉFIGftAMMES l33

Les raisons d'un vainqueur superbe, Elie méprise le vaincu Dont elle foule, comme l'herbe, L'humilité, — sous son pied nu.

l34 LES ÉPIGRA.MMES

Gomme l'arbre à fruits, le §"énie

Veut qu'on l'ébranclie en sag^e économie,

Ouon l'étaje et l'arrose, et qu'on l'arrose encor.

Féminin de nature, il est mâle d'essor.

Un double sexe en fait la verdeur infinie. Et, dans sa lente et féconde harmonie,

L'un par l'autre, la vie et l'esprit, sans effort, Se conjurent contre la mort.

LES ÉPIGKAMMES lS5

Le monde est ig-noble. Ah ! ma pauvre enfant I Tolère l'horreur de sa rhétorique Qui, nommant tout chaste un antiphysique, De tout délicat fait un impuissant.

Le monde est pervers, car l'homme est méchant. N'admettant l'honneur que vertu publique. Chacun jug-e autrui selon sa pratique... Le monde est stupide... Accommode-t^en.

36 LES KPIGRAMMES

Oh! répouvante de la mort!

Qui n'en est pas hanté sans cesse ?

L'action, l'amour, la jeunesse, L'esprit pur, le cœur sans remord?...

Mais qui donc vit, qui donc est fort Sans ce ferment de sombre ivresse I

LES ÉPIGRAMMES l'6'J

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