‹ Les épigrammesChapitre 15 sur 31 · FAIBLESSES · texte numérisé non relu

FAIBLESSES

Elle me dit : (c Vous m'avez prise, Malgré mes refus révoltés, Pour me voir d'avance soumise A l'approche des voluptés ;

« Vous sentiez que l'odeur divine Du tendre et furieux amour Faisait haleter ma poitrine Vers un abandon sans retour,

« Et ma pauvre bouche éperdue Avait beau démentir mes yeux, Votre org-ueil, me sachant perdue, xVI'était miséricordieux.

iGo LES ÉPIGRAMMES

« Pourtant, ô misère suprême l Vous saviez aussi que mon cœur S'étant livré malgré moi-même S'imposerait à son vainqueur,

(( Et qu'une humble chair sans défense Peut passer, sans trop s'alarmer, De l'impudeur à l'impudence...

Vous saviez tout... Et vous m'aimez! ».

lA.r-, KPIGRAMMES l6l

GV

REÇUIEM ETEUNAM

0 Morts, vous êtes heureux

D'oublier la vie, L'org-ueil de ses rêves creux,

Sa triste folie !

Que ce repos soit néant, Qu'il soit récompense.

Vous dédaig-nez, maintenant, La douleur qui pense,

L'espoir, fragile à nourrir, L'honneur, vaine pompe,

Le désir qui fait souffrir Et l'amour qui trompe.

Vous avez conquis la paix,

0 Morts, cette g-loire !

Fut-il ici-bas, jamais.

Plus pure victoire ?...

Pour avoir nommé son cœur

Sa raison sublime, L'être g-arde la rancœur

De son propre abîme ;

Pour avoir trop exalté

La bonne Nature, Ecrasé par sa beauté

Dans sa pourriture,

L'homme est plus sombre aujourd'hui Qu'au printemps du monde.

Quand Cvbèle était sous lui L'esclave féconde ;

Il est plus grave et plus seul.

Sachant que sa vie N'a bien de toi qu'un linceul,

0 terre ennemie !

LES ÉPIGAAMMES l63

Et se retournant sans fin

Sur son âpre couche, Adam, qu'a fait le destin,

Désormais farouche,

Ame sans souci d'un port.

Barque délaissée, Meurt en léguant à Ja Mort

Sa morne pensée. (

l64 LES ÉPIGRAMME8

GVI

Au bosquet de Psyché je rêve une colonne Fruste en son marbre fin sous quelque mousse d'or Et supportant, léger à son rythmique essor, Comme un front virginal que ceint une couronne, Un chapiteau vétusté harmonieux encor...

LES ÉPIGRAMMES j65

, .. Ton âme a pour patrie unique le silence,

Ta vraie âme, si nue et si grave ici bas 1

Hors de la solitude, elle se fuit, hélas !

En l'exil d'elle-même, et sous la défiance

D'un monde à qui son rire a masqué sa souffrance,

Et qui la croit frivole et ne l'écoute pas...

l06 LES ÉPIGRÀMMES

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