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RENAISSANCE

Dans le jardin clos de mes rêves, Une nymphe est entrée un soir, Svelte parmi les jeunes sèves.

Troublante comme un encensoir.

De sa robe onduleuse et douce.

Elle essorait tel un lys fier, Effleurant à peine la mousse, De son pied tendre, frêle, clair.

Les hauts cyprès mélancoliques S'assombrissaient de sa blancheur; L'humilité des véroniques Jalousait sa simple candeur.

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Jamais encore telle grâce N^avait, à mon verg-er secret, De ses pas flottants laissé trace Ni de son charme à mon regret.

Et dans ses yeux, sous la ramée, Eper dûment je regardais . . . — C'est vous, ma Muse bien-aimée ?

Oui^ c'est bien toi que j'attendais I

Ali ! dans le trouble où tu me plonges, Rien qu'en m'offrant tes pâles doigts, Ah ! j'ai rejoint mes premiers song-es. Le sortilège d'autrefois.

La voici, l'image divine Qui règne en moi depuis toujours, L'ineffable enfant blonde et fine, Objet de tous mes vains amours,

Cette éternelle Galatée

Aux prestiges aériens,

Par un sort sans cesse emportée

Sous les saules virg-iliens...

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C'était toi. c'est toi, chère vie, Beau cœur touchant tant espéré !...

Source, ouvre ton miroir sacré, Fais ma soif d'aimer assouvie !

Oh ! tes bras frais, oh ! ton sein blanc ! Tes yeux purs, ta lèvre de flamme!...

Pourrais-je te fuir, ma chère âme ?

Mon amour, c'est mon propre sang"!

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Quand tu m'as dit que tu m'aimais, Petite fille ardente et sage, Allait-il bien à moi l'hommag-e Du rêve que tu m'exprimais?

Je te vois si douce et si triste, Me soupirant ce tendre aveu...

Que n'étais-je assez égoïste Pour m'en glorifier un peu?...

Mais non! Ta jeune âme sincère, Eprouvant l'âge de l'amour, S'ouvrait, comme une fleur prospère, Au radieux baiser du jour,

Et le premier désir vivace, Audacieux, trouble, opportun, Qui te bénissait de ta grâce, Etait payé de ton parfum.

LES EPIGRAMMÏ9 I7I

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Double pétale blanc, fin revêtement d'âme,

Ses deux seins frais et purs ensorcellent ma chair :

Nacre suave, opale au sortilège clair,

Tendres perles de sang- sur le corps de la Femme..,

O candide et touchant verg-er de mon désir 1 O nymphe humide encor de la source divine ! Je tressaille au grisant arôme du plaisir... Ses deux mains contenant l'élan de sa poitrine, La palpitation des ramiers gémissants, Je m'approche, craintif... Mais à peine si j'ose, Tremblant du doux vertige où s'affolent mes sens, Baiser ses petits pieds au frais toucher de rose.

Oh! l'éveil de la chair, qu'heureusement féconde

Le premier désir accueilli !

Oh ! l'ébranlement grave et l'empreinte profonde,

En tout un être enorgueilli!...

Rappelle-toi, mon cœur, ta première pensée... L'image qu'elle a mise en toi, A mon Moi toujours impose sa loi .

Fidèle vit mon rêve à la grâce effacée De sa verdeur passée.

Car toujours jeune je la voi .

Ma raison même, à l'Ordre seul intéressée Reste à son rythme cadencée, Gomme à sa beauté mon émoi .

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Et quoique tant d'oublis l'aient, hélas! offensée, Elle saura bien retenir ma foi, Cette éternelle fiancée !

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Ah! lang-ueur du printemps nouveau, chère mollesse Où s'enivre le cœur de sa vaine tendresse, Content de n'aimer rien qu'Aimer, sans plus d'effort. Avant de se confondre au troupeau de la mort...

Se fallait-il, ainsi, poser le g'rand problème Par qui l'âpre pensée, à chaque fois qu'on aime, Fait déborder de fiel, comme un vase trop pkin, Le philtre allèg-re et doux qu'on portait dans le sein...

Volupté de souffrir, amère destinée

D'une âme en son désir éternelle obstinée,

Qui, lasse de l'esprit, pour mieux sentir son cœur,

A tout l'org-ueil humain préfère la douleur...

LES ÉPIGRAMMES lyS

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Anima forma corporis.

Tout le Mystère est dans la grâce, L'esprit seul revêtant le corps; Le rythme profond de la race S'y traduit en secrets accords.

Remuant sous la rude écorce La verte sève du désir, La grâce est cette souple force Qui forme en vertu le plaisir;

Et d'une immortelle jeunesse Exaltant au cœur le retour, Elle est le parfum et l'ivresse De la fleur suprême, l'amour.

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Tranquille nuit de pleine lune, Oui fais, du tendre firmament, Ruisseler sur la terre brune Cette averse de miel d'arg-ent;

Nuit féerique, nuit subtile Qui teins le saule d'azur clair, D or lég-er le bouleau gracile Et les prés du vert de la mer;

Nuit apaisante, nuit sereine

Qui me rends mon cœur d'autrefois,

Avec sa jeunesse hautaine,

Ses chauds désirs, ses purs émois;

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Nuit consolante en qui s'approuve Mon ignorance de jadis, Candeur d'ivresse où je retrouve Tous mes ing-énus paradis;

A respirer ton saint silence.

Qu'il m'est doux, sous le vaste ciel, D'oublier l'humaine science, 0 Nuit qui m'ouvres l'éternel !

Quand vous me regardez silencieusement, Vos grands yeux de bonté noyés dans un sourire, Tendre cœur inquiet, que pourriez-vous me dire Qui vaille pour mon cœur ce doux saisissement ?

Sans baisser le reg-ard, j'ose, jusqu'au tourment, Scruter l'ardent mystère où lentement m'attire Le vertlg-e du charme en quoi déjà soupire Un rêve que l'amer désir va consumant...

Car, perdus, tous les deux, dans la muette ivresse

Qui fait irradier, soudaine, l'allég-resse

De ce jeune soleil sur nos cœurs déjà vieux,

Nous nous sommes surpris à contempler notre âme, Vous qui croyez sentir renaître en vous la femme, Moi qu'un nouvel amour ne fait pas oublieux.

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Tes mots, tes moindres mots, ta voix, ton souffle même, Pourquoi si longuement résonnent-ils en moi ? Quel espace de charme emplit de son émoi Ce passage furtif du seul être qu'on aime ?

Le retentissement sublime de l'espoir Met sa fière musique où séjournait la crainte : Par son approche seule, il vous a l'âme étreinte, Ce passant attendu qu'on n'espérait plus voir!

Et quel troublant frisson, quelle emprise profonde Laisse au cœur possédé la beauté qui l'élut î Rien n'est vivant pour lui des prestiges du monde Qui ne servent le pacte avec elle conclu ;

Intime pacte issu du lointain de la race, De la même éternelle humanité d'amour Qui fait l'impétueux Eres toujours vivace Dans un sang* ébloui par l'ivresse du jour,

Et qui ne prise tant la chaleur de la vie Qu'en cette horreur du vide où tout l'être jaloux Souffre, sans volonté, d'une âme inassouvie Et d'un âpre désir par l'amour seul absous.

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Ne crois pas qu'elle compte, ali ! la pauvre jalouse! Au seul prêt de ton corps ton infidélité... Elle se sait trop bien uniquement l'épouse

D'un appui de virilité

Qu'elle a de son âme acheté !

Mais, pour tenter encore, ardente en sa faiblesse,

De sauver un peu de tendresse,

Elle feint la crédulité...

LES EI^IGRAMMES

Tu m'as guéri de croire à l'esprit de la femme,

De m'attarder aux illoo-ismes de son cœur. ■

Trop loDgue expérience allait m'épuiser l'âme :

Par tes soins, me voici de moi-même vainqueur.

Je n'attends désormais de toi que la tendresse. Change dix fois le jour de desseins et d'accents, Tu ne changeras rien au charme de faiblesse Qui te garde mon rêve en te livrant mes sens.

Pauvre petite sœur fragile et sans malice, Tout ton secret, tous ces mystères superflus N'existaient que dans ma soumission complice. Ne t'aimé-je pas mieux en ne te craignant plus?

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Ah! le point douloureux que sournoisement frôle le soupçon jaloux qu'on avait cru mort, qui vous guettait là, derrière l'épaule... Soudain, par un secret ressort, L'âpre dépit surg-it comme un remords, et tout l'orgueil reprend son rôle.

Le sombre orgueil, père de 1-amertume, L'infâme compagnon des larmes sans vertu, La mauvaise torche qui fume, troublant de sa fuligineuse écume la flamme limpide au rythme ingénu dont le tendre essor succombe à la brume...

l84 LES ÉFIGRAMMES

Toute la chair frémit d'angoisse el de soiifFranc-: à réveil du serpent maudit !

Contre sa morsure elle entre en défense. contre son venin elle se raidit...

Le malaise ancien l'eng-ourdit ; Le morne désespoir s'avance.

— Je porte le poids lourd de mon sexe de femme Et, contre toi, blottie infiniment,

Je me laisse réconforter avec ton âme, Avec ton âme, ô mou amant î

Je ne sais plus; je soufïre et je pleure misère...

Toi, tu souris, mon maître fort et doux. L'indulg-ence est la nourriture nécessaire

Du pauvre cœur qui bat en nous.

Mais tu ne m'auras pas donné plus que moi-même A ton esprit s'égale ma beauté !

O vivaces vertus ! Si tu m'aimes, je t'aime. Et c'est là toute vérité.

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GXXI

Pardonne à mon désir cette amour obstinée :

J'avais lu, dans ton cœur, toute ma destinée,

Et ta beauté, miroir vivant de Tunivers,

Rayonnant sur mon âme, illuminait mes vers.

Qu'ai-je pu, quand battaient tant de poitrines tendres,

Préférer celle-là qui ne peut pas m'entendre?

N'est-il point douloureux à toi-même, dis-moi,

De feindre l'ironie à qui t'ofïre la foi.

Et de sentir toujours, femme ing-énûment femme,

Le désir de ton san^" contredit par ton âme ?.. .

Ton âme? Elle n'était, par essence, qu'amour,

Revêtant ta beauté d'un trouble demi-jour

De sensualité mystique, opiniâtre...

Telle cette veilleuse en sa lampe d'albâtre.

Qui n'a qu'à rayonner pour toute la vêtir,

D'une sueur de feu que rien ne peut tarir.

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GXXII

Tu n'as vécu que pour l'amour, Ton cœur n'est qu'un foyer de cendres.

Sa lueur n'eût rien du vrai jour, dans son éclat ni dans son cours.

— Jeunes rayons et flammes tendres, puis, sans midi pour les épandre, un crépuscule sans retour. . .

Vains espoirs, erreurs insensées !

Ton âme est lourde amèrement du vide affreux de ses pensées...

Mais peux-tu la fuir? oii? comment ?

— Pauvre cœur ! quel esprit dément perpétue en toi le tourment

de tes illusions passées...

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0 tiédeur, ô saveur, ô fièvre, Sel épars dans l'élher subtil, Arôme irritant de l'air mièvre Où frémit un secret pistil...

Le charme d'une ombre divine Au g"albe frêle et palpitant A frôlé, tendre, ma poitrine Et, lég-er, l'oppresse un instant.

Je ne sais plus si je respire.

Tant ce vertige de l'odeur, Qui me repousse et qui m'attire.

Confond la faiblesse et l'ardeur.

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Mieux que l'ivresse, la prudence, Conseille, lente, la beauté :

11 n'est songe de volupté Dont l'excès ne lasse et n'offense.

igO LES ÉPIGn.AMM«S

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