‹ Les épigrammesChapitre 5 sur 31 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

Si tu veux être fort, crois-moi,

Sache renoncer à la femme!

Tout devra s'écarter devant ta bonne lame Trempée, au clair soleil, d'air vierge et de vent froid.

Sache^ l'ayant connue, oublier son imag-e,

Le parfum de sa chair, la douceur de ses jeux,

Sa tendre voix, son clair visage, Ses airs de sentiment qui te font soucieux...

Alors, comme un flambeau portant ton âpre sève Dans un corps affranchi des langoureux désirs. Aux rythmes de l'Eiffort tu soumettras ton rêve, A ta royauté tes plaisirs.

La Raison, n'est-ce pas la coquette un peu mûre Qu'on finit par trouver plus sensible et plus sûre Que la jeune et naïve amour?. . .

Bien certaine d'avoir son jour, Elle retient dans l'habitude Les désirs assagis par moins d'inquiétude, — Et plus las à chaque retour De l'assaut chaque jour plus rude Du tendre et tjrannique amour. ..

LCS KPIGHA.V.MIÎS

Hélas! n'êtes-vous pas les mêmes, Toutes, partout, depuis toujours?

Et Dous, sots rêveurs de poèmes.

Valons-nous mieux que nos amours?.

Vous préférez l'angoisse brève De nous sentir souffrants par vous.

Au dépit de voir tant de rêve S'exhaler à d'autres g-cnoux.

N'aimer point, causer le martvre D'un mendiant de volupté, C'est bien fâcheux ; le perdre est pire Il affirmait votre beauté.

Eternels dupes que nous sommes, A croire aux droits de notre cœur...

Ce bonheur que cherchent les homme." N'est qu'en l'attrait de la douleur.

L'air est de cristal sous les arbres.

La lune froide épand du ciel

Aux sapins le g-ivre et le sel,

Et fait les blancs bouleaux de marbre.

Comme un étincelant joyau Qui pend au cou de la nuit pure, A travers la frêle ramure Je la considère là-haut.

Les bruits lointains que plus limpide La brise apporte plus profonds Montent comme un hymne où répond La vie à l'ang^oisse du vide.

LKS ta-IGKAMMES 7I

Tout est sonore, éclatant, bleu, Clair de la vie universelle; Les lueurs qui d'en haut ruissellent Confondent la neige et le feu.

Ce pendant, l'âme se recueille, Se contemple et s'attriste aussi A se voir devant l'infini Frissonner comme cette feuille,

Cette feuille qui sous les cieux Jouit de la lumière heureuse Et qui, sans faire Torgueilleuse, Est autant qu'elle œuvre de Dieu.

72 LES EPKIRAMMRS

Siint Lacrimœ verum.

Eflfeuille sur l'eau celte rose Où sourit réparse beauté Que prête aux éphémères choses Le vain^eflet des voluptés;

Mais que g'ardent tes mains distraites, D'un toucher aux baisers furtifs, Un peu de la langueur secrète Dont le néant même est plaintif.

La rumeur du train qui passe A rhorizon matinal Perce, stridente et fugace, Le fin brouillard inégal Que le clair soleil efface...

Oh! les bruits frais de Tespace Dans l'automne de cristal !

Le g-ivre argenté les plantes :

Il a gelé cette nuit.

Mais le bon soleil qui luit Sur les feuilles frémissantes, Dardant ses flèches croissantes Jusqu'au cœur glacé du fruit, Emplit de flammes dansantes Mon cœur qui s'épanouit.

LU

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