LUI
Va, ne plains pas les heures écoulées A vainement courir après l'amour.
Quel autre objet les eût mieux consolées ! Quel sûr bonheur eût fixé plus d'un jour
Ces éternelles exilées !
Elles seraient, aujourd'hui, sans retour, Vers l'inconnu tout de même envolées. ..
Pour reg'retter tant d'efforts superflus, Vois-tu donc pas la détresse profonde Qui suit l'extase, et la g-loire inféconde D'une jeunesse aux soins irrésolus,
Qu'aucun long- espoir ne seconde...
Tu as aimé; ne cherche rien de plus : Le seul désir fait la beauté du monde.
LES EPIGRAMMKS
LÎV
Le svelte laurier noir, Symbole de la g-loire, Au fruit amer comme elle, Est debout sur le ciel.
Un vol de ramiers blancs, Quand j'approche, s'élance Du feuillag-e morose Offert à son repos...
Je song"e à toi, mon cœur, Lorsque t'agite, une heure, L'illusion lég-ère Aux bonheurs passag-ers, A ton laurier d'org-ueil Dont frissonnent les feuilles Dès que passe et soupire Et s'enfuit le Désir...
Comme un son que l'écho répète et multiplie, L'effort doit au renom de prolonger sa vie... Mais tout s'éteint bientôt, la valeur et le bruit. De sa brève lueur tremblante et solitaire, L'Homme a. sans l'éclaircir, traversé le mystère. Et l'oubli règ-ne en paix sur l'éternelle nuit.
L'amour est lame de la vie, Sa loi, son immortalité ; Solitaire, il est la patrie, Menteur même, la vérité !
Cherches-tu l'ivresse infinie ?
La femme t'offre sa beauté.
Qu^un jour elle te la dénie, Préfère-lui l'humanité.
L'humanité te manque-t-elle ?
La bonne Nature t'appelle ;
Tu lui réponds par ton transport.
Mais, las du monde et de toi-même, Rêves-tu l'amour dans la mort ?
Voici Dieu, c'est l'amour suprême.