‹ Les épilepsies et les épileptiquesChapitre 12 sur 94 · ÉPILEP&IE PARTIELLE SENSORIELLE · texte numérisé non relu

ÉPILEP&IE PARTIELLE SENSORIELLE

Traitement : élixir d'Yvon quatre cuillerées à café par jour la première semaine, cinq la seconde, six la troisième, sept la quatrième.

Le malade revient le 6 mai; il n'a eu qu'une seule attaque d'épilepsie avec perte de connaissance, pas de migraine. Taitement : élixir polybromuré à prendre de la même manière à dose de 5, 6, 7, 8 cuillerées.

4 juin. — Le malade n'a plus eu de crises, il a eu seulement dans l'œil gauche « des rayons comme une auréole ». Ces sensations lumineuses lui apparaissent beaucoup plus nettes depuis la disparition des accès d'épilepsie. Traitement : reprendre l'élixir aux doses successives de o, 6, 7, 8 cuillerées. =

3 juillet. — Il y a trois semaines il a eu un accès d'épilepsie sans perte de connaissance ; la face s'est convulsée et tournée à droite ; le membre supérieur droit a été agité de convulsions spasmodiques, et le pied s'est maintenu en varus équin. En dehors de cela, le malade a eu plusieurs fois des fourmillements dans les derniers doigts de la main droite, qui duraient quelques minutes. Traitement : élixir 6, 7, 8, 0 cuillerées.

7 août. — Il n'a pas eu d'accès d'épilepsie depuis le 1.3 juin ; mais il a eu un accès de migraine avec scotome. Traitement : élixir, o, 6, 7, 8 cuillerées.

7 septembre. — A eu un seul accès d'épilepsie depuis un mois. Plusieurs fois, sans maux de tête, il a eu son scotome à droite.

30 octobre. — Il n'a pas eu de grandes attaques, seulement quelques secousses dans le membre supérieur droit. Il a eu plusieurs fois des accès de scotome isolé. Traitement : élixir, 3, 6, 7, 8, 9 cuillerées.

3 février 1881. — Les attaques ne se sont pas reproduites plus fréquemment, mais elles paraissent avoir changé un peu de caractère. Elles débutent par un engourdissement avec crispation de la main, et non par un frémissement, comme autrefois. Même dans les grandes attaques, qui sont devenues très rares, il a toujours le temps de choisir sa place avant que les convulsions générales se produisent. Ordinairement l'attaque consiste seulement en un engourdissement sans frémissement de la main, où la convulsion se localise, sans perte de connaissance. La migraine reste considérablement atténuée. Traitement : supprimer l'élixir d'Yvon ; prendre avant chaque repas tous les jours deux pilules avec extrait de valériane 25 centigrammes et oxyde de zinc H centigrammes.

12 février. - Depuis qu'il a supprimé le polybromure, les attaques depilepsie se sont reproduites deux fois par semaine. Traitementélixir, 5 et 6 cuillerées.

9 mars. - Les attaques n'ont pas reparu, mais il a eu quelques engourdissements dans la main droite, de temps en temps et isolé^ ment des scmtillements, des paillettes lumineuses du côté gauche ■ avec vue trouble. '

8 mai. - Il était tranquille depuis un mois ; hier il a eu un brouil lard du côté gauche, et il a eu deux attaques d'épilepsie depuis Trai tement: 5 cuillerées d'élixir par jour et une pilule avec 3 centigrammes ■ d extrait de belladone.

- Il est d'autres cas dans lesquels Tépilepsie partielle née en môme temps que la migraine ophtalmique disparaît avant

celle-ci.

Observation XI. — Migraine ophtalmique, épilepsie partielle.

M™* F., âgée de 54 ans, se présente pour la première fois à ma consultation de la Salpôtrière le 14 décembre 1884. Elle ne donne que des renseignements très incomplets sur sa famille qu'elle connaît peu, ayant quitté son pays très jeune. Elle-même prétend n'avoir jamais eu de maladie sauf une attaque de danse de Saint-Guy qui lui serait survenue à l'époque de la puberté et qui aurait prédominé du côté droit. Elle exerce la double profession de charbonnière marchande de vins. Elle avoue quelques excès de boissons, mais cependant elle ne présente aucun signe physique d'alcoolisme, et elle a eu huit enfants qui sont tous vivants et se portent bien; les deux derniers ont cependant PU des convulsions à l'époque de leur première éruption dentaire.

Le 10 avril précédent, étant à écrire une lettre, elle sentit tout à coup une douleur violente au-dessus de l'orbite du côté droit, et en même temps, elle vit suivant son expression « trente-six chandelles » du même côté. L'apparition du phénomène avait été tellement brusque qu'elle crut avoir reçu une pierre et qu'elle se précipita vers la porte pour objurguer l'agresseur. Elle ne trouva que son mari sur le trottoir, et quand elle voulut lui expliquer ce qu'elle sentait, sa langue ne pouvait tourner et elle ne put émettre que des sons inintelligibles. Elle s'aperçut du reste alors qu'elle ne voyait que la moitié de son nmri, c'était le côté gauche qui manquait, le côté qui correspondait à sa douleur. Elle se crut folle et se mit à pousser des cris. On se précipita à son secours et pendant qu'on l'entourait elle sentit son pouce droit qui se fléchissait violemment dans la paume de la main, ses autres doigts se fléchissaient avec une sensation extrêmement pénible dans l'avant-bras ; tout le membre supérieur se lève en trépidant dans l'axe transversal du tronc, jusqu'à la hauteur de l'épaule ; c'est alors seulement que sa face se tourne du même côté pendant que la bouche est vivement secouée et attirée vers la droite par saccades. Au bout d'une minute environ le membre retomba inerte et engourdi, et les traits reprirent leur direction naturelle. Les chandelles avaient disparu, mais l'hémianopsie persistait avec la douleur de tète et l'impossibilité d'articuler.

Au bout d'un quart d'heure la douleur de tête commença à se dissiper, mais elle fut prise de nausées bientôt suivies de vomissements. Cinq minutes plus tard, douleur, hémianopsie, embarras de la parole avaient graduellement disparu.

Depuis cette époque M™« F. a eu cinq fois son « coup de marteau », comme dit son mari : la dernière attaque s'était produite la veille de la visite à la Salpètrière, Ces cinq attaques se sont produites exactement avec les mêmes caractères que la première. La malade a pu mieux constater la forme des spectres lumineux.;- elle reconnaît par-

faitement la forme de fortification qu'on lui présente ; et elle indique très bien que la sensation commence par une boule pleine qui s'élargit avec une très grande rapidité s'ouvre du côté du nez, en même temps que le centre s'obscurcit.

Dans les dernières attaques elle s'est rendu compte que la langue s'engourdit peu après que le bras commence à se lever. La connaissance reste toujours intacte.

A partir du lo décembre la malade a pris chaque jour 4 grammes de bromure de potassium, les accès se sont tranformés par la suppression graduelle des éléments surajoutés à la migraine. La convulsion n'a plus reparu. Dans deux accès survenus à six semaines d'intervalle, l'engourdissement de la langue et l'aphasie se sont reproduits ; mais depuis la migraine reste réduite à la douleur avec scotome scintillant, hémianopsie, vomissements.

Dans certains cas, la migraine ophtalmique paraît se com biner avec l'épilepsie vulgaire ; mais en y regardant de près peut-être pourrait-on toujours trouver quelque symptôme de localisation au début. L'exemple suivant paraît l'indiquer.

Observation XIL — Migraine ophtalmique, épilepsie partielle.

M. T., pharmacien, 43 ans. Son père fut atteint de paralysie gênéraie, il a été aphasique, et il est mort d'une congestion cérébrale un an après le début de la maladie. Sa mère est morte aliénée après six mois de maladie (alternatives de délire hypochondriaque et de délire maniaque, hallucinations de la vue et de l'ouïe). Sa sœur est atteinte de folie raisonnante. Rien, chez les collatéraux et les ascendants plus éloignés : le grand-père maternel seul était goutteux.

C'est à l'âge de huit ans et demi que le malade a éprouvé pour la première fois des accidents nerveux. Il eut alors une perte de connaissance, qui dura plusieurs heures et avait été précédée de sensations lumineuses dans l'œil droit. A l'âge de 10 à 14 ans, il eut encare d'autres pertes plus ou moins complètes de connaissance, toujours précédées de sensations lumineuses en forme de roue lumineuse qui s'avance. Il a eu alors des accidents convulsifs dont M. Cornil a été témoin au collège. De 14 à 15 ans, le malade s'est réveillé plusieurs fois en sursaut en voyant un globe de feu. Depuis cet âge jusqu'à 30 ans, les mêmes accidents se seraient présentés à peu près une fois par an et caractérisés par des attaques constituées par l'apparition d'un scotome étincelant à droite, puis sensation de déchirement de la tête du côté droit, perte passagère de la vue du même côté; il y a eu perte de connaissance dans un certain nombre d'accès.

A l'âge de 30 ans, en dehors de tout accès de migraine, le malade ressentit un jour un fourmillement dans les cinq doigts de la main droite, montant progressivement, gagnant la lèvre supérieure du côté droit, la moitié correspondante de la langue, avec difficulté de la parole. Ges accidents se sont produits à la suite d'une peur.

tîâ ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIQUES

• «. L'image lumineuse que le malade perçoit dans ces accès n'est pus toujours la môme. C'est quelquefois, mais rarement, un globe de feu sphérique ; c'est le plus souvent un zigzag se rapprochant de la forme d'une portion de roue irrégulièrement dentée ; d'autres fois encore^ c'est un zigzag à direction générale plus rectiligne, comme un éclair. L'image est le plus souvent blanche comme un trait de feu ; d'autres fois, elle revêt les couleurs de Tarc-en-ciel. Quelquefois il n'y a pas d'image lumineuse, mais seulement hémiopie. Cette sensation lumineuse ou cette hémiopie ont une durée variable de quelques minutes k plusieurs heures. Elle est toujours précédée de douleur de tète et d'obnubulation delà vue ; elle est toujours suivie de nausées et de vomissements. Elle est parfois suivie de perte de connaissance. A cet égard, M. Burlureaux pense que les accidents peuvent être divisés en deux, séries : les accès de migraine ophtalmique éprouvés par M. T., jusqu'en 1873 ont toujours été suivis de perte de connaissance, sauf l'accès de 1803, depuis 1873, ils sont seulement suivis de vertige avec état de vague intellectuel très passager : une seule crise (1870) a été suivie de perte de connaissance. »

Ce malade a perdu connaissance à la suite de la migraine, mais il n'a jamais perdu connaissance sans migraine. La femme du malade affirme que, dans les accès de migraine avec perte de connaissance, sa face devient pâle; il se contracterait, se débattrait du côté droit et se mordrait la langue. Quand il y a perte de connaissance, elle dure une demi-heure en moyenne, et elle s'accompagne toujours de ronflement pendant toute sa durée.

C'est toujours la nuit, ou de grand matin, que les accidents se produisent : le aialade se réveille brusquement comme d'un cauchemar, éprouve un mal de tète, puis des troubles visuels, puis soit une perte de connaissance, soit un vertige, enfin des nausées et des vomissements, et pendant quelques heures ensuite un léger malaise général et une frayeur intense (panophobie momentanée).

A l'âge de 30 ans, il fut pris de douleurs fulgurantes dans les membres inférieurs. Ces douleurs sont peu intenses ; mais il s'y ajoute des phénomènes spasmodiques, des mouvements d'extension brusques. Perte du réflexe rotulien des deux côtés. Zone d hyperesthésie (anesthésie douloureuse, dysesthésie) à la cuisse droite avec réflexe cutané quand on frappe cette partie delà cuisse (réflexe retardé) ; faiblesse du sphincter anal. Depuis le début des phénomènes tabétiques, la migraine parait avoir été moins fréquente. Le 20 avril 1880, M. le D'' Keller écrivait : u M. T. a eu au mois d'octobre dernier une attaque de sa migraine anomale; il avait passé quatre ans sans en avoir. ; n Description de celle dernière allaque. — Sensation violente dans la jambe gauche, comme si un boulet de canon la lui emportait, suivie de chute sur le sol, mais sans perte de connaissance, puis engourdissement dans le pouce et la lèvre gauches. Au bout d'un quart d'heure, obscurcissement de la vision centrale, obligation de se mettre au lit et passage pendant environ dix minutes d'impressions lumineuses en tous sens devant l'œil gauche. En même temps, hémiopie tantôt dans

ÉPILEPSIE PARTIELLE SENSOMELLÈ: ' ' " b'â

le sens vertical, tantôt dans le sens horizontal. Au bout d'un quart d'heure, besoin de dormir jusqu'au lendemain matin, où le malade se réveille très dispos. Dans les crises précédentes, tous ces phénomènes s'étaient passés à droite. ^)

Le 2 janvier 1881, il y eut un nouvel accès, que iM. le D"" Burlureaux décrit à peu près dans les mêmes termes ; les phénomènes se sont passés aussi du côté gauche, mais il y a eu seulement obnubilation de la vue de l'œil gauche sans hémiopie. Le malade a conservé jusqu'à présent l'intégrité absolue de son intelligence (1881, note de M. Charcot).

D'autres troubles que la migraine ophtalmique peuvent se combiner avec Tépilepsie partielle. Tous les troubles sensilifs, sensoriels ou psychiques qui peuvent faire partie de l'aura sont capables de se produire à l'état d'isolement, tantôt sous l'influence d'une manœuvre qui suspend J attaque, comme la constriction du membre ou tout autre excitation périphérique, tantôt spontanément. C est ainsi que les épileptiques sont quelquefois sujets à des attaques d'engourdissement, de fourmillement, à des secousses, à des hallucinations de la vue, de l'ouïe, de l'odorat quelquefois localisées d'un seul côté. D'autres fois ce sont des troubles psychiques qui apparaissent brusquement sous forme d'accès d'excitation, d'impulsions qui établissent un lien de plus entre l'épilepsie partielle et l'épilepsie dite idiopathique. De môme que certains migraineux ont des attaques de paralysie transitoire portant soit sur les membres, soit sur la face, soit sur la langue, en dehors des accès douloureux, de même les épileptiques à crises partielles sont susceptibles de présenter de ces mômes paralysies paroxystiques (1). Du reste, on peut observer chez le môme malade des accès séparés de migraine ophtalmique, d'épilepsie partielle, de paralysie partielle transitoire, qui montrent bien la parenté de tous ces phénomènes.

Enfin comme l'épilepsie partielle à accès moteurs, l'épilepsie partielle sensorielle peut laisser après elle des paralysies par épuisement : dans le cas de la migraine ophtalmique, l'hémianopsie survit quelquefois longtemps au scotome scintillant, tandis qu'à d'autres migraines on voit succéder de l'obnubilation de l'ouïe, de l'odorat, du goût.

(1) Pitres, FAude sur quelques équivalents cliniques de l'épilepsie partielle ou Jacksonnieniie. i Revue de Médecine^ 1888, p.Gu9.j

Page 1