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CHAPITRE VI

ÉPILEPSIE GÉNÉRALE d'eMBLÉE. — MODE DE DÉBUT. — AURA

L'épilepsie vulgaire a pour caractéristique conventionnelle l'absence de localisation des troubles moteurs ou sensoriels; nous verrons que ce caractère manque souvent, en particulier dans les cas où il existe une aura. Elle se distingue surtout par la rapidité de la généralisation. Cette distinction reste donc purement théorique, car le temps de généralisation dans l'épilepsie partielle présente de grandes variétés.

L'attaque d'épilepsie générale ou plus exactement généralisée d'emblée peut apparaître brusquement sans aucun phénomène précurseur, et foudroyer le malade au milieu de la santé en apparence la plus parfaite, et Lasègue disait que « tout individu qui a une aura, n'est pas un épileptique »; une opinion aussi exclusive n'est pas soutenable. Un grand nombre d'épileptiques sont prévenus de leur attaque, soit par des phénomènes qui la précèdent immédiatement, par une aura , soit par des troubles précurseurs plus ou moins éloignés. Quelquefois ces phénomènes prémonitoires passent inaperçus du malade lui -môme mais sont facilement appréciés par son entourage.

Les phénomènes précurseurs éloignés peuvent commencer plusieurs heures et môme plusieurs jours avant le paroxysme. Ils consistent en troubles moteurs sensoriels ou psychiques. Quelquefois ils sont parfaitement appréciés par le malade, d'autres fois ils sont seulement compris par les personnes qui l'entourent. Tantôt, ce sont des secousses générales ou locales, des tremblements qui peuvent aussi affecter particulièrement certaines régions ; quelquefois c'est un clignotement particulier, d'autres fois c'est une constriction de la mâchoire ou un mâchonnement, ou encore du grincement de dents se montrant princi-

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paiement la nuit. Tantôt c'est une sorte de paresse musculaire, de maladresse, se traduisant quelquefois par un embarras particulier de la parole.

Un de nos malades éprouve pendant cinq ou six heures avant l'accès convulsif une sensation de picotement sur toute l'étendue du tégument externe, et une demi-heure avant le paroxysme on voit apparaître une éruption d'urticaire qui couvre toute la partie supérieure de la paroi antérieure du thorax. Chez un malade de M. Fournier une plaque érythémateuse apparaissait sur le côté gauche du cou deux ou trois jours avant l'accès. M. Voisin a vu une sorte de rash apparaître au début de l'attaque. D'autres fois ce sont des sensations particuHères du côté des muqueuses indépendantes de toute lésion organique. Ces faits sont particulièrement intéressants parce qu'ils sont capables d'induire en erreur sur l'origine du mal. Chez une femme il se produisait une sensation de chatouillement sur la luette qui n'offrait d'ailleurs aucune lésion, cette sensation envahissait l arrière-gorge en détenninant une toux gutturale presque permanente, et au bout d'une douzaine d'heures, l'accès comitial se produisait. Une jeune fiJle a une toux nerveuse qui dure quelquefois trois jours avant l'accès et cesse avec lui. Chez une autre, une sensation analogue débutait dans la narine gauche tout à fait k l'extrémité antérieure de la cloison, sur un point parfaitement accessible à la vue et sain, il se produisait des élernuements par séries, puis au bout de deux ou trois heures l'accès éclatait.

Les organes des sens peuvent aussi être le siège de phénomènes prémonitoires analogues, on observe quelquefois des bourdonnements d'oreilles, de la dysacousie, une impressionnabilité pénible à la lumière, etc. D'autres fois c'est une excitation génitale, des érections diurnes, des pollutions nocturnes (Voisin). D'autres fois, ce sont des troubles viscéraux, des digestions difficiles, de la gône de la respiration, une oppression spéciale.

Bien plus souvent encore ce sont des troubles psychiques; quelquefois c'est un état d'excitation générale avec insomnie' perversion de caractère : les malades deviennent ombra^eu-v'

Ck. F^ré. „ " ■ '

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querelleurs; un des malades de mon service se montre d'une gaieté exubérante pendant plusieurs heures avant l'accès. M. Magnan a cité un cas analogue ; mais bien plus souvent ils sont tristes et déprimés. Chez quelques-uns tout se borne à des troubles du sommeil, à des cauchemars plus ou moins pénibles. On a accusé ces cauchemars d'être la cause délenninante de l'accès, en réalité ils en sont les premiers symptômes. Le Vacher a vu une épileptique chez laquelle l'attaque s'annonçait plusieurs jours à l'avance par une recrudescence de douleurs dans un cancer de la mamelle.

Observation XIII.— Épilepsie; sensalions urélhrales prémoniloires.

D., ol ans, sans antécédents héréditaires ni personnels connus; a ete soldat sept ans, pas de syphilis, pas d'alcoolisme, a été pris d'épilepsie il 34 ans deux mois après une frayeur produite par un accident de chemin de fer. 61 accès, 27 vertiges en 1886: sous l'influence du bromure de potassium, 4 à 7 gr. 19 accès et 20 vertiges en 1887, 21 accès et 34 vertiges en 1888. La dernière miction avant l'accès s'accompagne d'une sensation bizarre de picotement et de chatouillement dans l'urèthre. Cette sensation remonte de la verge vers la tète; puis se produisent des petits frissons durant jusqu'à la chute qui arrive brusquement avec perte de connaissance. La sensation uréthrale se produit quelquefois deux ou trois heures avant l'accès.

L'aura constitue un phénomène du début de l'accès. C'est quelquefois une sensation de vapeur froide qui monte d'un point quelconque du corps, d'où sou nom qui lui a été imposé par Pelops, le maître de Galien.

Vaura considérée comme le premier acte de l'accès a une grande valeur au point de vue de la locaUsation de la lésion, comme le montre Hughlings Jackson. Elle peut, lorsqu'elle est limitée, servir à établir une transition entre l'épilepsie partielle et l épilepsie vulgaire. M. Delasiauve a divisé les auras en motrices sensitives, sensorielles et intellectuelles. Une autre division aussi importante au point de vue de l'interprétation physiologique doit être basée sur la latéralité ou la bilatéralité du phénomène.

L'aura unilatérale avait déjà été remarquée du temps d'Arétée puis par Galien, par Alexandre de Tralles, etc. ; Bravais l'avait étudiée ; mais ce sont surtout les travaux de M. Hughlings Jackson qui l'ont bien mise en valeur.

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Certaines auras motrices de Tépilepsie dile vulgaire ont la plus grande analogie avec le début de l'accès d'épilepsie partielle, et n'en diffèrent guère que par la rapidité de la perte de connaissance et de la diffusion des convulsions. On pourrait même dire que ce genre d'aura suffit à caractériser une forme d'épilepsie partielle à généralisation rapide et servant de transition entre l'épilepsie partielle et l'épilepsie vulgaire.

Ce spasme avertisseur peut commencer par le bras, par la face, par la jambe, et consister en une contraction quelquefois limitée i\ un seul muscle ou îi un petit groupe de muscles; il commence en général par la périphérie ; mais quelquefois par exemple il commence au bras, puis descend dans la main, puis remonte dans le segment supérieur du membre, le malade perd connaissance et la convulsion se généralise d'emblée aux quatre membres. Le spasme varie d'ailleurs de forme ; tantôt ce sont des palpitations musculaires, tantôt des tremblements, tantôt des secousses que le malade sent plus ou moins nettement et qui s'accompagnent quelquefois de douleurs plus ou moins vives.

D'autres fois l'aura motrice se présente sous une autre forme. Au lieu d'un mouvement spasmodique, c'est un mouvement coordonné, automatique. Ces mouvements peuvent, comme les mouvements spasmodiques, siéger soit à la face, soit aux membres : un de nos malades, lorsqu'il va être pris de son accès, frotte rapidement sa commissure labiale gauche avec la pointe de sa langue ; un autre se frotte violemment l'oreille droite soit avec sa main, soit avec l'objet quelconque qu'il tient à la main, un autre déboutonne et reboutonne plusieurs fois son gilet, et pendant cette opération reste capable de répondre aux questions qu'on lui fait, puis il tombe en arrière. Certains malades pirouettent sur un pied, d'autres marchent ou courent en avant ou obliquement devant eux, d'autres reculent (aura cursatwa), A côté de ces auras motrices constituées par des mouvements coordonnés automatiques, il convient de signaler celles qui sont constituées par de simples représentations de mouvement qui ne se produit pas en réalité : quelques malades ont la sensation que leur jambe se fléchit, que leur bras s'anime de mouvements de rotation rapide. Ces hallucinations motrices s'accompagnent ou

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non de sensations cutanées ou dlll usions thermiques. Un malade a la sensation qu'il fait de hideuses grimaces bien que la face soit parfaitement immobile ; bientôt après il voit une lumière extrêmement intense qui l'éblouit et il perd connaissance.

L'aura motrice peut d'ailleurs se présenter sur tous les points du corps et être bilatérale ; elle peut être constituée par un clignotement convulsif, un mâchonnement, un tremblement dans les deux mains, dans les deux pieds, des tremblements musculaires dans les deux membres symétriques, ou même dans les quatre membres, une constriction de la glotte avec sensation d'étouffement.

Parmi les auras motrices, il faut ranger quelques troubles viscéraux.

Plusieurs troubles des organes respiratoires figurent parmi les phénomènes de l'aura : l'éternuement, le hoquet, une toux spasmodique intermittente peuvent précéder l'accès de quelques instants, de quelques heures, de plusieurs jours môme. Un malade qui avait une aura motrice consistant en une raideur douloureuse dans la jambe droite puis dans le bras du môme côté, présentait pendant une minute ou deux avant d'entrer en convulsion générale un reniflement répété et bruyant.

Le bâillement est constitué par une large inspiration avec distension extrême du thorax, élévation et rétraction en arrière des épaules. Cette inspiration bruyante s'accompagne d'une large ouverture de la bouche. Quelquefois, les bras s'élèvent et s'étendent, c'est ce qui constitue la pandiculation. C'est un acte involontaire qui se propage par imitation, qu'il soit vu ou entendu: on sait, en effet, que le bâillement se propage aussi bien par contagion chez les aveugles que chez les voyants. A l'état physiologique, il se produit sous l'influence de la fatigue de la faim, d'états psychiques dépressifs, du froid, de la chaleur excessive. Il est plus fréquent chez la femme, surtout sous l'influence de la contagion.

Le bâillement est souvent un symptôme de troubles digestifs. 11 peut encore se produire dans un grand nombre de conditions où l'hématose est gênée, au début de l'asphyxie, au moment de

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l'invasion d'un grand nombre de pyrexies, au début d'un bon nombre de pneumonies. Il n'est pas rare de le voir se produire à la suite des pertes de sang, etc.

Il est fréquent dans les psychoses à forme dépressive, dans l'hypochondrie, la mélancolie ; on le voit aussi dans l'hvstérie. Dans cette dernière névrose il peut tenir au ralentissement général des phénomènes nutritifs, ou constituer une forme de spasme.

Dans l'épilepsie on le voit quelquefois précéder les attaques ou les vertiges ; mais il est assez rare de le voir se produire d'une façon à peu près constante dans l'intervalle des paroxysmes. Aussi ai-je cru que le fait suivant que j'ai observé dans mon service à Bicétre, n'était pas indigne d'être rapporté, surtout en raison des quelques expériences qu'il a provoquées.

Observation XIV. — Épilepsic; bâillements prémonitoires de V attaque (1).

B. est âgé de 23 ans. — Son père, âgé de 47 ans, est un homme nerveux qui s'effraye au moindre bruit; il lui est arrivé plusieurs fois, lorsqu'un bruit violent venait à frapper ses oreilles, de pâlir et d'être pris de sortes de convulsions qui le laissaient souffrant pendant plusieurs jours. Il est habituellement sobre. Un de ses cousins est devenu épileptique à la suite d'une peur et tomba jusqu'à huit fois par jour. Aucun autre antécédent précis de ce côté. — Sa mère a .SO ans, n'a jamais été malade ; elle ne donne sur sa famille aucun renseignement dont on puisse tenir compte. — De leur mariage sont nés d'abord quatre enfants qui sont morts en bas âge : un seul était né avant terme, ils n'ont pas eu de convulsions; puis vint notre malade; ensuite deux filles qui se portent bien; et enfin un garçon, enfant du siège, qui a eu une seule crise de convulsions pendant l'allaitement et se porte bien depuis.

B. est né à terme et était bien constitué. Il a commencé à avoir des convulsions a l'âge de quatre mois; ces convulsions étaient fréquentes et violentes, .1 criait, se raidissait en portant le tronc en arrière, puis tremula.t pendant un quart d'heure. Ces crises se produisaient quelquefois par séries qui duraient vingt-quatre heures. A six mois, à la suite d une crise, il est resté paralysé de la moitié gauche du corps. A partir de ce moment, il s'est développé difficilement; ses attaques se renouvelaient plusieurs fois par mois, mais sa paralysie a diminué peu a peu. A 4 ans, il pouvait marcher, mais présentait des mouvements bizarres des quatre membres. C'est à peine si, à 6 ans il disait «papa, maman». Il a continué à se développer péniblement- mais à

(1) Nouvelle Iconor/raphie de la Salpêtrïere. 1888.

10 ans, on ne distinguait plus de traces de sa paralysie; il avait toujours des mouvements athétosiques qui ont persisté. Ses attaques sont devenues moins fréquentes dans ces dernières années; depuis deux ans,

11 en a douze et sept par an et neuf vertiges.

¥\g. 'J. — Bâillement simple ronslilué par une inspiration profonde et suivi d'une expiration prolongée.

V\g. 10. — Deux bâillements successifs séparés pur une expiration prolongée.

R. est nssez bien constitué; mais on est tout de suite frappé de la longueur disproportionnée de ses membres supérieurs (taille 1",58; envergure ; il présente une légère asymétrie de la face aux dépens du côté droit. Il existe un léger degré de strabisme convergent de l'œil

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droit. La dentition est irrégulière et mauvaise. Aucune asymétrie sur le tronc et les membres, sauf un léger abaissement, avec dédoublement du pli fessier droit. — Phimosis. — Force dynamométrique : main droite, 50 ; main gauche, 45.

B. offre une mobilité extrême de la face et des membres; de temps en temps sa bouche se dévie à droite en même temps qu'elle s'ouvre largement, et les yeux clignent ou se ferment. Il existe en même temps des mouvements dans le cou avec prédominance de la rotation de la tête adroite. Les membres des deux côtés sont animés de mouvements lents de flexion et d'extension qui se produisent dans tous les segments, y compris les doigts et les orteils ; ces mouvements, qui se font alternativement dans toutes les directions, rappelleraient la chorée, n'était leur lenteur. Les mouvements du thorax présentent aussi des irrégularités sur lesquelles nous aurons à revenir. Ce qui frappe, en particulier, ce sont des bâillements qui se répètent très fréquemment, surtout lorsqu'on force B. à rester assis tranquille.

Les paroxysmes se présentent sous la forme de vertiges qui paraissent se borner à de simples éblouissements sans chute. Quant aux accès, voici comment s'est présenté celui qui a eu lieu devant nous. Il lève le bras droit, semble tirer des fils de sa main gauche qu'il regarde fixement, a quelques tremblements des bras, et tombe en se tournant vers la droite sans pousser aucun cri. Il reste rigide, presque dans l'immobilité absolue; il n'y a que peu de contorsions dans la face, qui s'est tournée à droite au moment de sa chute, et a pàli. Il ne s'est pas mordu la langue, n'a pas uriné. Sitôt après l'accès, on le rélève, mais il ne tient pas sur ses jambes. Il se livre à des mouvements bizarres avec ses membres supérieurs, prend avec ses mains des objets imaginaires sur sa tête et les porte à sa bouche; regarde de côté et d'autre, mais ne répond pas aux interpellations. Il est incapable de conserver dans sa main les objets qu'on y place. Pendant une demi-heure, il parait suivre du regard des objets imaginaires. Au bout de ce temps, il est parvenu à grand'peine à se mettre debout en s'appuyant sur la muraille ; mais il s'est laissé retomber au bout d'un instant, promenant de tous côtés un regard effaré, se mordant les doigts, se grattant la tète. Il se remet debout avec la même peine ; on lui présente le dynamomètre pour provoquer une manœuvre qu'il connaît bien, mais il porte immédiatement l'instrument à la bouche. Il s'est enfin jeté sur le lit de camp où il s'est endormi pour un quart d'heure. A son réveil, l'exploration dynamométrique donne 40 pour la main droite, 25 pour la gauche. 11 ne se rappelle rien. Sa langue est encore plus embarrassée que dans l'état normal et on distingue à peine quelques paroles.

B. n'a jamais pu apprendre à lire ni à compter; il est très difficile de fixer son attention et il parait avoir fort peu de mémoire ; il reconnaît pourtant assez bien les personnes. De temps en temps il présente des périodes d'excitation et de violence dans lesquelles il frappe et mord; ces manifestations s'atténuent depuis qu'il prend du bromure de potassium, sous l'influence duquel les accès ont aussi diminué de fréquence.

L'histoire de ce malade ne présente guère de traits saillants en dehors du bâillement; mais j'ai cru que ce phénomène, en apparence fort banal, méritait quelque attention. C'est qu'en effet, on a assez rarement l'occasion d'étudier de près le bâillement spontané ; et d'ailleurs, qu'il soit spontané ou provoqué, on s'est peu préoccupé de considérer avec soin son mécanisme. Chez B., les bâillements ne se produisent pas nécessairement à propos des accès d'épilepsie ; on a vu en effet, à propos de l'accès que nous avons décrit de visu, que ce symptôme n'existait ni avant, ni après le paroxysme. Il n'en est pas toujours ainsi.

Mais, en tout cas, les bâillements se produisent dans l'intervalle des accès presque à toute heure du jour, et surtout lorsqu'on le fait rester immobile ; ils se répètent très fréquemment, puisque j'ai pu en enregistrer plus de vingt en une demi-heure; souvent ils se produisent par séries continues.

Cette exploration, que j'ai faite à plusieurs reprises en me servant du pneumographe de Marey, m'a fourni quelques tracés qui ne m'ont pas paru dépourvus d'intérêt. On y voit, par exemple, qu'en général le bâillement est précédé (fig. 11) d'un abaissement des courbes respiratoires ; la respiration devient d'abord superficielle et le bâillement constitue une sorte d'inspiration supplémentaire. On sait d'ailleurs que le bâillement se produit en général sous l'influence de la fatigue, de l'ennui, d'un trouble digestif produisant, grâce à la dilatation de l'estomac, un obstacle à l'inspiration, c'est-à-dire dans toutes les conditions où la respiration devient superficielle ou ralentie. J'ai relevé déjà (1) que l'accès d'épilepsie est quelquefois précédé d'un abaissement considérable des courbes respiratoires ; il n y a donc pas lieu de s'étonner que l'on observe quelquefois le bâillement comme précurseur de l'attaque d'épilepsie.

Le bâillement est généralement suivi d'une expiration prolongée (fig. 11) ou d'une large et brusque expiration (fig. 9). Lorsque

(1) Chez bon nombre de mélancoliques qui ont la respiration extrêmement superficielle et lente, on voit aussi de temps en temps se produire, en dehors des bâillements, des inspirations amples et bruyantes qui ont pour but de compenser l'insuffisance des inspirations ordinaires.

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le bâillement se produit par séries, les bâillements successifs peuvent être séparés soit par une expiration prolongée (fig. 10), soit par une large et brusque expiration (flg. 12). C'est surtout dans les séries que l'inspiration et l'expiration du bâillement présentent des saccades (fig. 10 et 12). Dans les bâillements isolés la dilatation et la rétraction du thorax sont figurées] par' des courbes réguli^»res (fig, 9 et 11).

Fig. 11. — Quatre courbes rpspiratoires inscrites sans interruption montrant que la respiration devient plus superficielle avant le bâillement.

Je noterai en outre chez ce sujet des irrégularités du tracé respiratoire dont les courbes représentent bien les mouvements choréiformes que l'on remarque à l'inspection extérieure (fig- 13, 14).

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Ces phénomènes moteurs peuvent être isolés, ou accompagnés fies phénomènes sensitifs; d'autres fois, ces derniers existent seuls et constituent Yaura sensitive pure. C'est une sensation de vent chaud ou froid, de liquide tiède ou glacé, de chatouillement, de picotement, de frissonnement, d'engourdissement, de brûlure, de douleur de toute nature qui part d'un point quelconque de la périphérie, du tronc ou des membres et s'avance vers la tête. Elle part de l'épigastre, de l'ombilic, du bas-ventre, de la gorge, des régions mammaires ou précordiale, aussi souvent que des membres.

L'aura qui part du tronc ou du cou donne assez souvent la sensation d'une boule dont la description est difficile à distinguer de celle de la boule hystérique, comme l'a relevé Parry. Moreau de Tours a aussi noté cette sensation de globe (1). Bonnet, dans son Sepulchretum, rapporte l'histoire d'un homme de cinquante ans chez qui survenait un gonflement subit dans l'aine gauche, comme un bubonocèle, d'où partait une sensation de fourmillement qui descendait au pied, puis remontait à la tête. Quelquefois l'aura paraît avoir son siège dans l'estomac; le malade éprouve une sensation de constriction , de pesanteur, suivie de nausées et quelquefois de vomissements.

Quelquefois l'avertissement consiste en sensations subjectives qui ont pour siège la peau, picotement, brûlure, sensibilité exquise, froid ou insensibilité.

Dans un certain nombre de cas la sensation qui constitue l'aura siège sur les muqueuses. Quelquefais c'est une sensation de picotement, de chaleur ou de chatouillement dans les narines, dans l'arrière-gorge, dans le larynx.

M. LetTerts (2) rapporte, sous le nom d'épilepsie à aura laryngée, l'histoire d'un malade qui, en parlant, éprouve dans le larynx, sans qu'il y ait de lésion, une démangeaison bientôt suivie de toux spasmodique, puis il tombe sans perte de connaissance complète. J'ai observé une malade du même genre.

(1) De l'épilepsie. Obs 7, p. 39.

(2) Lcfferfs, Nev; facts in laryngology. [Med. News, 26 mai 1883.)

Fig. 13 et li. - Irrégularités de la respiration chez B,, dans l'intervalle des bâillements.

Observation XV. — Épilepsie : aura larijngée.

M«« V., âgée de b2 ans (2 mars 1887), prétend n'avoir ancun antécédent névropatliique soit personnel, soit dans sa famille; toutefois j'ai appris qu'elle a une sœur qui depuis dix ans est mélancolique et qui depuis que M""® V. est malade, a pris le lit et n'a plus voulu sortir de sa chambre. — M™« V., mariée depuis l'âge de 20 ans, a eu un enfant à 21 ans, cet enfant est mort de convulsions à six mois. Son mari affirme que sauf quelques maux de gorge elle s'est toujours bien portée depuis. En janvier 1883, elle a commencé à éprouver des accidents singuliers qui se manifestaient quelquefois spontanément, mais le plus souvent à propos d'un effort, d'un essoufflement en montant un escalier, ou encore sous l'influence d'une odeur un peu forte. La malade sentait un chatouillement dans le larynx, elle faisait quelques mouvements de déglutition, puis il se produisait nn engourdissement de la main droite et du bras, puis des quatre membres, les jambes fléchissaient et elle tombait. Au début la chute se faisait sans perte de connaissance et la malade se levait rapidement : depuis un an il y a perte de connaissance, et quelquefois convulsions généralisées, deux ou trois fois seulement la malade a uriné sous elle, elle ne s'est jamais mordu la langue. L'examen laryngoscopique n'a révélé aucune lésion.

Ces cas sont intéressants à rapprocher des faits de vertige dit laryngé et qui se produit à propos d'une lésion laryngienne.

Quelques malades éprouvent des picotements dans les yeux, du larmoiement. Chez d'autres c'est une rétraction douloureuse ou indolore du testicule.

Dans un certain nombre de cas, l'attaque est annoncée par des sensations céphaliques plus ou moins douloureuses. Quelquefois, ce sont des douleurs pongitives se localisant sur un point plus ou moins limité; d'autres fois, c'est une sensation de pression circulaire, de casque trop étroit, une douleur pongitive à la nuque, etc.

On note quelquefois une sensation générale d'engourdissement ou encore une sensation d'augmentation de volume analogue à celle que Moreau de Tours a signalée dans l'intoxication par le haschich. Quelquefois cette sensation d'augmentation de volume est limitée à un membre. Herpin a vu un malade qui avant l'accès sentait sa tête grossir démesurément. Quelques-uns ont une sensation de légèreté extraordinaire, croient qu'ils s'élèvent dans les airs (lévitation).

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Les auras sensorielles présentent un intérêt particulier : elles peuvent être unilatérales ou bilatérales, porter sur un seul sens ou sur plusieurs sens à la fois. Ces sensations, quoi qu'on en ait dit, répondent très rarement à des impressions réelles, ce sont les plus souvent des sensations étranges que le malade ne peut pas qualifier d'une façon exacte ni comparer avec précision à celles qui sont provoquées par les objets extérieurs ; c'est un caractère commun à un grand nombre de sensations subjectives (i). D'autre part, il arrive assez souvent que lorsqu'un organe sensoriel quelconque est le siège d'une sensation subjective prémonitoire d'un accès d'épilepsie, les téguments de cet organe sont en même temps le siège de sensations subjectives contemporaines ; c'est une particularité qui peut encore trouver des analogies dans d'autres circonstances et qui semble indiquer que dans l'écorce cérébrale les centres de la sensibilité spéciale et de la sensibilité générale de ses organes ne sont pas éloignés (2).

En général les sensations olfactives qui constituent l'aura, sont celles d'odeurs désagréables que les malades comparent à des œufs pourris, de la charogne, des matières fécales, etc., quelquefois, cependant, ce sont des odeurs agréables; un de mes malades sent une odeur de girofle en môme temps qu'un chatouillement dans les deux narines pendant une demi-minute environ, et, quand le chatouillement devient très intense il perd connaissance. Comme exemple de sensation vague j'en citerai un autre qui sent « la pharmacie », éprouve une sensation de constriction thoracique, puis tombe à la renverse.

Les auras gustatives sont assez rares. Un jeune garçon sentait un goût d'encre, puis une sensation de froid du côté droit de sa langue; il devenait incapable de parler, puis perdait connaissance. D'autres fois c'est un goût métallique de cuivre, ou un goût amer, acide, ou une saveur nauséeuse.

Les auras auditives sont plus fréquentes. Quelquefois elles

(1) Ch. Féré, la Vision colorée et téquivalence des excitations sensorielles {Bull. Soc. Biologie, 1887, p. 791.)

(2) Ch. Féré, Contribution à l'étude des troubles fonctionnels de la vision nir lésions cérébrales, 1882.

consistent en un affaiblissement ou en une exagération de la fonction : certains malades cessent tout à coup d'entendre la conversation, regardent d'un air étonné et tombent ; chez d'autres, le moindre bruit devient douloureux. Plus souvent ce sont des sensations subjectives, le malade entend des sifflets, des bourdonnements, un bruit de cascade, d'eau qui bout, de chaînes qui traînent sur le pavé. D'autres fois le malade s'entend appeler, entend un mot toujours le même, on l'injurie. Un de mes malades qui entend sa mère lui parler éprouve en môme temps une sensation de chatouillement dans le fond du conduit auditif externe gauche; ix peine a-t-il eu le temps d'y porter la main qu'il tombe sur le côté droit.

Les auras sensorielles les plus fréquentes paraissent être celles de la vue. Quelquefois c'est une dysesthésie rétinienne qui fait que le malade ne peut supporter sans douleur la lumière du jour, à cette dysesthésie se joint quelquefois un picotement de la conjonctive, ces deux sensations pénibles entraînent le blépharospasme qui est bientôt suivi par la convulsion générale. D'autres fois c'est une anesthésie plus ou moins complète : tantôt il s'agit d'une obnubilation de la vision sous toutes ses formes, pouvant aller jusqu'à la cécité absolue ; tantôt il s'agit d'une altération partielle, dyschromotopsie, anesthésie chromatique, scotomes, photopsie, vision colorée, etc. M. Gowers rapporte des exemples intéressants d'auras visuelles et en particulier de vision colorée, il semble que ce soit plus souvent le rouge qui figure parmi ces sensations subjectives, mais toutes les autres couleurs ont été signalées. Ces sensations colorées apparaissant soit sous forme d'une illumination diffuse, soit sous forme de globes, d'étoiles, etc. Chez deux malades qui présentent des auras colorées, il m'a été impossible d'obtenir une comparaison qui satisfasse pleinement, il s'agissait de couleurs neuves; il en était de môme chez un autre pour qui tous les objets se décoloraient et devenaient d'un gris uniforme, c'était un gris spécial ne correspondant à aucun mélange connu. D'autres fois l'aura visuelle consiste en des phénomènes plus étranges, les objets apparaissent plus gros ou plus petits qu'il ne sont réellement (macropsie, micropsie), ou encore les malades ont la sen-

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sation que les objets s'éloignent ou s'avancent. Quelques malades ont de la diplopie. D'autres fois encore ce sont des sensations purement subjectives, ils voient apparaître une personne connue, ou des objets fantastiques. Quelquefois ces objets s'avancent sur eux et lorsqu'ils arrivent très près la perte de connaissance se produit.

Quelquefois les auras sensorielles sont extrêmement complexes, un des plus beaux exemples de ce genre est rapporté par M. Govvers. « Le malade était un homme intelligent âgé de 26 ans, dont toutes les attaques débutaient de la môme façon. Il se produisait d'abord une sensation dans la région de l'hypocondre gauche, « semblable à une douleur accompagnée de « crampe », puis,' pendant que cette sensation continuait, une espèce de boule semblait remonter dans le côté gauche de la poitrine, avec un « toc-toc », et quand elle atteignait la région supérieure de la poitrine, la sensation se transformait en coups qui étaient entendus aussi bien que sentis. La sensation montait à l'oreille gauche, puis il se produisait un bruit semblable au sifflet d'une locomotive qui paraissait se faire au-dessus de la tête. A ce moment il voyait subitement et invariablement devant lui une vieille femme vôtue de brun qui lui offrait quelque chose ayant l'odeur de la fève du Tonkin. La vieille femme disparaissait alors, et deux grandes lumières se présentaient à ses yeux, des lumières rondes, l'une à côté de l'autre, qui s'approchaient de lui par mouvements saccadés ; lorsque les lumières disparaissaient, le son sifflant cessait, il ressentait une sensation d'étouffement dans la gorge, et perdait connaissance. » D'autres fois ce sont des phénomènes moteurs qui se combinent aux auras sensorielles.

Sous l'influence d'une excitation tant soit peu intense d'un oi'gane sensoriel quelconque, il se produit des réactions générales multiples, parmi lesquelles il faut citer des contractions involontaires des muscles. Si ces contractions peuvent être générales, elles ne sont pas contemporaines dans tous les muscles. Les muscles qui réagissent le plus vite et avec le plus d'intensité sont ceux qui sont associés fonctionnellement i\ l'organe sensoriel excité ou qui sont situés le plus près de lui. Sous

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l'influence d'une excitation unilatérale de Touïe, le masséter du côté de l excitation se contracte avant son congénère, et avant Torbiculaire des paupières du même côté, etc. Les sensations subjectives, les hallucinations déterminent des phénomènes analogues : sur un individu qui présente des hallucinations de l'ouïe d'un seul côté, on voit le masséter se contracter d'une manière spasmodique et plus énergiquement de ce côté, et les rides se sont développées avec une prédominance extrêmement marquée, surtout dans la partie inférieure de la face de ce même côté. Chez quelques malades, il semble que la convulsion commence au voisinage de l'organe sensoriel qui est le siège de l'hallucination ; mais le fait mériterait d'être vérifié.

Les auras psychiques ne sont pas moins variées que les auras motrices ou que les auras sensorielles. Elles consistent aussi en phénomènes d'excitation ou de dépression. On pourrait les diviser en auras émotionnelles et en auras intellectuelles, mais au fond c'est l'état émotionnel qui domine la situation et lorsqu'il paraît peu caractérisé, c'est encore lui qui gouverne la genèse des représentations mentales. Tan tôt l'accès est annoncé par un état mélancolique qui s'établit graduellement, et où l'on signale quelquefois les idées de pertes, d'indignité, rarement des idées de suicide. Tantôt la dépression se produit brusquement sous forme de terreurs par exemple : quelquefois l'état émotionnel est déterminé par une circonstance analogue à celle qui a provoqué la première attaque, c'est ainsi qu'un malade qui avait été pris la première fois après avoir eu peur d'un chien, tombait chaque fois qu'il entendait aboyer un de ces animaux. La dépression prémonitoire se traduit quelquefois par un ralentissement général des fonctions intellectuelles, le malade comprend plus difficilement ce qu'on lui dit ou sa mémoire est plus ou moins obnubilée ; il se produit des lacunes dans le souvenir et dans l'idéation. Dans d'autres cas, il existe une excitation variable depuis la simple suractivité des fonctions psychiques, jusqu'à l'état maniaque. Echeverria cite un épileptique imbécile qui, la veille de l'attaque montrait une lucidité remarquable et une intelligence qui s'évanouissait après le paroxysme. D'autres fois l'excitation se manifeste par impulsions irrésistibles plus ou

ÉPILEPSIK GÉNÉRALE D'EMBLÉE 81

moins violentes; les malades font des fugues, commettent des actes bizarres ou inconvenants qui se terminent ou sont interrompus par l'attaque. Souvent tout se borne à un état de turbulence, le sujet devient querelleur, soupçonneux, furette partout, ouvrant et fermant les portes, les tiroirs.

Un jeune garçon éprouve une modification pénible des senti-, ments atfectifs; il sent tout d'un coup de la répulsion pour les personnes et les objets qui lui sont chers et inversement, répulsion dont il se rend parfaitement compte et qu'il exprime en disant : « Je change de cœur «. Souvent ce sentiment ne va pas jusqu'à une modification de conduite, alors l'accès ne se produit pas. Lorsqu'au contraire l'enfant est poussé à des paroles ou à des actes violents, ce qui arrive généralement, au bout de dix minutes ou un quart d'heure, il perd connaissance et des convul-. sions se produisent souvent avec miction involontaire. Lorsque les convulsions ne se produisent pas, l'accès émotionnel dure beaucoup plus longtemps, quelquefois deux ou trois heures : Tenfant reste abîmé dans un chagrin profond et manifeste des idées de suicide. Pendant tout ce temps il est d'une pâleur extrême et éprouve une sensation de froid, avec chair de poule. Ces sortes de crises sont généralement suivies de manifestations expansives envers son entourage, particulièrement envers sa mère. Cette série de phénomènes peut-être rapprochée de ce qu'on voit quelquefois se produire chez des hystériques en conséquence d'excitations périphériques et que nous avons décrit avec M. Binet sous le nom de « polarisation psychique » (i), phénomènes qui ont été retrouvés depuis par MM. Blanchi et Sommer (2).

M. Hughlings Jackson a insisté sur une forme particulière d'aura intellectuelle (3) qui consiste en une « réminiscence » brusque et fugitive de quelque événement antérieur de l'existence. Celte réminiscence s'accompagne non d'une absence mais en général d'une obnubilation de la conscience, d'un état de rêve.

(1) Revue philosophique, avril 188i>, — Le magnétisme animal, 2* éd. 1888. {2) Archivio di psichiatria, 1886, t. VH, fasc. IV, p. 387. Revue philosophique février, 1887.

(3) On a particular variely of epilepsy [intellectual aura). (Brain, yo\. XI, p. 179, 1888.)

Ch. Féré. (i

82 ÈPILEPSIES ET ÈPILEPTIOUES

Ces « réminiscences » peuvent exister à Fétat isolé longtemps avant lapparition des attiiqlies convulsives. Quelquefois ces réminiscences consistent en une vision panoramique extrêmement rapide de tous les événements de l'existence antérieure, rappelant ce qui se produit souvent au moment de la submersion (1) et quelquefois chez les mourants. Ces visions panoramiques ont peut-ôtre joué un rôle dans la constitution de la légende du jugement dernier (2). Chez certains malades, ces réminiscences ont toujours trait au môme fait, d'autres fois elles portent sur des faits différents dans les différentes attaques.

Observation XVI. — Épilepsie; aura intellectuelle; réminiscences.

D., 20 ans. — Mère aliénée, a eu des convulsions dans l'enfance et a des attaques d'épilepsie depuis l'âge de 14 ans, attaques convulsives et vertigineuses. Les attaques se produisent presque constamment la nuit. 11 est réveillé de 2 à 4 heures du matin par une violente douleur de tête, douleur compressive qui lui prend toute la tête comme un casque de plomb. Il sent une gêne respiratoire, une sorte d'oppression, et est affecté d'un sentiment de tristesse indéfinissable; puis tout d'un coup s'impose un souvenir pénible. Tantôt c'est celui de sa mère mourante; tantôt c'est celui de son Irère rapporté à la maison à la suite d'une chute du haut d'un arbre ; tantôt c'est celui du garde champêtre qui l'a saisi en train de voler des pommes dans un verger. Quand un de ces trois souvenirs survient dans la journée, et ce n'est jamais sans mal de tête préalable, il se couche par terre, sûr d'avoir une attaque qui survient en effet.

M. Hughlings Jackson a insisté sur des cas dans lesquels l'attaque est précédée d'un état de rêve {dreamy state). Dans une observation rapportée par lui et par M. Beevor, la malade croyait voir une petite femme noire qui marchait rapidement dans une cuisine ; à ce moment les yeux devenaient fixes et la vessie se vidait involontairement, mais il n'y avait pas de perte de connaissance. Cette femme qui sentait aussi une aura olfactive, avait une tumeur du lobe temporo-sphénoïdal. On peut rapprocher de cet état de rêve l'ancienne observation rapportée par Peyroux, où il s'agissait d'un épileptique qui craignait d'être écrasé par un char arrivant sur lui à fond de train, et dans lequel se trouvait un petit homme coiffé d'un bonnet rouge.

(1) W. Munk, Euthanasia, London, 1887,

(2) Ch. Féré, Note sur l'état mental des mourants. {C. R. Soc, BioL, 1889, p. 108.)

ÈPILEPSIE GÉNÉRALE d'eMBLÉË

Chez un de nos malades l'attaque s'annonce souvent par un doute métaphysique relatif à l'existence de Dieu.

Observation XVII. — Épilepsie; aura intellecluelle; doute métaphysique.

Ch., 27 ans, ne peut fournir aucun renseignement précis sur ses antécédents héréditaires. Il prétend qu'il s'est toujours bien porté dans son enfance. A 12 ans, il fut enfermé dans une maison de correction pour avoir volé. Il contracta des habitudes de masturbation. Ayant tait une tentative d'évasion, il fut condamné à la cellule. Il prétend qu'il y resta enfermé neuf mois, pendant lesquels ses mauvaises habitudes ne firent que s'aggraver. Pendant qu'il était en cellule, il commença à avoir des étourdissements qui se répétaient tous les trois ou quatre jours. A 18 ans, il est sorti de la maison de correction, il est retourné dans sa famille, à Amiens, où il apprit le métier de lithographe. 11 avait toujours des étourdissements, surtout fréquents la nuit.

Devenu militaire, il servit dans un régiment à Batna. Ses étourdissements devinrent plus fréquents et plus prolongés. Ils étaient précédés d'obsessions tantôt bizarres tantôt effrayantes, ou encore de doutes pénibles. Il se demande si Dieu existe. Lorsque le doute en arrive à provoquer une angoisse pénible, il peut être sûr qu'un paroxysme va se produire. Dans un certain nombre de ces étourdissements, il ne perdait pas complètement connaissance. Lorsqu'il revenait à lui, il avait alors un moment pénible, parce qu'il se souvenait que pendant l'accès il croyait bien fermement à l'existence de Dieu, tandis que l'accès fini la foi n'était plus aussi sincère. Pendant ses « étourdissements », il lui arrivait souvent de se livrer à des actes bizarres : une nuit il détacha une mule et allait partir, il ne sait oîi, si un de ses camarades ne l'en avait empêché. Au bout d'un an de service il fut réformé.

Il rentra à Amiens (1882), et reprit son métier. Un jour que l'idée de Dieu s'était imposée à lui, et qu'il était très excité, il se rendit au palais de justice avec un poignard, pour frapper ceux qui l'avaient fait enfermer dans la maison de correction. Avant d'avoir pu mettre son idée à exécution, il fut pris d'un étourdissement à la suite duquel il tira son poignard, sans frapper, puis il perdit de nouveau connaissance. On le conduisit à l'Hôtel-Dieu, d'où il fut dirigé sur l'asile de Clermont. Il resta quinze mois dans cet asile : ce séjour fut, du reste, interrompu par plusieurs évasions. 11 fut transféré à l'asile de Lommelet. Jusqu'à cette époque, il n'avait eu que ce qu'il appelle des « étourdissements », c'est-àdire des obnubilations subites des sens et de la conscience, ordinairement sans chute. Alors survinrent de grands accès convulsifs qui s'annoncent, d'ailleurs, comme ses « étourdissements» : « Chaque fois, dit-il, que je pense à Dieu, je suis sur d'avoir quelque chose ». Pendant un séjour de six mois à Lommelet, il aurait eu quatre grands accès convulsifs.

Sorti sur la demande de son père, il retourna à Amiens, où il resta tranquille pendant cinq ou six mois, ayant des attaques rares et de nombreux étourdissements. Il se fît remarquer en 188(j par son exalta-

ÉFILEPSIES ET ÉPILEPTIQUES

lion dans les réunions publiques, où il se rendait avec un revolver. Il fut arrêté sur la dénonciation d'un individu sur lequel il se livra plus tard à des voies de fait, ce qui lui valut une condamnation de quinze jours de prison et à rinterdiction de séjour. 11 fut condamné plusieurs fois ensuite pour infraction à cette interdiction. Ces condamnations successives le décidèrent à se rendre à Toulouse, mais en traversant Paris il fut pris d'un accès sur la voie publique et conduit à Saint-Anne, et de là à Bicôtre (7 avril 1888). Malgré 6 grammes de bromure de potassium par jour, ses attaques convulsives sont devenues beaucoup plus fréquentes, il en a en moyenne dix par mois. Annoncées comme nous l'avons dit, elles commencent par un cri sourd, puis il se renverse en arrière, a des secousses dans les membres, tourne la tôte de droite à gauche et de gauche à droite, il reste très pàle pendant toute la durée de l'attaque, qui est de une minute et demie environ. Pas de morsure de la langue, pas d'évacuations involontaires. Il revient à lui lentement et reste hébété pendant deux heures. Quand il reprend connaissance, il se frotte les mains d'une manière automatique, souvent pendant fort longtemps. C'est du reste un mouvement machinal qu'il fait souvent en dehors de ses accès.

En dehors de ses accès et de ses étourdissements, C. a des accès d'excitation, dans lesquels il cherche querelle à tout le monde, frappe, brise, déchire ses vêtements. D'autre fois, il reste sombre et taciturne pendant des jours, parle de suicide et fait des tentatives d'évasion absurde. Il est monté un jour sur le toit d'un des bâtiments de l'hospice, s'y est installé et a refusé de descendre pendant plusieurs heures, les plombiers ont dù intervenir pour le faire rentrer. Une autre fois, ayant été enfermé à la sûreté à cause de ses menaces et des voies de fait auxquelles il se livrait, il monta une chaise au haut d'un grillage élevé, fixa la chaise avec des lanières faites avec ses vêtements déchirés, et s'installa à califourchon sur ce perchoir, où il resta plus de douze heures sans manger.

Un de mes malades raconte que souvent il a dans la journée des réminiscences subites de rêves de la nuit précédente : souvent ces réminescences sont suivies d'accès.

Quelquefois l'aura est constituée par une sensation de vertige dans lequel le malade a tantôt la sensation que c'est luimôme qui se déplace, tantôt que ce sont les objets extérieurs. M. Beevor admet que lorsque la sensation de rotation se produit vers la droite, la chute a lieu à droite; quand elle se produit à gauche c'est le contraire (1).

Parmi les phénomènes de l'aura, il faut encore citer les

(1) Beevor, On the relation of the aiD'a glddiness to epileptio sêlzures. (B;Y4»n. janvier 1884, p. 487.)

ÉPILEPSIE GÉNÉRALE DEMBLÉE 83

troubles du langage qui tiennent à la fois des troubles moteurs sensitifs et psychiques. Quelquefois, c'est un simple bégaiement, une répétition de mots, de la paraphasic ou de l'aphonie motrice plus ou moins complète. Dans d'autres cas, les malades prêtent Toreille au bruit, mais ils ne paraissent pas comprendre la signification des mots : sur les deux malades qui m'ont présenté ce phénomène je ne saurais dire s'il existait véritablement de la surdité verbale. Car outre que le trouble était transitoire, il était compris dans l'amnésie de l'accès. Mais dans un certain nombre de cas, la surdité verbale paraît exister réellement (1). Ce serait faire une pure hypothèse que dire que certains malades qui paraissent regarder sans voir ont de la cécité des formes. Il faut noter que quelquefois l'aphasie constitue non plus le prélude de l'accès mais qu'elle est tout l'accès (2).

En général les malades conservent le souvenir des auras motrices ou sensitives. Il arrive peut-être plus souvent qu'ils perdent le souvenir des auras psychiques ; mais ce n'est pas là une preuve que les actes exécutés pendant l'aura étaient inconscients au moment où ils se produisaient : l'ictus épileptique détermine quelquefois comme le choc traumatique ou le choc émotionnel des amnésies rétroactives, c'est-à-dire que la perte du souvenir comprend une certaine période antérieure à l'accès. Je donne depuis plusieurs années des soins à un homme de cinquante ans qui n'a que des accès rares et reste capable de diriger une importante atTairc industrielle. Il lui arrive chaque fois qu'il a son accès de jour d'oublier une série d'actes accomplis en pubHc, dans son bureau, devant de nombreux employés ou ailleurs, actes qui nécessitaient l'intervention de toutes ses facultés et qui étaient parfaitement adaptés aux circonstances. Il ne manque jamais de se livrer à une enquête sérieuse sur ces actes qui ont souvent une grande importance matérielle ; or, il paraît avéré que ces amnésies rétroactives ne durent jamais moins d'une demi-heure. Elles ont duré quelquefois jusqu'à une

(1) Pick, Zur Localisation einseitir/er Gehorshallucinationen nebsl Bemerkungen iiber transitovische Worlhaubheil. [Jahrs. f. Psuch., 1888, VIII.)

(2) Bateman, Un cas de logonéovose épileptique ou d'aphasie intermittente. [Encéphale., 1887.)

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heure en conséquence d'accès extrêmement violents. Du reste je ne crois pas que ce fait soit unique, je suis très tenté d'en rapprocher, bien qu'elle ait été interprétée autrement, une observation rapportée par M. Cassagne (1), dans laquelle il s'agissait d'un individu qui avant l'attaque faisait un certain nombre d'actes plus ou moins complexes, et qui répondait aux questions, et après l'attaque ne se souvenait plus ni de ces actes ni de ces questions.

Les phénomènes de l'aura ont conduit M. Bevan Lewis (2) à rechercher l'état de la température et voir que l'exagération anormale de l'activité cérébrale se manifeste longtemps avant l'accès par une élévation constante et progressive de la température centrale qui arrive à son acmé immédiatement avant l'attaque. Quelquefois cette élévation commence plusieurs jours avant l'attaque. J'ai fait prendre la température d'un certain nombre de malades pendant l'aura, nous n'avons jamais pu constater qu'une élévation légère de la température rectale, élévation qui n'a jamais dépassé un degré deux dixièmes. D'après M. A. Voisin (3) la température des membres qui sont le siège de l'aura serait toujours de quatre ou cinq degrés plus élevée que dans l'état normal. Chez plusieurs malades, j'ai pu constater une élévation de température au siège de l'aura; mais cette élévation ne dépassait jamais un ou deux degrés au maximum. La môme élévation de température a été constatée avant les attaqu s convulsives des paralytiques généraux.

Il est bon de remarquer d'ailleurs que quelques malades ont au commencement de l'attaque une sensation de brûlure; un malade de Russell croyait que sa manche avait pris feu (4).

Chez quelques malades ayant ou non d'une manière persistante une accélération du pouls, la fréquence des battements du cœur s'accroit un certain temps avant l'attaque, s'accompagnant de palpitations et d'anxiété précordiale, quelquefois avec douleur dans le bras gauche, rappelant les phénomènes de l'angine de poitrine.

(1) Nouvelles observations sur l'épilepsie. Th. 1879.

(2) Med. Times and. Gaz. mars 1876.

■ ■ (3) ktt. Èpilepsie (Dici. de méd. et chir. prat.) (4) Med. Times and Gaz., 7 avril, 1866.

ÉPILEPSIE GÉNÉRALE d'eMBLÉE 87

Lorsqu'on peut assister à quelques-uns des phénomènes de l'aura, il est possible au moyen du sphygmomètre de Bloch de constater l'augmentation de pression dans la radiale. Cette augmentation de pression peut être de 130, 200, 230 grammes môme. Elle se retrouve comme on sait au début de l'accès chez les animaux en expériences chez lesquels on peut la constater directement (François-Franck, Magnan).

Ces faits viennent à l'appui de l'opinion exprimée par Axenfeld, que l'aura n'est et ne peut être que l'expression d'un travail morbide central : elle est le symptôme et non le prodrome réel d'une souffrance encéphalique perçue comme si elle avait lieu à ta périphérie ; les auras périphériques ne sont que l'écho lointaiin d'un état pathologique des centres nerveux. Loin d'envisager ces sensations comme le point de départ des attaques, il n'y faut voir que le commencement môme de l'attaque.

Hughlings Jackson (1) regarde avec raison les phénomènes du début de l'accès comme choses capitales au point de vue de la locahsation de la lésion.

(1) Hughlings Jackson, On right or lefl sided spasm at the onsel of epileptic paroxysms [and on criide sensation wai'uings, and elaborate mental state. {Brain. juillet 1880, p. 192.)

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