ABSENCE CONGÉNITALE DES MUSCLES PECTORAUX DU COTÉ GAUCHE
Ch. FÉRK — p. 145.
Félix Alcan, éditeur
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H les oreilles manquent de lobule. 8a maladie actuelle a été i)récédée de préludes significatifs: il a eu plusieurs fois des convulsions dans les premières années ; jusqu'à 5 ans, il a eu de Tincontinence d'urine nocturne et diurne ; il passe dans sa famille pour très intelligent, parce qu'il est très espiègle et qu'il invente des mensonges extraordinaires, mais il est impossible de tixer son attention, et on n'est pas parvenu à lui apprendre à lire.
Il avait G ans, lorsque, k la suite d'une peur que lui aurait faite un chien, il a eu sa première attaque convulsive : on n'y attacha pas d'importance. Après trois mois d'intervalle il survint une seconde attaque motivée, soi-disant, par une indigestion : on n'y prêta encore nulle attention. Six mois plus tard, il survint, dans une même journée, trois attaques auxquelles on ne put assigner aucune cause pliysique ou morale. En outre, ce qui n'avait pas eu lieu les deux premières fois, rcnfant s'était mordu la langue et avait uriné dans ses vêtements! C'est à cette occasion que nous fûmes appelé à voir le malade pour la première fois; lo père, qui avait assisté à deux accès, en donnait une .lescription des plus correctes: ily avait eu cri initial, une période tétanique, une période de mouvements convulsifs, etc., le tout suivi •l'un sommeil stertoreux durant une demi-heure environ. Nul doute qu'il s'agit d'épilepsie et d'épilepsie vraie, la perte de connaissance était absolue d'emblée, et les phénomènes convulsifs n'offraient aucune localisation, et il n'existe aucun trouble de la motilité ou de la sensibilité d'un côté du corps. L'enfant a été soumis à la médication bromuree à la dose quotidienne de 3 grammes. Depuis le mois de mars 1882 jusqu'au mois de mars 1884 il n'eut que cinq attaques qui toutes ont été moins fortes que celle du début : il semble établi qu'il n'y avait plus ni cri, ni morsure de la langue, ni miction involontaire et que tout se soit borné à une perle de connaissance avec chute et quebiues mouvements convulsi ■ . Du mois de mars au mois d'août 1884 il n y eut aucun accès. '
Le 25 août, l'enfant se trouvait à la campagne chez un oncle nui avait un fils du même âge que lui. lise portait parfaitement, jouait comme d'ordinaire, et rien chez lui ne faisait soupçonner qu'il pût survenir rien de particulier, bien que l'enfant n'ait pris aucune do^e de bronuire depuis son départ de Paris le l-' août. Vers deux heures de 1 apres-midi le petit malade était entré dans la chambre de son cousin : au bout d'une demi-heure, ne le voyant point revenir, on voulut voir ce qui se passait. On le trouva ronflant et étendu au milieu de la chambre, la bouche souillée de mousse sanguinolente et les vêtements inondes d urine : il était couché au milieu de débris de jouets et de livres appartenant à son cousin. Lorsqu'il fut sorti de sa stupeur et qu'on lui demanda ce qui était arrivé, comment et pourquoi il avaif tout brisé autour de lui, il regarda de tous côtés comme pour se con vaincre que ce ne pouvait être que lui le coupable, puis il rénondit" « Il a arraché la queue de mon cheval. >, On ne comprit pas d'abord Ip sens de cette réponse que l'on attribua au délire; puis on finit n rappeler que deux ans auparavant le cousin du petit malade avait" ^'n Gii. FiRÉ. '
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effet, arraché la (lueiie (riin clioval de buis que cv dernier possédait. On conclut de cette circonstance que noti'C sujet s'était livré à des représailles volontaires, et la iainille fut très effrayée de cet acte de rancune. On reprit iinniédialenient le traitement, et depuiscctte époque il ne s'est plus produit aucun phénomène convulsif.
C'est seulement le 8 octobre que nous avons pu revoir et interroger le petit malade. 11 parait tout à fait sincère; l'affaire est pardonnée, il n'en est plus question depuis longtemps. II reconnaît que ce ne peut être que lui ([ni a brisé les objets, mais il ne peut dire ni comment, ni quand : il ne s'en souvient nullement, pas plus que de l'attaque; l'acte impulsif a-t-il été accompli avant ou après les convulsions? 11 est impossible de l'établir. Il se souvient qu'il était entré dans la chambre pour prendre un livre, il l'a pris; puis il ne se souvient plus de ce qui est arrivé, jusqu'au moment où on est venu le relever. Quand on lui demande raison de sa réponse: «lia arraché la queue de mon cheval», il réplique invariablement : « 11 ne m'a pas fait autre chose, sans cela je n'aurais pas cassé ses affaires. » Rien ne révèle aucun sentiment de rancune, soit avant, soit après l'attaque.
Nous ti'oiivons dans cette ol)servation un malade qui non seulement se reconnaît l'auteur de l'acte nnisiblc, mais l'explique. Étant données les circonstances extériciu^es, l'aveu n'a rien de surprenant, puisque le malade s'est surpiis lui-m<'inc en quelque sorte en flagrant délit.
Quant à l'explication de l'acte fournie par le sujet, il est plus dilTicile de s'en rendre compte, et elle peut donner lien à des interprétations diverses, lyimpulsion ne s'est-elle pas produite à propos de l'attaque, sous rinfluence d'un sentiment de haine habituel ou momentané et précédant Tictus? Ou bien le malade a-t-il la sensation vague d'une ellipse de sa conscience etchercliet-il à la remplir en adaptant les circonstances les plus vraisemblables? La dernière hypothèse m'a paru tout d'abord la ])lus justifiable (1) : mon opinion se basait sur des laits d'un autre ordre.
Lorsque chez une hypnolique on provoque une impulsion irrésistible déterminant un acte autonu\tiquc qui est nécessairement sans motif pour la personne qui est soumise à la suggestion, presque toujoui's le sujet trouve une expUcation qui légitime ce qu'il vient de faire. Cette explication peut être particulièrement
(1) Note vour servir à ridstoire des actes impulsifs des èpilepliques. [Revue de Médecine, 188o.)
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sigiiiflcalive dans l'ordre d'idées qui nous occnpe ; prenons un exemple : En compagnie de M. X..., qui est entré ce jouj'-Ià pour la première fois à la Salpétrière, nous faisons des expériences d'hypnotisme sur une nommée G..., hystéro-épileplique, du service de M. Cliarcot. La malade est en état de somnambulisme provoqué (1). Je lui donne l'ordre de poignarder à son réveil M. X... avec la lame de cai ton (jue nous lui mettons dans la main. Sitôt réveillée^ elle se précipite sur sa victime, et la frappe dans la région précordiale; M. X... teint de tomlier. Je demande alors au sujet pounpioi elle a lué' cet homme; elle le regarde fixement nu instant, puis avec une expression farouche : « C'est nu vieux cochon, il a voiilii me faire des saletés. »
Comment comprendre cette réponse ? — Il est évident qu(^ dans cette circonstance l'acte criminel n'avait pas de motif matériel, et il n'en a été suggéré aucun ; le snjet, son crime accompli, a un moment d'hésitation arant d'en donner le mohile, elle sent une lacune de sa conscience, elle interroge l'aspect extérieur de sa victime; elle n'a pas hesoin d'un grand talent d'ohservalion pour être frappée de l'expression égrillarde du visage de M. X... Voilà la lacune remplie : ce monsieur ne l'a ni fi-appée, ni volée, etc.; mais sa physionomie l'accuse, elle n'avait aucune autre raison de le frapper, donc elle avait celle- Jù, car elle ne pouvait pas le frapper sans raison.
Le motif d'explication que C. trouve dans Texamen de la phy sionomie de M. X..., le jeune T... l'a pu trouver dans le souvenir du malheur arrivé à son cheval. Dans les deux cas il y a une ellipse de la conscience que le sujet n'a pas pu admettre et (pi'il a clierclié à comhler en s'aidant des circonstances extérieures.
Il est donc possihle d'admettre qu'un épileplique peut donner l'explication d'un acte impulsif, sans que pour cela on doive nécessairement rejeter la réalité de Tinconscience, ou qu'on doive soui)çonner les Intentions antérieures du malade.
Toutefois, il est avéré qu'un certain nombre d'épileptiqiies ont des impulsions qui sont dii'igées suivant leurs iendances anté-
i'I) Rinct et Foré, le Marjnélismc animal ( Bibl. scicntilique iiiteniatioirUe i 5" éd., 1888. ' ■ *
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rieures, et quelquefois ils ont conscience de cette direction de leurs impulsions et ont la sincérité d'en rendre compte.
On est toujours trop porté i\ attribuer à Tépilepsie tous les troubles mentaux qui se présentent cbez un épileptique. M. Magnan (1) a montré qu'un épileptique peut être en môme temps alcoolique et délirant cbronique et que, chez un tel sujet, l'épilepsie, l'alcoolisme et la vésanie peuvent se côtoyer tout en restant distinctes. Le travail de M. Respaut vient à l'appui de la même idée, tout en s'appuyant sur des faits d'un ordre un peu
diflerent (2).
En dehors de leurs attaques, les épileptiques se trouvent dans des états psychiques qui présentent des variétés sans nombre. Ces états sont pathologiques s'il s'agit de sujets qui sont en môme temps alcooliques, délirants chroniques, impulsifs, etc. ; mais môme chez des sujets indemnes de toute affection mentale, l'état psychique dans les périodes intermédiaires aux attaques est très différent suivant le caractère, les habitudes, la profession, l'éducation, etc.
Qu'il soit normal ou pathologique, qu'il eoit permanent ou transitoire et précédant de peu l'attaque, cet élat psychique détermine la forme du délire auquel rictus épileptique imprime son cachet particulier : brusquerie de la décharge et oubli fi-équent. Ou peut retrouver dans l'élat psychique antérieur les éléments du délire épileptique, comme on y retrouve les éléments du rôve. HughUngs Jackson a cherché à expliquer les troubles intellectuels qui suivent ces accès épileptiques en disant que la décharge épileptique annule l'action directrice en paralysant momentanément les centres les plus élevés, les centres de la volition, les centres modéro-moteurs de Ferrier; les centres inférieurs, restant seuls en activité, ne peuvent plus déterminer que des actes automatiques qui varient précisément suivant l'état cérébral antérieur.
Que l'état psychique antérieur soit normal ou pathologique,
^1) De la cocxistmre de plusieurs délires che: le même aliéné. {Archives de
^îo.t^'î^'/.i'e'^V^i^'/U ou plutôt de rin/luenee de iHclus épileptique sur létal gé'uéral normal et pat/,ologique; Uiosc de Pans, 1885.
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l'influence de l'ictus épileptlque est la môme; mais elle peut se manifester sous deux formes. Dans l'une, le malade, après le choc, poursuit une idée préexistente ou continue un acte commencé, met à exéculion un projet récemment combiné, etc. La disposition mentale existante au moment de l'ictus n'est pas interrompue, qu'elle consiste en idées raisonnables, se rapportant à la profession par exemple, ou en idées de suicide, en délire alcoolique, en hallucinations sensorielles, etc. Dans l'autre forme, l'ictus interrompt l'idée immédiatement préexistante, ou l'acte commencé, et détermine une action qui est ou bien la répétition d'une action ancienne identique ou bien l'exécution d'une idée intérieure. Le délire épileptique n'est, en somme, souvent que l'exécution automatique d'une idée préexistante ou normale ou pathologique; il en résulte qu'on est tenté d'attribuer la volonté réfléchie de l'acte, qui semble en efl'et prémédité, à un malade qu il peut avoir agi sous le coup d'une impulsion trop rapide pour qu'aucun motif puisse l'influencer. La gravité du délire varie, on le comprend, suivant que le sujet est sain d'esprit et qu'il n'a par exemple, que des préoccupations pi'ofessionnelles, ou que c'est un vésanique ordinairement sujet à des impulsions homicides ou suicides, ou un criminel d'habitude.
D'autres fois, les actes impulsifs paraissent sans aucun lien avec les conditions antérieures, et le malade agit sans appi écier ni la direclion, ni la valeur de ses actes; mais il en conserve ensuite un souvenir plus ou moins précis. Il semble qu'il se . produise une obnubilation momentanée de la conscience dont la continuité se rétablit plus tard. Un de mes malades a assez fréquemment, il la suite de ses accès, des périodes déliranles dans lesquelles il se livre pendant un quart d'heure ou une demiheure à des violences de toutes sortes. Quand il revient à lui, il ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé; mais quand il i\ repris ses occupations, il lui arrive, au bout d'une heure ou môme plus, de revenir dans la pièce où il s'est livré à ses impulsions pour s'assurer des dégâts matériels qu'il a pu produire ; il se souvient qu'il a soulevé ou bousculé tel ou tel meuble et qu'il -a risqué de le briser ou d'en fi-apper les assistants. D'autres fois le malade a parfaitement conscience de l'incon-
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A onnnco ou de la nocivité de ses actes au moment même où il les commet, et il en conservera le souvenir. Il s'agit alors d'impulsion, de délires impulsifs avec psychalgie cjui tiennent une grande place dans ce que M. J. Falret a désigné sous le nom de petit, mal intellectuel.
Les impulsions épileptiques ont été confondues sous les noms de folie transitoire, de folie périodique, de folie instantanée, do délire par accès (Lasègue) qui pendant longtemps n'étaient pas rattachés à la maladie comitiale. Lasègue et M. J. Falret pensent que ces impulsions n'appartiennent pas toutes à l épilepsie et qu'il est nécessaire de maintenir dans le cadre nosologique un. délire impulsif non épileptique. On sait d'ailleurs que les idiots, les déments, les hystériques, les alcoohques, les paralytiques généraux sont sujets à des impulsions analogues. Toutefois, comm.e l'a lait remarquer M. Magnan, les délires iustantanés non comitiaux deviennent de plus en plus rares à mesure que l'on connaît mieux Fépilepsie. Les impulsious des épileptiques se caractérisent surtout par leur soudaineté et par leur indépendance apparente des circonstances extérieures. Ces délires impulsifs, qui peuvent précéder ou suivre les attaques convulsives, peuvent aussi en être indépendantes. Elles prennent alors le caj'actère de décharges psychiques qui dans leur mode de production et dans leurs suites, ont la plus grande analogie avec les décharges spasmodiques.
Elles sont souvent précédées d'une période d'inquiétude pendant laquelle les malades sont irritables, soupçonneux, intolérants. Quelques-uns éprouvent une angoisse menlale, une douleur psychique, à laquelle ils savent quelquefois rapporter sa valeur de signe pn' curseur. D'autres ont de véritables auras sensitives ou sensorielles, quelquefois c'est une douleur précordiale, d'autres fois c'est une sensation visuelle colorée, de bruits dans les oreilles, une sensation gustalive, un goût de sang ou une odeur désagréable. Ou encore c'est une sensation de congestion céphalique avec battement dans les tempes, doideur syncipitale, une oppression précordiale, etc., sensations qui permettent quelquefois au malade de prévenir qu'il va être pris. Lorsque la décharge s'est accomplie, il s'ensuit souvent un
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état de dépression, quelquefois avec sommeil stertoreux, un étal d'exhaustiou analogue à celui qui se produit à la suite des ciises spasmodiques. Il arrive quelquefois que pendant le petit mal intellectuel ou un accès impulsif, le malade soit capable de répondi'e correctement à une interpellation, mais celte manifestation de raison, tout à fait transitoire, ne laisse pas de trace dans la mémoire ; lorsque Taccès est terminé, le malade a oublié à la fois les actes délirants et la lacune raisonnable intercalaire.
La direction des délires impulsifs des épileptiques est extrêmement variable; les plus intéressants dans la pratique, sont les impulsions homicides, suicides, pyromaniaques, ce sont, en effet, celles qui donnent le plus souvent lieu à des poursuites judiciaires et à des expertises médico-légales. Mais nombre d'épileptiques présentent des impulsions à des actes bizarres ou indécents. Quelquefois ces actes singuliers ne paraîtraient pas maladifs, s'ils ne se présentaient avec certains caractères particuliers Un malade qui a des accès convulsifs avec assez de régularité tous les quinze jours, a de temps en temps, vers répoque d"un accès qui manque, un délire assez particulier. Il rentre chez lui vers trois heures de l'aprôs midi, c'est l'heure à laquelle ses accès convulsifs le prennent en général; il se précipite dans la cuisine, fait main-basse sur tout ce qu'il trouve, absorbe une quantité énorme de liquides et de solides, quelquefois des aliments crus qu'il mange gloutonnementaveclesmains. Au bout de dix minutes ou unquartd'heure de cet exercice gastronomique, il s'assoupit et tombe dans une sorte de stupeur. On le porte sur son lit où il dort pendant une heure environ, et il ne sort de son sommeil que pour vomir la quantité excessive d'aliments qu'il a ingérés. Il peut alors se relever, mais reste brisé pour le reste de la journée. Ces accès se reproduisent deux ou trois fois par an depuis cinq ans ; ils ne sont pas absolument inconscients; quand le malade bouscule les personnes qui se trouvent sur son passage, il les appelle quelquefois par leur nom; et il se souvient vaguement après l'accès qu'il est rentré, qu'il a mangé, mais il (3st toujours surpris de la quantité et de la nature des aliments ({u'il vomit.
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La répélilion des manifestalions sous la môme forme constitue déjà un caractère important que Ton retrouve en particulier dans les impulsions pyromaniaques ; on voit en effet que dans une série d'incendies allumés par un épileptique, le feu est généralement mis de la même manière. Souvent aussi les mômes impulsions se reproduisent chez le môme malade aux mêmes heures ou dans des circonstances analogues. Enfin, lorsqu'il s'agit d'un acte de violence, il est déployé une force et une quantité de mouvement hors de proportion avec le résultat à obtenir. S'il s'agit d'un meurtre, la victime sera lardée de coups inutiles, et souventrépileplique s'acharne sur le cadavre; il pulvérise souvent les objets qu'il brise, par des chocs répétés.
Observation XXVIII. — Epilepsie, impulsions homicides.
Le nommé R., âgé do 38 ans, ancien professeur d'anglais, né de parents entre lesquels existait une grande différence d'âge. Le père avait 18 ou 20 ans de plus. La mère, migraineuse, était extrêmement religieuse, tandis que le père avait des idées toutes différentes, d'où résultaient souvent des querelles. R., iils unique, s'était toujours bien porté, on ne relève dans ses antécédents d'enfance et d'adolescence que le fait suivant : il lui arrivait souvent de se représenter tout a coup dans une haute situation : amiral ou général commandant un combat, orateur enthousiasmant la foule, etc.; ces idées de satisfaction très variables dans leur forme, persistaient pendant un certain temps, mais n'arrivaient à leur complet développement que lorsqu'il pouvait s'échauffer par une action violente comme une course rapide; la course terminée, l'illusion s'évanouissait.
11 y a quatre ans environ il commença à avoir des vertiges et des impulsions bizarres. Il a plusieurs fois perdu connaissance en faisant sa classe et faisait des grimaces, on l'aurait vu se rendant en plein jour dans une maison de tolérance, et il aurait été pour ces diverses raisons, mis en congé. Rentré dans la maison paternelle, il a épousé les idées de sa mère qu'il a poussées jusqu'au mysticisme, il faisait sans cesse des tentatives pour convertir son père. 11 avait de temps en temps des vertiges, et était sujet la nuit à des hallucinations généralement d'un caractère religieux. La mort de sa mère l'avait rendu mélancolique et avait exagéré ses tendances religieuses. Il se réveille une nuit entendant son père lui demander un verre d'eau, il se lève pour le lui donner, à peine s'est-il recouché que son père lui demande de ranger quelques objets, il se relève et fait ce que son père désirait. Après s'être recouché de nouveau, il raconte qu'alors il eut une hallucination dans laquelle il vit son père se tirer les dents les unes après les antres, il éprouva un sentiment d'horreur inexprimable, se précipita sur un lourd crucifix avec lequel il frappa son père à coups redou-
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blés, tellement que la mort s'ensuivit. Après les premiers coups, il a perdu connaissance et ne se souvient de rien, affirme-t-il.
H., a le côté droit de la face moins développé, il est plus fort de la Miain gauche, le pli fessier droit est un peu abaissé, pas d'autres stigmates piiysiqucs Depuis son entrée (4 fév. 1887), il n"a jamais eu d'attaques convulsives, il se plaint de trouble subit, mal de tête, serrement à la gorge, éructations durant quelques minutes, quelquefois il pâlit et parait perdre connaissance, d'autres l'ois il continue à parler. II est sujet à de grandes irrégularités de caractère, ordinairement calme et triste, concentré, il se répand quelquefois en menaces sans motifs et va jusqu'à frapper des malades inotî'ensifs sous un prétexte futile. Son intelligence s'est considérablement affaiblie. Ses troubles, au nombre de quatre à cinq par mois, ne paraissent pas modifiés par le bromure.
En général, les troubles psychiques des épilepliques présentent un caractère de tristesse ayant souvent pour conséquence des réactions d'un caractère violent et agressif. Cependant il n'en est pas toujours ainsi: exceptionnellement on peut rencontrer dans l'épilopsie un délire optimiste et gai.
Observation XXIX. — Épilepsie; idées de salis faction .
B., 32 ans, ne fait connaître que des antécédents héréditaires obscurs. Il a deux sœurs qui se portent bien et un frère qui à la suite de convuK sions de l'enfance a conservé une paralysie du membre supérieur droit. Il n'aurait lui-même jamais eu de convulsions ni aucune autre maladie. A Tàge de 11 ans, étant chez sa tante, le mari de cette dernière rentra en frappant à coups de pied dans la porte : il fut pris d'une grande frayeur et resta quelques minutes sans pouvoir articuler une parole. Depuis ce temps il a des étourdissenjents avec obnubilalion considérable ou perte de la conscience, tous les quinze jours ou toutes les trois semaines. Il a été trois ans soldat au tOO« de ligne; mais fui réformé à cause de ses étourdissemeiits. Il y a deux ans, a la suite d'un chagrin causé par une maladie de sa mère, il fut pris de délini la nuit. Il s'imaginait qu'on l'avait empoisonné, vociférait, cassait les vitres; il alla se plaindre au poste d'oii il fut envoyé à Sainte-Anne, puis à Bicêlre. Il nie tout excès alcooli(iue. f»endant son séjour à Hicêtre il n'eut que des étourdisscments sans perte de connaissance et sans chute. Pour la nuit du 6 au 7 décem[)re 1880, il était alors dans le service de M. Deny, il fut pris d'une excitation qui débuta, comme dit le malade, comme « par un coup de canon qui est parti dans sa tète ». « Immédiatement, dit-il, j'ai éprouvé un contentement inexprinuible »; îl a sauté, il a dansé. Il ajoute que son contentement lui vient de la conviction qu'il a de ce que sa maladie ne le prendra plus: a Étant jeune le sang lui avait déjà parlé; il avait comme une lubie dans le corps qui lui parlait. » Le 13 décembre il a eu le même coup dans k
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tète, il rit aux éclats. Le 3 uvi il 1887, il a un accès convulsif à la suite duquel une excitation de même nature s'est produite, il disait qu'il était guéri « que c'était rigolo », il ne veut plus travailler, paie des cigares à ses camarades, embrasse le surveillant, etc. 11 sort le 22 février 1888.
Peu de temps après, s'étant IViit une blessure à l'index de la main droite, il entra à Tbopital Tenon où « de contentement de sentir sa maladie qui s'en allait » il chanta nuit et jour. 11 sortit au bout de 8 jours toujours dans le même état de santé, et chantant constamment dans les rues. Son attitude lui valut d'être ramené à Sainte-Anne, puis à Bicètre. Son hilarité dura plus d'un mois. 11 nie toute influence alcoolique. Du reste, le 4 janvier 1889 il a été repris à l'asile d'un accès du même genre dans lequel l'alcool n'avait pu jouer aucun rôle.
M. J. Faire! a décrit sous le nom de grand mal intellectuel, des accès de manie avec furem- qui se produisent chez les épileptiques, soit à la suite d'accès ou de vertiges répétés, soit après vme longue suspension des accidents convulsifs qu'ils pai-aissenl remplacer. Comme le petit mal, la manie épilcplique a pour caractère d'apparaître soudainement et de disparaître de môme. Cependant, comme le petit mal aussi, elle est quelquefois précédée de phénomènes précurseurs, tantôt vagues et mal déterminés, tantôt assez caractéristiques pour constituer soit pour le malade soit pour son entourage un averlissement précieux. Ces signes précurseurs constituent quelquefois de véritables auras ; un de mes malades éprouve une sensation de chaleur avec gonflement à l'épigastre quelque temps avant l'accès, puis un gonflement dans la môme région , d'où part une houle qui monte à la gorge. Cette aura précède toujours les accès maniaques, mais jamais les paroxysmes convulsifs ou vertigineux. Plus souvent les accès de grand mal intellectuel sont précédés de céphalalgie, de troubles dyspeptiques, d'une sensation de vide, d'une difliculté à coordonner les idées, d'une douleur morale plus ou moins pénible, quelquefois d'une véritable angoisse qui va s'exaspérant jusqu'à ce que lorage éclate.
Le malade devient tout à coup irritable ; sans occasion, au milieu du calme en apparence le plus parfait, il se prend d'un accès de colère furieuse contre les choses et contre les personnes, môme contre celles qui lui sont chères; il s'agite violemmenl, devient loquace, grossier, injurie toutes les personnes qui l'en-
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loureut sans paraître les reconnaître. Ses yeux brillent d'un éclat particulier et prennent une expression de férocité que l'on n'oublie guère quand on l'a observée une fois ; la face est congestionnée et couverte de sueur. Les membres sont agités de mouvements violents, mais non pas désordonnés et incohérents : le malade qui paraît étranger à tout ce qui l'entoure, est cependant capable de tout voir et de tout observer, et il sait choisir le moment convenable pour frapper à coup sûr, connne Ta bien prouvé la mort de Geoffroy, médecin de l'asile d'Avignon, qui est tombé sous le coup d'un épileplique fiuùeux. Sa violence devient inouïe si l'on cherche à s'opposer à ses mouvements ; sa force et sa résistance h la douleur deviennent extraordinaires : j'ai vu un malade deLegrand duSaulle qui, enfermé dans une cellule, arracha jusqu'à la dernière pièce du parquet, sans autre instrument que ses mains. L'aspect de cet individu était véritablement tragique, ses sourcils projetés par une contraction énergique des muscles donnaient à son regard étincelant vme expression sauvage; il en vint, sans que personne pût s'y opposer, à se frapper la téte contre les murs. Chose étrange, au milieu de cette fureur aveugle en apparence, il répondait aux interpellations, et lançait à chacun une objurgation appropriée. C'est du reste un caractère particulier de la fureur épileptique d'être moins incohérente que la plupart des accès maniaques ; il est souvent possible de suivre la logique du déUre qui repose sur des hallucinations extrêmement intenses, qui peuvent porter sur un seul ou sur plusieurs sens à la fois. On peut observer des impulsions suivies d'homicides, etc. Krafft-Ebing cite un héi'éditaire épileptique qui, à la suite de l'atlaque, se précipitait sur sa mère et voulait la violer. En général, cet état ne dure que quelques heures ; mais même lorsque les accès sont courts, l'état général paraît grave, sous l'influence des vociférations permanentes etdes mouvements violents, de l'excitation psychique; la langue se dessèche, la voix devient rauque ou éteinte, la peau est couverte de sueur, la température s'élève légèrement. Quelquefois, cependant, la fureur épileptique dure une journée entière et môme plusieurs jours ; alors, la température peut s'élever jusquà 39 ou 40". Quant l'accès est court, le malade revient à son état normal presque aussi
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hriisqueinenl qu'il en est sorti: c'est encore un des caracti'res de ces paroxysmes. Souvent, pourtant, il se plaint de douleurs de tête plus ou moins violentes, d'un alïaissement général plus ou moins marqué. A la suite des grands accès qui durent plusieurs jours, il peut arriver que le malade tombe dans une dépression profonde, un véritable état d'exliaustion analogue à celui que l'on observe à la suite de l'état de mal convulsif. Une malade de la Salpétrière, à la suite d'une série de trois attaques convulsives avec intervalles lucides, était tombée en état de manie furieuse d'une durée de cinquante-deux heures; il se produisit une prostration subite avec flaccidité générale, insenbilité complète, stertor, et elle succomba au bout de cinq heures avec une température de 41°. Dans tous les cas, le malade ne conserve qu'un souvenir vague de son état pendant l'accès, et le plus souvent même ce souvenir est complètement aboli.
M. J. Falret a relevé la ressemblance « absolue » chez le môme malade, de ces accès de petit mal ou de grand mal intellectuel. On a pu contester la généralité de ce caractère qui, cependant, existe réellement dans un bon nombre de cas.
Les équivalents intellectuels de l'épilepsie peuvent se présenter chez des sujets qui n'éprouvent dans l'intervalle aucun trouble psychique et dont le caractère égal, contraste avec la violence de leurs paroxysmes. D'autres fois, il s'agit de malades qui ont constamment une irritabilité morbide et qui se font remarquer par le caractère explosif de leurs réactions. Les paroxysmes peuvent se produire avec une fréquence très variable : Leblois (1) cite une femme qui eut des accès de manie de deux jours l'un pendant près d'un an.
Lorsque les équivalents psychiques se présentent avec cette fréquence et persistent longtemps, ils peuvent entraîner la déchéance intellectuelle, tout comme la répétition des attaques ou des vertiges.
a) Considôratiom sur les rapports de l'épilepsie avec la manie pèriocfiqut : (h., 1802, p. 31.