‹ Les épilepsies et les épileptiquesChapitre 26 sur 94 · TROUBLES MOTEURS · texte numérisé non relu

TROUBLES MOTEURS

A la suite des paroxysmes épilepliques, on observe un cerlain nombre de troubles moteurs qu'il sera intéressant d'étudier en détail : ce sont principalement des paralysies et des tremblements. Les uns comme les autres peuvent porter soit sur les muscles des membres, soit sur les muscles de la face, de la, langue, des yeux. L'épuisement nerveux consécutif aux attaques ne se traduit pas exclusivement par des troubles moteurs, on observe aussi des troubles de la sensibilité, ce sont soit de>s. nnesthésies, soit des dysesthésies, sensitives ou sensorielles, tîomme corolUiires de ces troubles, il faut signaler l'afTaiblissement intellectuel, la diminution de la mémoire qui, chez quelques malades, existe encore plusieurs jours après le paroxysme. Ces troubles sont les éléments persistants de la stupeur.

Tai déjà relevé quà la suite des fortes décharges convulsives, le pouvoir réflexe de la moelle pouvait être en défaut momentanément et que l'on constate une abolition plus ou moins durable des réflexes roluliens. Mais cette abolition des réflexes n'est pas la règle absolue. M.Beevor, après avoir étudié un grand nombre d'épileptiques après l'accès, arrive à concltu'e que le réflexe tendineux est plus souvent augmenté (38/70) que diminué (25/70) (1). Ces différences me paraissent en rapport avec l'intensité de la décharge et des autres phénomènes d'épuisement. J'ai constaté qu'à la suite des accès un choc d'intensité donnée détermine un mouvement réflexe dont le temps perdu est inversement pro-

(1) Beevor, On ihe condition of the Kneejerk, Aukle clonus and planior reflex m/'ter epileplic fils in sevenly cases; and on port epi/eptic conjugale, déviation f*f the eyes. {lîmin, april 1882, p. 56.)

lo8 Kl'ILKl'SlES ET ÉPILEPTIQUES

porlionnel à l'étendue du déplacement ; c'est-à-dire que le temps perdu est plus gi-and quand le réflexe est diminué, moindre au contraire quand il est augmenté.

Dans les cas où il a complètement disparu, lorsque le rcflexo potellaire reparaît, il est tardif et s'épuise vite; quand on Ta provoqué deux ou trois fois, on ne peut plus les reproduire. Il peut quelquefois s'écouler plusieurs heures avant que les réllexes tendineux soient revenus comparables à l'état normal sous l inlluence d'un choc d'intensité connue.

Nous avons vu à propos de Fépilepsie partielle que souvent, à la suite d'un paroxysme spasmodique limité à un memlu'e ou à un côté du corps, il se produit une paralysie limitée à ce membre ou à ce côté du corps. Des phénomènes du même genre ne sont pas complètement inconnus dans le mal comitial vulgaire. Todd (1) les avait signalés, et ils ont souvent été observés depuis (2).

La paralysie peut atteindre les membres dans lesquels la convulsion a prédominé, quelquefois elle est bilatérale. On peut citer un certain nombre de cas d'aphasie post-épileptique plus •ou moins transitoire. Tandis que Russel Reynolds considère cette paralysie comme une simple coïncidence, Todd, Robertson, Hughlings Jackson admettent, au contraire, que ces para- Ivsies liansiloires sont attribuables à Tépuisement nerveux cons<'cntif à l'excès d'activité pendant l'accès, à la décharge des éléments corticaux. Du reste, MM. François-Franck et Pitres ont observé l'épuisement de l'excitabilité de l'écorce cérébrale à la suite d'accès épileptiformes déterminés par la faradisation des zones motrices; et M. Danillo a aussi constaté un affaiblissement considérable de l'excitabilité des centres pendant la phase de résolulion qui succède aux grandes convulsions générales dans l'intoxication par l'essence d'absinthe.

Hughlings Jackson pense, par analogie, que la résolution générale qui succède aux attaques d'épilepsie vraie résulte de l'épuisement général des centres nerveux. A l'appui de cette opinion, on peut rappeler la disparition momentanée du réflexe patellaire

(I) Todil, Clinical lectures 07i paralijsis. 2'^ éd., 1S8G, p. 281. (2j Eon, Élude sur les paralysies dans l'épilepsie ; th., 1880.

riiÉNOMÈNES d'Épuisement consécutifs aux paroxysmes 159 npi-èsTatlaque, signalée par MM. Wcstpliai, Gowcrs et Bccvor, vl (jiie j"ai eu souvent occasion de constater.

Vvliide de l'état des forces, avant et après le paroxysme, m'a paru de nature à renseigner sur cet épuisement général; aussi ai-je entrepris une série d'explorations dynamométrifiues, dans lesquelles j'ai été aidé par MM. Arnould et Enriquez, internes, et M. Langlet, surveillant de service (1).

I. Sur 13 épileptiques observés pendant l'aura, nous avons constaté une diminution de la force dynamométrique au moins <rmi côté. Trois l'ois, la diminution était proportionnellement é'gale des deux côtés; trois fois, elle était plus considérable à droite ; sept fois, elle était plus forte à gauche ; elle se trouve en moyenne de 19 p. 100 à droite et de 22 p. 100 à gauche. Chez sept de ces sujets, raffaiblissement observé pendant l'aura était plus considérable que celui que l'on li'ouvait après l'attaque ; c'était le contraire chez les autres. Celte diminution de la pression (l> namoméirique pendant l'aura est sujette à une interprétation complexe ; je me contente d'enregistrei' le fait.

II. — L'exploration dynamométrique a été faite à la suite des grands accès sur 7o malades, sans aucun trouble hémiplégique <q)préciable, atteints d'épilepsie dite essentielle. Cbez tous, j'ai Irouvé un atTaiblissement au moins d'un côté après l'attaque. En faisan! l'exploralion, sitôt que le malade est capable de serrer le dynamomètre, on trouve un atl'aiblissementqui peutaller jusqu'à 70 p. 100 chez certains. En général, le même malade présente toujours après ses accès le môme degré d'affaildissement. Celte diminution de la force musculaire n'est pas la même des deux côtés: trente et une fois, sur soixante-quinze, elle est plus ^çi'ande à droite, quarante-quatre fois elle prédomine à gauche. Cette particularité ne doit pas étonner, elle est en rapport avec la prédominance latérale des convulsions. Chez certains sujets <lont le réveil est brusque, l'aiïaiblissement est très peu marqué, il se réduit à 2 ou 3 p. 100 et quelquefois est nul d'un côté (i fois sur 75). Sur ces 75 sujets, l'alTaiblissement est en moyenne do 21 p. lOO à droite et de 23 p. 101) à gauche.

({) Ch. Ft'iT, Nofe sur Vélat des forces chez les épileptiques. 'Bull, so^ Biologie, 1888, I). 2i.)

m. — IG malades ont été observés à la suite de vertiges avec cliute ou simplement avec obnubilation des sens sans convulsions apparentes. Chez un, il n'y avait aucune modification de la pression dynamométrique :ce malade ne perd pas connaissance dans son vertige. Chez un autre, qui a des hallucinations ù la suite de son vertige, il y avait une augmentation de 15 p. 100 à droite et de U p. 100 à gauche. Chez les 14 autres, il y avait luie diminution de la force musculaire : cette diminution était équivalente des deux côtés, chez un seul sujet ; chez 8, elle était plus considérable à droite ; chez 5, elle était plus marquée à gauche. La moyenne de la perte chez ces 14 sujets, immédiate- Bient après le vertige, était de 30 p. 100 à droite et de 27 p. 100 à gauche ; la plus grande perte était de 59 p. 100. L'exploration dynamométrique, pratiquée un quart d'heure après le vertige chez ces 14 mômes individus, donnait encore une diminution de 10 p. 100 à droite et de 14 p. 100 à gauche.

Le malade sur lequel nous avons vu une augmentation après le vertige, suivi d'hallucinations de 15 p. 100 h droite et de -2i p. 100 à gauche, offre, au contraire, une diminution de 30 p. 100 à droite et de 50 p. 100 à gauche, à la suite de l'accès non suivi de troubles psycliiqucs apparents. Il est remarquable que l'augmentation et la diminution les plus fortes se manifestent du même côté.

Parmi ces 14 malades, il en est 11 qui ont été observés aussi à la suite des accès. Chez un seul, l'affaiblissement s'est trouvé le môme à la suite de l'accès et à la sirite du vertige ; chez 3, il était plus considérable à la suite des accès; chez 7, il était plus marqué après le vertige.

IV.— Chez 13 malades, qui présentent des accès incomplets avec vertige et spasmes en apparence limités, 2 seulement ont une augmentation de la force dynamométrique, de 2 et 6, 4 et M p. 100 à la suite; mais chez eux, la secousse n'est pas accompagnée de perte de connaissance. Les 11 autres ont une diminution, qui chez l'un va jusqu'à 57 p. 100, et qui se trouve en moyenne de 34 p. 100 à droite et de 32 p. 100 ù gauche. La diminution est plus forte, cinq fois à droite et six fois à gauche. Un quart d'heure après l'aecès incomplet, la perte est encore

PuÉNOMÈNLs d'Épuisement consécutifs aux paroxysmes 161 de 2i p. 100 à droite et de 19 p. 100 à gauche, en moyenne.

V. — Les observations que je viens de passer en revue montrent que la faii)]esse de l'effort qui succôde aux diverses manifestations épilei)tiques a une certaine durée. Il m'a paru intéressant de recliercher, au moins approximativement, dans quelle mesure cet aU'aiblissement peut se prolonger. Chez quelques sujets,. il en reste d(^s traces pendant toute la joui-née qui suit l'accès. En général, il semble du moins par les quelques explorations sérielles que nous avons i)u faii-e et dont quelques spécimens sont résumés dans le tableau suivant, les forces ne reviennent guère à leur él;il normal moins d'un demi-heure après l'accès; mais l'épuisement est encore très appréciable chez la plupart après tj'ois quarts d'heure.

DlMl.NCTION DE LA FORCE MUSCULAIRE A LA SUITE DE L ACCÈS d'^PILEPSIE

{Rapport à la force normale = 100.)

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