‹ Les épilepsies et les épileptiquesChapitre 28 sur 94 · TV · texte numérisé non relu

TV

THÉNOMÈNES DEPUISEMENT CONSÉCUTIFS AV^i PAROXYSMES 185

phénomène a duré cinq secondes et au-dessus. Chez plusieurs malades, le bourrelet local a pu être produit avec la plus grande facilité, en touchant le grand pectoral avec le bout du doigt, presque sans exercer de pression. Il se monti'ait d'ailleurs également sur presque tous les muscles du corps, notamment sur le bord supérieur du trapèze, sur le grand dorsal, sur le droit antérieur de la cuisse, et même sur l'éjuinence thénar (fait déjà observé par M. Labbé chez un malade d'une autre catégorie).

Un fait à noter, c'est que la dilférence qui semble exister normalement entre les deux côtés à l'avantage du côté droit, s'accentue après les accès; et si l'on fait la moyenne pour le côté gauche, ou (rouvc trois secondes, deux au lieu de quatre. Nous avons rencontré jusqu'à des différences de trois secondes entre les deux côtés. Une fois ce phénomène durait huit secondes à droite et n'existait pas à gauche.

Ce fait est-il en rapport avec le côté oCi les accès prédominent? Nous ne saurions l'afllrmer. Cependant un de nos malades chez lequel la prédominance à droite est bien établie, nous a montré à cet égard un exemple remarquable. Taudis que le phénomène manquait à gauche, il existait très marqué adroite sur le pectoral, sur le trapèze, sur le biceps et durait de trois à quatre secondes.

Il est intéressant de rapprocher du phénomène qui nous occupe, l'état de la force dyuamométrique avant et après accès. On note généralement avant accès un avantage marqué du côté droit; après accès, cette prédominance diminue beaucoup : parfois le côté gauche égale le droit et même l'emporte sin- lui, bien qu'il y ail affaii)lissement des deux côtés. Il semble donc qu'il y ait un épuisement plus considérable du côté droit.

Chez les épilepliques hémiplégiques, nous n'avons pas trouvé, comme on pouvait s'y attendre, de prédominance du côté hémiplégie; plusieurs fois même le phénomène manquait de ce côté, alors qu'on pouvait le produire du côté sain.

L'interprétation du phénomène qui nous occupe n'est point résolue de la même façon par tous les auteurs. S'il est bien reconnu aujourd'hui que le phénomène n'a rien de pathologique du moins lorsqu'il n'est pas exagéré, peut-on dire qu'il s'agit là

186 Él'lLi:i'SIES ET ÉI'ILEPÏIOUES

(l'un phénomène absolument pliysiologiqiie ? Nous avons eu l'occasion d'observer un certain nombre d'individus maigres, qui, à Félat normal et dans les conditions indiquées, ne présentaient pas le phénomène. Rudolphson (1) dit aussi qu'il ne Ta pas observé sur toute une série d'individus sains. Il y a donc lieu d'examiner de plus près les conditions dans lesquelles il se produit.

Ziemssen voit là un phénomène iï amaigrissemenl, et croit ({uil se produit sur les muscles atteints de dégénérescence graisseuse. Reinhard (2) a proposé une explication singulière, d'après laquelle le système nerveux central exercerait à l'état normal une sorte d'action inhibitante sur la production de cette contraction locale: la suppression de cette action dans les cas pathologiques laisserait ce phénomène apparaître en toute lil)erlé. M. Labbé considère que le phénomène est la conséquence de la fatigue musculaire^ et il montre cet épuisement en rapport constant avec Tapparition du phénomène dans les diverses atTeclions qu'il passe en revue. L'on sait que Tonde d'Aeby sur le muscle sain se propage avec une vitesse de un mètre par seconde ; sur le muscle fatigué, elle se propage plus lentement ; sur le muscle épuisé, elle ne se propage plus.

Étant admis que la contraction idio-musculaire est un phénomène d'excitabiHté propre au muscle, on peut conclure que le système nerveux y reste absolument étranger, et partant rechercher la cause de son existence dans le muscle lui-même.

Rudolphson fait observer que dans la maladie qui présente au plus haut point le phénomène, la fièvre typhoïde, c'est l altération parenchymateuse de la fd)re musculaire que l'on observe, depuis le simple obscurcissement de la striation, jusqu'à la transformation complète de la substance musculaire en une masse linement granuleuse. La dégénérescence graisseuse n'est que secondaire : elle est le fait de la haute tempéralure. Ce sont les mêmes altérations que l'on observe dans les muscles des phtisiques. L'auteur est ainsi amené à considérer la tuméfaction trouble comme le substratiim anatomique du phénomène. Que se

(1) Archiv. fur Psychiâlrle, 1889.

(2) Archiv. fur Psycliiàlrie, Band IV, 1884.

PHÉNOMÈNES d'ÉPUISEMI2NT CONSÉCUTIFS AUX PAROXYSMES 187

passe-t-il dans le muscle en expérience? La substance musculaire, si délicate,'est altérée parle choc, le sarcolemme est tiraillé : la contraction se produit alors comme dans un muscle épuisé.

Si le muscle est fatigué par un travail antérieur, un simple choc produira l'altération en question avec une plus grande facilité et le phénomène apparaîtra. Au contraire, chez un individu hien reposé, bien nourri, la substance musculaire, de meilleure qualité pour ainsi dire, résistera mieux, et il faudra un choc violent pour arriver au même résultat.

Si dans un muscle atrophié, il y a simplement diminution de volume et de nombre ou même disparition des faisceaux primitifs, le phénomène n'apparaîtra pas, d'autant plus que les muscles sont habituellement au repos. Ainsi s'expliquent peut-être les résultats négatifs obtenus chez nos hémiplégiques. Cependant M. Klippel (1), qui a signalé ce phénomène dans les atrophies nuisculaires cachectiques et des maladies générales et le désigne sous le nom de réaction de déhilUé musculaire, l'a vue coïncider avec l'atrophie des muscles.

Dans cette hypothèse, on peut appliquer la même remarque aux muscles des nouveau-nés dont les faisceaux sont plus petits (Budge) et dont les muscles ne travaillent pas. Pendant la période de développement, les faisceaux primitifs se multiplient: les fibres musculaires nouvellement formées présentent à un moment donné une striation mal dessinée qui les rapproche de l'aspect des fibres dégénérées. Peut-être est-ce la raison de la prédisposition marquée au phénomène en question, qui s'observe dans celte période de la vie?

En dehors de toute construction théorique, l'exagération de la contraction idio-musculairc paraît être un phénomène propre aux états adynamiques, elle méritait d'être relevée parmi les phénomènes d'épuisement consécutifs aux paroxysmes épileptiques. On peut rapprocher de ces faits Texistence observée par MM. Mosso et Maggiora d'une diminution de la force du muscle aussi bien à la suite du travail musculaire qu'à la suite de la fatigue cérébrale.

(1) Des amyolvopliies dans les maladies générales chroniques, et de leurs rapports avec tes lésions des nerfs périphériques ; th., 1889, p. 87.

Page 1