DÉMENCE ÉPILEPTIQUE. — IDIOTIE
Nous avons vu que les accès convulsil's, et surtout les accès sériels, déterminent, en môme temps qu'une dépression des fonctions de nutrition, un épuisement général des forces avec parésies localisées. A cette diminution de la force musculaire correspond une atténuation plus ou moins marquée de la sensibilité générale et spéciale. Cette dépression des fonctions sensorielles et motrices, coïncide avec une dépression générale de rintelligence et du sentiment qui constituent un terrain éminemment favorable à l'éclosion dos idées hypocondriaques et mélancoliques, qui elles-môm(!S peuvent servir de base au développement d'interprétations délirantes variées et à des réactions violentes. Ces phénomènes sont d'autant plus durables que l'exhaustion consécutive aux attaques a été plus considérable ; et elles ont d'autant plus de tendances à persister, que le malade est sous rintluence d'une hérédité complexe.
Dans quelques cas, l'exhaustion psychique est telle que le malade tombe dans un état de démence aiguë avec stupeur : incapable d'aucune manifestation spontanée, il répond à peine aux excitations périphériques. Ces phénomènes de dépression, au lieu de cesser brusquement comme le grand ou le petit mal intellectuel, ne disparaissent que peu à peu, comme la dépression (les forces; quelquefois même ils s'installent définitivement.
Cette exhaustion psychique^ qui peut tout aussi bien succéder à des états d'exaltation intellectuelle qu'cà des paroxysmes spasinodiques, permet de comprendre comment Morel (d) a pu considérer, avec une grande vraisemblance, certains cas de manie
(1) Traité des maladies mentales, 18G0, p. 480.
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Témittente ou de folie à double forme comme des manifestations de l'épilepsie larvée. M. Doiitrebenle a rapporté à Tappui de celte opinion, Tobservation remarquable d'un malade qui eut du délire aigu en 1866, de la manie rémittente de 1866 à 1880, et de la folie à double forme de 1880 à 1882 ; cet individu, qui n'a vait jamais eu jusque-là aucun trouble que Ton pût rattacher à l'épilepsie, eut de 1882 à 1886 cinquante-cinq attaques comitiales, à la suite desquelles le délire, qui durait depuis vingt ans sous différentes formes, disparut en découvraut tardivement sa nature. Dans ce cas remarquable, le bromure de potassium, en éloignant les attaques, faisait reparaître la folie alterne (1). A propos de ce groupe de faits, M. Doutrebente se demande si les folies périodiques, rémittentes, intermittentes, alternes, ne sont pas toutes sous la dépendance de l'épilepsie ; ils indiquent au moins que tous ces troubles fonctionnels reconnaissent pour cause des modifications dynamiques analogues du système nerveux.
L'exbaustion postparoxystique joue un rôle capital dans la production de la démence épileptique, et elle lui imprime souvent une marche rémittente spéciale. La dépression psychique consécutive aux attaques s'accentue à mesure que les attaques se rapprochent davantage et devient plus durable à mesure qu'elles se multipUent, de sorte que le malade finit par tomber dans une sorte de stupeur continue à renforcements ; mais dans ])on nombre de cas, dès le début au moins, la démence épileptique se fait remarquer par des rémissions, sinon par des intervalles lucides plus longs et plus marqués que dans les démences qui succèdent aux délires chroniques. C'est peut-être grâce à ces rémittences qu'on a pu croire à une conservation relative de la mémoire dans la démence épileptique; contrairement à ce qu'admettent plusieurs observateurs, la mémoire m'a paru tout aussi affaiblie que chez les autres déments : on sait d'ailleurs que la mémoire est la condition indispensable de toute activité intellectuelle, la démence ne peut donc guère se comprendre sans son altération. La démence épileptique porte sur la généralité des fonctions nerveuses; la description de M. De-
(1) Doutrebente. {Annales méd. psych.^ 1886.)
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lasiaiive (1) lui convient complètement: « suivant la gravité de cet état, raltention est faible, inefficace, nulle; la mémoire est confuse, infidèle, entièrement perdue; le jugement incertain, défectueux, aboli; les conceptions obscures, avortées ou fausses; l'cncbaînement des idées pénible, incorrect, impossible; rimagination sans essor; les déterminations inertes, fuguées, non motivées; les désirs sans portées, comme sans bases. De cette mutilation intellectuelle, découle, comme conséquence nécessaire, l'anéantissement des manifestations morales, sentiments, affections, instincts. La vie pbysique subit elle-même des changements parallèles : la sensibilité générale diminue, et l'exercice des sens, d'abord imparfait, fmit par être complètement suspendu. »
Si la démence est le plus souvent le résultat des paroxysmes mineurs (vertiges, absences, secousses, etc.), c'est à cause de leur répétition plus fréquente ; on ne peut pas douter, en effet, ([lie la stupeur provoquée par les paroxysmes majeurs ne soit plus grande ; il est donc certain, comme l'admettent du reste Legrand du Saulle, Voisin, Sommci-, etc., que si les grandes attaques se répétaient aussi souvent, elles entraîneraient beaucoup plus rapidement la démence que les paroxysmes incomplets. Il n"est pas douteux, d'ailleurs, que lorsque sous l'influence (hi traitement les grandes attaques sont devenues plus rares et sont renq)lacées par des vertiges beaucoup plus nombreux, Tétat mental devient plus satisfaisant. 11 n'y a donc pas lieu, au point de vue de l'intelligence, de redouter cette transformation.
A égalité de nombre des paroxysmes, la démence paraît être d"autant plus rapide que le sujet est plus âgé. M. Calmeil avait déjà remarqué ce fait: il a cité une femme de 73 ans, chez laquelle la démence se manifestait dès le premier mois après le premier accès. Quelquefois aussi, sur les sujets âgés, l'intelligence, après avoir été longtemps laissée intacte par l'épilepsie, s'allère à la suite d'un seul accès : l'observation suivante en est un exemple :
(1) Journal de médecine mentale, 1861, p. 110.