CHAPITRE \X
RAPPORTS KTIOLOIWOUKS DR I/KPILKPSIE KT DK OUKI.Ql'Kï^ MALADIES \
r.KM'lRALKS
On a ponsr que les maladies dites diailiésiqiies et pai- l'alenlissemenl de la luilrilion favorisent le développement de répilepsie. Portai (I) avait déjà noté la fréquente coïncidence dans une même généalogie de la manie, de l'épilepsie et de la phtisie pulmonaire. Moreau de Tours fit la même remarque. M. Baillarger a signalé la coïncidence du rhumatisme avec les névroses en général; maislagoulle offre surtout des connexions nombreuses avec Tépilepsic. Parmi les troubles prémonitoires de la goutte, on rencontre fréquemment le vertige, qui se présente avec une intensité très variable ; quelquefois, il est assez marqué pour offrir le grand appareil du vertige labyrinthique. comme M. Bouchard en a observé des exemples. Lasôgue voyait une telle connexion entre le vertige et l'arthritisme, qu'il rappor- ; tait au rhumatisme et à la goutte tous les cas de vertige dit stomacal (2). M. Da Costa (:J) fait jouer aussi au vertige un rôle prépondérant parmi les symptômes nerveux dus à la lithémie. D'autres phénomènes nerveux encore sont communs à l'épilepsie et à la goutte. Graves a signalé chez le goutteux une espèce de lie qui consiste en un grincement presque conlinuel des dénis, ' souvent usées par le frottement; ce tic, qui n'est pas rare pendant le sommeil chez les enfants à convulsions, sereirouve quelquefois
dans l'épilepsie.
Nous avons pu voir à la Salpétrière, une vieille femme qui
{{) Portai, Considrralio)is sur la imture et le Irailcmcnt des maladies de famille ^ et des maladies lu'rédilaires, etc.; 3» (mL, 1814, p. 3G.
(2) Belliaril, Des vianifestalions cérébrales de la f/oidle ; th., 1882, p. 8.
(3) Da Costa, tlie Nermas sijiiiplows nf lil/iiriuia. (Amer, joani. of. med.sc.: octoiire 1881.J
Rapports ktiologioi ks de l'épilepsil: ^"o était épilepliqiie seiilomeiit depuis dix ans et qui, depuis deux ans, avait ce même grinconient de dents qui se manifestait d'abord par accès, puis était devenu continuel, à tel point que la malade était obligée de se melire un cbifTon enli'e les arcades dentaires pour n'élre point enq)éciiée de dormir par le briiil qu'elle faisait. M. Delasiauve cite deux fails de gcinceineni de dents parmi b's signes pivcui'seiu's de ratta(jue (réj)ilepsie.
L'épilepsie proprement dile coïncide d ailleui-s quelquefois avec la goutte.
Des cas de ce gem'e ont élé rappoi'tés [)ar Van Swiclcn, Lynch (1), Legrand du Saulle (^2). Spencer Wells (;]), toutefois, professe que les affections convulsives ne sont pas fréquentes dans la goutte, et qiu> si quelquefois elles simulent Tépilepsie, il n'y a pas d'aïu'a; les attaques seraient seulement précédées pendant plus ou moins longtemps de tintements d'oreilles, de mouches volantes, etc. Dans quelques cas, la relation avec la goutte de faffection convulsive est des mieux démontrée par sa disparition, au moment où se manifestent les douleiu's articulaires (Lanzoni (4), Lynch, Legrand du Saulle, Teissier (5), etc. », ou inversement (Sauvages, Van Swielen).
A coté de la coexistence de l'épilepsie et de la goutte cliez le même sujet, il faut citer la combinaison des deux maladies dans les familles; j'en ai rappoi't('' ailleurs plusieurs exemples inli'ressants (G).
Les diabétiques sontanssi sujets à desaccidents vertigineux (7 1 et convidsifs (8).
Chez un malade cité par M. Truc, l'épilepsie se reproduisait à chaque suppression d'un I1ii\ béuioi'roïdal.
Tous ces troubles nerveux, qui se combinent avec les manifes-
(1) Lyiicli, Soino remarks on metaMasis lo Ihf hniin. in rjouf and allier diseases. {Dublin (piarl. joarn. of nind. se, IS.'jG, ]t. 21().)
(2) Legrand du Saiillr, (iaz. des/uij)., 18GS, 31 ortol)ro ISS:!.
(.3) Spencer Wells, Praclical ohs. on fjout and ils eomplicalions. London, 18ïi p. 126. ' '
(4) Cité par Gnilhort, De la rjonlfe el des nialiidics (/on lieuses, 1820, ]>. 26 (ÎJ) Teissier, Des crises d'épilepsie liée à farl/ihlisnie. [Lijon «/rf/Zm/, J S8.{) ' {&) La famille nérropal/iii/iie. {Arc/i. de j\eurolo(/ie, mars 1884.)
(7) Lerorché et Talamoii. Etudes médicales, 1881, p. 27.
(8) Bernard et Féro, Des troubles nerveux chez les diabéliijues. Arch de Yeuro %îf, 1882.)
270 KPILEPSIËS ET ÉPlLF.PTlOn:^^
lalions de la goulle ou du dial)(Me, soit clioz le méiw sujet, soit dans une uiruie famille, s'ils ne prouvent pas absolument, comme le veut M. Duckworth, que la goutte est une affection du système nerveux et aussi le diabèle, montrent au moins qu'il > a des rapports assez élroils enire la famille arthritique et la famille névropatliique. On peut dire que la plupart des maladies sont susceptibles de s'accompagner de quelque trouble nerveuv ( liez les névropathes. L'aribrilisme n'a-t-il (pi'une puissance excitatrice particulièrement active ? Ou bien l'artbrilisme et la diathèse névropathiques sont-ils deux étals congfhières résultant d'un trouble de la nutrition ditféremment spécialisé ? C'est | cette dernière interprétation que j'accepte : c'est à tilj-e cVéfaL<i | de dégénérescence que la névropatbie, la scrofide, la tuberculose, l'artbritisme, etc., se trouvent diversement combinés dans les familles; et, dans certaines conditions, leurs manifestations se transforment ou s'excitent réciproquement. i Ces connexions des maladies de dégénérescence avaient été i signalées par Portai (i), on les retrouve dans la plupart des auteurs récents .
C'est surtout la scrofule, comme l'avait déjà noté LugoL, j et la tuberculose, dont on retrouve souvent des traces cbez les épileptiques : « Si je voulais, dit Jos. Frank, avec les autres admettre un tempérament épileptique, ce serait assurément le tenq)érament scrofulcux et racbitique. » Gee (3), sur soixantecinq enfants atteints de convulsions, en aurait trouvé cinquante six rachitiques. Parmi les coïncidences possibles de l'épilepsie, | à côté du rachitisme, il faut citer l'ostéomalacie : J'ai fait cà la | Salpétrière l'autopsie d'une épileplique qui succomba à une | obstruction intestinale déterminée i)ar un rétrécissement ostéo- : malacique extrême du bassin (i). ^ L'anémie spontanée ou consécutive aux dépenlilions diverses
(1) A. Portai, Considérations sur la nature et le traitement des maladies d-e fawilte et des maladies héréditaires, 3' éd., 1814, pp. 34, 3G.
(2) .1. M. Winn, Hereditarij diseases. (The journ. of psj/eholof/icat med. and mental path., 187j, t. I, p. lo-j.)
(3) Gee, On conduisions in Children {St-Bartholomeirs hosp. Rep., 1867,
t. XVIII, p. 101.)
(4) Bull. Soc. analomi(/ue, 1881, p. 437.
RAPPORTS ÉTIOLOGIQUES DE l'ÉPILEPSIK 277
a aussi été accusée de favoj'iser l'épilepsie. Malgré l'observation de Maisoniieuve qui a rapporté l'histoire de dix-huit niarius de la corvette la Légère qui, échappés à la mort à la suite du naufrage de leur navire et réfugiés sur un rocher, aui-aient été Ions successivement atteiuts d'épilepsie, en couséquence d'une abstinence prolongée : la preuve n'est pas faite. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il arrive quelquefois qu'à la suite d'une déperdition de liquides, un épileplique i)résente des accès plus frécjuents; c est ainsi qu'un épileptique de mon service, qui n'a guère qu'un ou deux accès par mois, en eut li-enle-sept dans les ([uehfiies jours qui suivirent une diarrhée profuse. Les épilepsies par anémie ou é|)ilepsies asthéniques (Gubler), peuvent encore s'observer à la suite de grandes hémorragies, et même à la suite d'une simple saignée (Trousseau). Du reste, c'est un fait mis en lumière par Noihnagel et bien connu des physiologistes que, chez les animaux en expérience, les pertes de sang favorisent la production des mouvements réflexes et des convulsions (1).
Certaines autres altérations du sang paraissent favoriser l'épilepsie ; M. Charcot a signalé un cas d'épilepsie paraissant en relation avec la mélanémie.
L'hémopliilie pourrait avoir des iaj)poi'ts étiologiques avec cei'tains cas d'épilepsie, en présidant à la production d'hémorragies qui deviendraient des causes d'irritation (-2).
L'épilepsie coïncide dans un cerlain nombre de cas avec des atfections organiques du co'iu-, quelle que soit leur localisation; on peut donc admettre avec M. L(unoine (:;) (pTellos agissent, les unes en provoquant l'anéjuie cérébrale, les autres en ])rovoquant la congestion.
Tontes ces conditions |)atlm]ogiques, qui coïncident avec l'épilei)sie, ont pu être considéi-ées soit comme des causes efficientes, soit comme des causes déterminantes. Leur rôle se confond avec celui des causes que nous allons maintenant passer en revue.
(I ! r.r.nes, Epilops)! hroiinht on bij a sudden dcplction of (lie nm-iilar siislnn- [Dublin t/iinrl. nicd. Journ., 1847, t. III, p. ;{;}(}.)
(2) Soicl, A/i/m.si(', r/nlcpsie JacLsonnù'iinc, d/dinliinl par la fare vl prnrdvr de diiviadon conjiit/iu'e des i/cii.c are: rolalion de hi IHc. [Revnc de nnklccino ISSI p. 1010.) ' ' '
^1 ^mi^^^^^^ii"^) '''^'■'■'^'"^ cardiaque cl de son Irailemcnl. (Rer. de
CIIAI»lTUi: XXI
CAUSES DHTEUMl.NAMTES GÉNÉRALES
L iiiniieuce des causes dites déteriuinanles est souvent fort diflicile à établir, eu tout cas celle iullueuce ue peut guère cHre considérée comme nécessaire, puisqu'elles n'agissent pas constamment. Il ue faut pas s'en rapportei' trop facilement au dire des malades ou de leui-s familles, (pii iidroduisent toujours une l)art d interprétation dans la l'elation des faits; et qui, non sans raison d'ailleurs, Irouveut une sorte de lioute à l liérédilé morbide, aussi ne font-ils souvent que troubler les reclicrches. Lorsqu'on poursuit avec soin l'interrogatoire, ou constate souvent que le premier accès ne s'est manifesté que des semaines ou des nmis après l'époque où a agi la soi-disant cause déterminante. Eu réalité, l'eflicacité des causes déterminantes est en rapport avec la tension de la prédisposition. D'après Gowers (1), l'action des causes déterminantes serait l)eaucoup plus évidente chez les bonunes que cliez les femmes.
Le rôle des intluencesclinuitériques dans la prédisposition ou la détermination de l'épilepsie est complètement inconnu. L'épilepsie se rencontre dans tous les pays, mais les essais de statisti(]ue (Morselli, Burlureaux, etc.) -ne sont pas suffisants pour permettre de juger de sa fi'équence relative. Ou a invoqué quelquefois l inlUience du froid, qui peut en effet agii- pai- l'augmentaliou de tension artérielle et la déj)ression nerveuse qu'il provo([ue(-i) ; maison a accusé aussi le coup de chaleur et l'insolation.
De tout lenq)s les émotions UH)rales (:]) ont joué dans l'opinion
M) Gowers, l)^ l'rjiih'p.sic cl (l-.'-'s autres inii'julioi conrnlsiocs c/iro)iii/:iC!i ; Irail. fr., 1883, p. 32.
(2) C!i. FOro, Xola sur (/:iel(/iif i c/fcts du froid sur l'/iu,iuiic. 'C. R. Soc. de Inoloffie, 1889.)
'i) Doussiu-Dubreiiil, De ré/n/cpsii' on f/riirral, ri ni parlirulicr de ndic drlormiii:':" pnr les causes morales. ;ui V.
CAUSES DÉTi:i{Ml.N.\.NTES GÉNÉRALES 2/.)
publique un rôle imporlaut parmi les causes de Tépilepsie. Il faut bien reconnaître que les émotions intenses à manifestations extérieures fuyantes sont le propre des tempéraments nerveux. Aussi ne pensons-nous pas que les émotions puissent être considérées comme de véritables causes, mais seulement comme des evcitences particulièrement eflicaces de la prédisposition. Il faut remarquer que les émotions stliéniques, comme la colère, la joie, ne tiennent qu'une place peu importante dans l'étiologie de l'épilepsie. Les émotions asthéniques, au contraire, les chagrins, la peur en particulier, jouent un rôle considérable ; si on additionne les observations fail:es sans pai'li pris par Bouchet et Cazauvielh, Leuret, Beau, Maisonneuve, Calmeil, Moreau, on trouve que sur 817 cas, les émotions dépressives sont incriminées -410 fois. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que depuis Tissot, la plupart des aliénistes considèrent la peuj- comme la cause déterminante la plus fréquente de l'épilepsie. Beynal note que des chevaux ont été atteints d'épilepsie par frayeur des exercices à feu.
D'ailleui's, la peur, comme toutes les émotions qui amènent un épuisement nerveux, s'accompagne de phénomènes convulsifs (1), bien propres à éveiller ou à réveiller Tépilepsie.
Georget a remarqué « que beaucoup de femmes étaient dans la période menstruelle lorsqu'elles avaient éprouvé la frayeur ([ui les rendit épileptiques. Peut-être faut-il tenir compte de la susceptibilité particulière du cerveau à cetté époque de la suppression menstruelle et de la frayeur; mais, ce qu'il y a de certain, c'est que l'écoulement se rélal)lit li-è^; souvent sans que l'épilepsie cesse de se manifester. » Toutes les conditions ph\ siques dé|)ressives (^ui favorisent les manih'stalions de la peui-, favorisent du ménu^ couples réactions convulsives qui se renouvellent souvent quand la cause apparente a cessé. Les états habituels de dépression morale, l'anxiété prolongée, jouent le même rôle dans la provocation de l'épilepsie que dans la provocation des maladies mentales ou de l'hystérie. Lasègue fait preuve d'un scepticisme arbitraire lorsqu'il rejette l'influence des causes mo-
(Ij cil. ¥i:i\-,yjr(/i'iirrc-sr:cii':c cl L'riniinalUv. p. 20 et suiv.
raies clans répilepsie, elM. Burlureaiix ne lui donne pas un très V igoureux appui lorsqu'il lait remarquer que les sapeurs-pompiers (le Paris, qui sont exposés à des dangers terribles, ne deviennent pas épilepliques parla frayeur; on peut être exposé à des dangers terribles sans avoir peur; caria peur est souvent paielle-même une manifeslation morbide (1). Les soldais, d'ailleurs, ont subi l'épreuve du conseil de revision et du régiment, et une sélection spéciale, ils ne paraissent donc pas particulièrement prédisposés aux manilestalions dégénératives. Les émotions vives en général, et particulièrementles émotions tiistes (2), dites dépressives, déterminent toujours enfin de compte une décharge nerveuse qui se traduit par des phénomènes généraux d'épuisement; condition de faiblesse irritable éminemment propre à favoriser la production des névroses, aussi figurent-elles dans l'étiologie de toutes les névroses, hystérie, épilcpsie, psychoses, tremblements, chorée, etc. (3).
Non seulement on a exagéré le rôle des émotions morales, mais on a quelquefois méconnu que l'émotion peut n'être que la conséquence d'un prélude de l'attaque. C'est ainsi que Doussin- Dubrcuil attribua à la peur les accès d'épilepsie du jeune homme cité par Peyroux « qui ne tombait jamais que parce qu'il croyait voir venir au galop et avec heaucoup de bruit un carrosse dans lequel se trouvait un petit homme en bonnet rouge; la crainte d'être écrasé le faisait touïber raide et sans connaissance. » On a incriminé quelques causes de peur en particulier. Legrand du Saulle (4) a réuni huit observations de malades qui étaient devenus épilepliques à la suite d'une peur déterminée par la vue d'un cadavre.
Ainsi, en général, les émotions qui agissent le plus sur l'apparition des accès d'épilepsie, sont les émotions dépressives, et en général elles ne sont pas suivies immédiatement du paroxysme. Cependant dans'quelques cas la colère a été la cause immédiate soit d'un premier accès soit d'une j'épétilion d'accès. Cette iiitluence peut s'exercer de la manière suivante : ou sait qu'en
(1) Mosso, la Peur ' Bihliotlw'que de pliilos. cnnteinit.), 1886, p. U)7.
(2) G. Y. Huiiter, tlie Lancct, 187.J, t. 1, p. 789.
f.S) H. Tiikc, Illustrations on t/ia influence ofthe mind upon f/>e bodi/. 1870. p. 170. 1^4) Soc. niccl. psi/c/i... 2."i t'r\. ISS-l.
général tout paroxysme épileplique est précédé d'une augmentation de pression artérielle, et que d'autre part dans certaines conditions l'abaissement artificiel de cette pression peut supprimer ou au moins éloigner le paroxysme. L'augmentation de pression est donc une des conditions de la décliarge, je dis une des conditions, car cette condition ne suftit pas, puisqu'on augmentant artificiellement la pression chez un épileptique récemment déchargé, par l'application de la bande d'Esmarch, on ne produit pas nécessairement une attaque (1) ; mais cette condition en tout cas importante se trouve réalisée notamment par la colère (ii).
Une circonstance que l'on a souvent invoquée contre l'influence des émotions morales ou des chocs, c'est qu'en général elles ne sont pas suivies immédiatement par la manifestation épileptique. Cet argument n'est pas péremptoire, car on sait que les émotions, comme les chocs nerveux en général, laissent toujours après eux une dépression, et par conséquent une hyperexcitabilité plus ou moins durable. D'ailleurs, dans un certain nombre de cas, l'effet est immédiat : un de mes malades ayant pris peur dans le fonds d'un puits, eut sa première attaque dans l'endroit où il se trouvait; les renseignements sur son hérédité sont incomplets ; sa mère est morte à 93 ans , à l'hospice de Blois , mais c'est un enfant naturel. Un autre cas d'épilepsie survenue immédiatement après une grande frayeur a été publié par Fallat (3).
L'influence des rêves sur la production et sur la marche du délire est aujourd'hui bien étal)lie (4), et elle se manifeste encore dans la production d'autres phénomènes morbides (5), en particulier dans l'hystérie. Elle ])araît moins fréquente dans l'épilepsie ; cependant Tissot cite un malade qui eut une attaque après avoir révé qu'il était en butte à la fureur d'un taureau. On peut en trouver dans des aiiteui's quelques autres exemples (Nothnagel, Magnan, etc.). Il peut se faire que les hallucinations hyp-
(1) Ch. Foré, Nulc sur des iiKidi/icalioiis arli/icielles de la /iresstou artcricUe [G. R. Soc. liiol., 1889, p. :m.)
ii) Ch. Férc, /a Pression ai-téricl/c dans les ]>uro.vi/smes èpileptiques et dans la colère. {C. R.S'oc. Biol., 1880, p. 3G8.)
(3) Ann. inéd. belnes, I8'i4, t. If, p. 64.
(4) Chasliii, Du rôle du rèce dans l'évolution du délire; th., 1887.
^.'i) Cil. FOré, la Médecine d'iniafp'nafion. {Prof/rès médical, 1880, p. 741, 760.) — .1 contrihution to Ihe paUiolofin of dreains. [Bruin. 1887.)
282 ÉPÏLKJ'SIKS KT ÉI'ILEI'TIQI KS
iiagogiques qui jouoiil iiu si grand rôle dans la pathologie mentale (1) soient aussi la cause délenninante des attaques qui, chez l)on nombre de malades, se reproduisent fréquemment aux heures où les hallucinations h\ pnagogi([ues sont fré(iueiiles . c est-à-dire peu de temps après le coucher et peu de temps avant le réveil. Valleix a noté que les hallucinations terrilianles des alcooliques peuvent déterminer une pi'emière attaque (l'épilei)sie. Mais dans tous ces cas, on peut se demander si le trouble de la circulation qui donne lieu aux sensations subjectives, ne i)roduit pas en même temps le paroxysme spasmodi(]ue qui n existerait alors que comme coïncidence. Quelques malades ont des troubles du sommeil plusieurs nuits avant ralta(jue et font des jéves pénibles, de mauvaises odeurs, par exemple {-!) ; mais ces rêves n"ont aucun rapport direcM: avec l'accès (|ui peut se produire ([uelquefois en plein jour, longtemps après le réveil.
On a incriminé la contagion qui ne pourrait être que la contagion par imitation. Mais Taspect d un paroxysme ne peut agir que comme les émotions morales en général, c'est-à-dire en éveillant la prédisposition. Le cas publié par Planât d épilepsie transmise d'un chat à un homme doit être, il me semble, interprété en ce sens (3).
Les phénomènes d'excitation et dét)ression générale qui sont liés aux fonctions génitales, jouent aussi un rôle important parmi les causes déterminantes de i'épilepsie. Chez I hoinme, le rôle de hi puberté est difficile à établir, parce qu elle s'établit sans appareil extérieur évident. Billod a cité deux jeunes gens qui devinrent épilepliques à leur premier coït, Besson (i) cite un épileptique qui tombait en atta([ue immédiatement après l'acte vénérien. La plupart des anciens auteurs, et en particulier Tissot, ont fait allusion à des faits de ce genre ou en ont rapporté des exemples (5). Des malades (jui ne tombentpasà I hopital
1) Baillfirgfi', De rinfliicnrc de /'rlril iiilcrinrdiain' à ta veille et an soiiiiiiril .iur la produrli»)! et la, iiiarrhe des hallu-inalioiis. [Aead. de niéd.. 1842.)
(2) Altliaus. (Jii soiiie)io.sl-ejiile))ticj)h('iionieiia. [Bril. nied.journ.A'6'^'i, t. II. p. 31H. tl) Annales méd. psi/ch., 1884, mai, p. ;{83.— Géliiieau, De l^'/iilepsie chez les animaux domestiques, et de la iransniissibililê présumée de leur mal à l'Iiomme. {Tribune médicale, 1880.) (4) Besson, Cons.phys. sur la palhofjénie d'épilepsie : th.. ISliO, ji. 17. ;■)) Hniroii. lleclierr/ies sur les eauses rte I'épilepsie, \^'ii'>.
CAUSKS DÉTIiUMlNANTES GÉNÉRALES
ont des accès chaque fois qu'ils sortent ; niais il est souvent dif- ' lîcile de démêler la part relative que peuvent prendre le coït et Talcool dans la provocation des paroxysmes. LMntlueucc de l'onanisme n'est pas moins difficile à étudier. Un grand nombre d'épileptiqiies sont faibles d'esprit, affectés de perversions sexuelles, d'impulsions irrésisti- 'bles, de sorte que les habitudes solitaires peuvent être considérées comme im symptôme de la maladie; il n'en est pas moins vrai que ces abus peuvent provoquer les paroxysmes, et dans les asiles ou les malades peuvent être soumis à une surveillance étroite, il est souvent possible d'établir directement celte corrélation. D'ailleurs, le spasme cynique est en quelque sorte une réduction de l'accès d'épilepsie, ce n'est pas sans raison que les anciens l'appelaient cpHepsia brevis.Vin malade dont il s'agissait d'examiner le sperme , a fourni, il y a quel(|ues années, aumoven d'une sonde introduite dans le rectum, le tracé de la convulsion cynique (1). Il estassez caractéristique ; on y voit, en effet (hg. 40), une première période
'Ij Conlribnlion à fa physiolof/ie du fij)!iinc(rr fie fanas. [Ihill , Soc. Bial. I8S"i. p. '^■Î7.)
^«5* ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIQLES
de coiUraction tonique, suivre de spasmes éuergi(iues représeutaiil les deux phases de l'atlaque épileptique. On peut comprendre, sans pousser trop loin l'iiypotliôse, qu'un tel spasme ])uisse servir d'amorce au paroxysnie comilial. L'acte vénérieji réalise d'ailleurs uue des conditions physiologiques les plus constantes de l'accès d'épilepsie, uue augmentation delà tensiou artérielle.
Le spasme cynique s'accompagne quelquefois en outre de phénomènes sensoriels analogues à ceux de l'aura épileptique; chez un de mes malades, ce spasme s'accoinpagne d'une sensation d'un rouge pourpre qui se reproduit aussi au déhut de chaque accès d'épilepsie.
Si les excès vénériens et l'onanisme ont été souvent accusés de déterminer l'épilepsie, la continence a aussi été incriminée (Tissot, Portai); elle peut agir au même titre que Féréthisme émotionnel.
Chez la femme, l'intluence de la puberté est beaucoup mieux constatée : elle a paru particulièrement nette dans les cas où la menstruation s'établissait difficilement et i-este douloureuse. Marotte a bien montré que souvent la menstruation active l'épilepsie, en multipliant les paroxysmes et en les rendant plus intenses, et leur impi-ime quelquefois une périodicité inusitée jusque-là.
Les observations de M. Govvers, de M. A. Voisin, viennent à l'appui de ces remarques. Les troubles delà menstruation, sous l'influence de causes diverses et en particulier la suspension brusque par les irritations périphériques, coïncident (|uelquefois avec l'apparition de l'épilepsie ou avec une recrudesence de paroxysmes. Quelquefois l'épilepsie est liée à la dysménorrhée (1).
Les troubles de la ménopause (2) ont aussi souvent incriminés ; il est certain qu'ils n'ont d'action (jue lorsqu'il existe une prédisposition, mais la coïncidence n'en est pas moins à noter.
(1) Mjrtle, .1 Cdsc nf coiifinitcd riii/cpsi/. ivilh irrefjtiUir and jncinful mnnstmalion sHcccusi fui lif Ircalcd hij Lccldnc/ir continnoas currcnt. Brit. med. journ.. 1878, t. n, p. 718.)
(2) Biirié, Lu mvnopause; th., 1870.
CAUSES DÉTERMINANTES GÉNÉRALES 28o
Quant à la grossesse, son innuence est extrêmement variable. Quelquefois la grossesse provoque l'apparilion des accès ou en exagère la fréquence (1), qui tantôt cessent après raccouchement, tantôt continuent à se produire; d'autres fois elle est l'occasion de la rechute d'une épilepsie en apparence guérie. On a cité un certain nombre de femmes qui avaient des attaques chaque fois qu'elles étaient enceintes d'un garçon, tandis qu'elles n'en avaient point quand c'était une QUe ; la même remarque a été plus souvent faite pour l'éclampsie. Dans un certain nombre de cas, la grossesse paraît aggraver définitivement l'épilepsie. Par contre, dans un certain nombre de cas, la grossesse a une influence heureuse sur l'épilepsie qu'elle fait quelquefois disparaître pour un temps ou pour toujours ; il existe dans certains pays un préjugé qui consiste à croire que « l'enfant emporte le mal ». Ce préjugé néfaste est basé sur quelques faits réels. J'ai observé une fennne épileptique depuis l'âge de quinze ans qui, mariée à \ingt-trois, n'eut plus d'attaques à partir de la conception de son premier enfant jusqu'à ce qu'elle eut accouché du troisième qui est né cinq ans plus tard; l'épilepsie a repris son cours depuis, bien que ses trois fdles aient emporté une partie du mal et aient succombé aux convulsions avant d'atteindre trois mois. La grossesse, au heu d'aggraver l'épilepsie pendant son cours, semble quelquefois l'atténuer; M. Pinard (^), qui a observé une série particulièrement favorable, rapporte que sur onze femmes épileptiques , quatre ont eu une suspension des attaques pendant la grossesse, cinq les avaient bien atténuées et deux n'avaient été nullement modifiées.
Il est remarquable qu'on ne cite guère l'accouchement parmi les causes déterminantes des accès d'épilepsie ou d'éclampsie. Mais si on dépouille, comme je l'ai fait, les observations d'éclampsie puerpérale publiées dans les tbèses ou dans les recueils, on est étonné de voir dans quel petit nondjre de cas les auteurs, préoccupés du rôle de l'albuminurie et de l'intoxication urémique ou de la nature spéciale de l'éclampsie, ont pris la peine de relever les antécédents ou même de donner le nombre des accès,
(1) R. Bénuul, Climsrsse et ('■pilepsie. [Encrp/ialr, 188'i, p. :120.)
(2) Art. Grossesse. {Diet. encycl. des sciences médicales.)
:^8& ÉPILEPSIliS ET ÉPILEPTIQUES |
de sorte que ces observations qui paraissent négatives au point i de vue de la prédisposition et de l'identité des deux manifesta- I tions convulsives, n'ont pas la moindre valeur. Lorsqu'une , attaque épileptiforme apparaît au cours d une affection utérine, | on admet volontiers qu il s agit d'une épilepsie réflexe (Delà- j siauve. Schneider, Lawson Tait, Terrillon, Meyer, etc.) ; quand la même manifestation se produit pendant le travail, on dit que c'est de Téclampsie : cette façon de parler ne constitue pas une | distinction nosologique. i
Il y aura encore moins lieu de s étonner de la rareté des antécédents épileptiques chez les éclamptiques puerpérales ; lorsqu'on aura considéré qu'un certain nombre de convulsions dites éclamptiques sont purement et simplement des attaques d'hystérie provoquées par le travail. M. Le Rolland (1), tout en | admettant que l'éclampsie et l'hystérie sont de nature différente est forcé de reconnaître que l'hystérie imprime un cachet spécial à l'éclampsie. La vérité est que l'on confond sous le nom d'éclampsie, toutes les convulsions qui accompagnent le travail ou la fui de la grossesse, qu'elles soient épileptiques ou hystériques: | et si on tient compte du nombre relatif des hystériques et des ^ épileptiques, on est en droit de supposer que l'hystérie est au i moins aussi souvent en jeu que l'épilepsie. On peut ainsi se rendre compte de la bénignité relative des états de mal éclam])tiques et de l'absence d'élévation de température, même à la | suite de séries très nombreuses. D'ailleurs, s'il est facile de '\ recueillir des faits dans lesquels l'éclampsie a laissé après elle l'épilepsie, il estbeaucoup plus aisé encore d'en Irouver où l'hystérie persistante indique assez la nature des convulsions éclamptiques. , Parmi les causes physiologiques de dépression qui peuvent j déterminer l'épilepsie, il faut encore citer la lactation trop prolongée (2).
Toutes les modifications imprimées à la nutrition par les
(1) Le Rollnufl, Conaidi'i'ationx sur /'Influence de la grossesse sur In marche de l'hystérie et de /'rpilepsie ; th., 1879, p. ri. !
(2) S. Ashwell. On the morhid comeqxiences of undue lactation. {Guy's hos/j. | Rep.. i. X, 18i0,'p. 64.) |
CAUSES DÉTERMINANTES C.ÉNÉUALKS '
intoxications et les infections peuvent, chez les sujets prédisposés, être une cause déterminante du premier accès.
L'alcool est, sans contredit, l'agent toxique qui joue le plus grand rôle dans la détermination de l'épilcpsie, non pas tant à cause d'une action spécifique que parce que son usage est très répandu. C'est aujourd'hui une opinion très répandue, que l'alcool peut déterminer à lui seul l'épilepsie en dehors de toute prédisposition ; mais la preuve n'est pas faite chez l'homme ; en ce qui me concerne, je n'ai encore jamais trouvé d'épileptique, dont la maladie pouvait être attrii)uée à l'alcool, qui n'offre des antécédents névropalhiques, soit personnels, soit héréditaires. L'alcool ne fait que mettre en évidence la prédisposition; mais son action sur la manifestation du premier accès ou sur la répétition des paroxysmes est mise en lumière par des faits nomhreux. « Dans nos asiles, ditM. Delasiauve, heaucoup d'individus profitent pour s'enivrer de la permission qu'on leur accorde pour visiter leur famille, ne rentrent dans leur division que pour montrer le spectacle de convulsions i-épétées. » C'est une ohservalion que l'on peut faire journellement à Bicélro, où un certain nomhre de malades n'ont d'attaques qu'à la suite d'une permission. Quelques-uns montrent une susceptihiUté extrême à l'alcool, il leur suffit d'un ou deux verres de vin pour provoquer les paroxysmes; il est relativement rare qu'ils aient été jusqu'à l'ivresse. Maisonneuve avait déjà relevé que l'ivrognerie est capahle de réveiller l'épilepsie en apparence guérie depuis plusieurs ann('es ; nous pouvons ohserver des faits du même genre parmi les malades qui sortent soi-disant gui'iis dohx division des épileptiquos de Bicétre, pour passer dans les divisions de vieillards. Un point intéressant à remarquer, c'est que si les paroxysmes peuvent être provoqués par fivresse et apparaître pendant la période d'excitation, il arrive souvent qu'ils ne se produisent que pendant la période de dépression, le lendemain de l'ivresse.
Quant à l'absinthe, il est absolument impossible de juger de son rôle dans la déterminalion de l'épilepsie chez I homme ; parce qu'elle n'est jamais prise à l'état d'isolement, les buveurs d'absinthe absorbent toujours une certaine quantité d'alcool, sous une forme ou sous une autre. Les l'echerches de Marcé et de
288 kpilepsies kt èpileptiques
roux qui l'onl suivi dans celte voie, iudiquent que Tabsintlie est capal)le de déterminer des allaques épileptiques chez les cliiens; les convulsions qui découlent de ces expériences ne peuvent pas strictement s'ap|)li(|uei' à l'homme. Les mêmes réserves doivent être faites relativement aux conclusions tirées des expériences sur les intoxications alcooliques des animaux (1).
Du reste, MM. Cadéac et Meunier (de Lyon) ont communiqué récemment à l'Académie de médecine des expériences destinées à déterminer la part qui revient dans les etFets iïmestes produits parla liqueur d'absinthe, à chacune des essences qui entrent dans sa composition. Leurs observations paraissent atténuer sino-ulièremeut la valeur des opinions coni-antes, si toutefois elles sont confirmées.
Il résulte de ces recherches que c'est à l'action combinée des essences d'anis, de badiane, de fenouil pour la plus grande part, d'hysope, de mélisse, d'angélique et de menihe pour une faible part, qu'il faudraitt attribuer tous les accidents dont l'ensemble constitue ce qu'il est convenu d'appeler l'absinthisme. Les essences dabsiuthe et de coriandre interviendraient comme correctifs, en raison de l'excitation vive, gaie et continue qu'elles produisent, tandis que l'excitation provoquée par les autres essences est éphémère. L essence d'absinthe surtout doit être relativement innocentée, parce qu'un homme peut prendre à jeun, en une fois, sans accident, pendant plusieurs Jours de suite, la quantité d'essence d'absinthe contenue dans un litre de liqueui'. L'alcool à 70" qui entre dans la liqueur d'absinthe est toujours dilué au moment où elle est bue, et l'on ne prend plus qu'un liquide à 8 ou 10 % d'alcool, titre d'un vin ordinaire, ce qui atténue considérablement ses effets. Cène serait donc ni l'alcool en particulier, ni l'essence d'absinthe, ni le mélange de ces deux substances qu'on doit exclusivement incriminer, mais bien toutes les essences composantes et surtout celles d'ariis et de badiane. A considérer la formule type de la liqueur d'absinthe,
(i) Magnus Huss, Alcoliolismus chronims, Stockholm, 1852.— Motet, Considérations f/én. sur f alcoolisme ; th., 18.j9.— Marcé, vVo/fi sur Taclion toxique de l'essence d'alisintlie. iC. R. Ac. des Se, 1804.) — Magnan, Recherches sur les centres nerveux, 1876, p. 73. — Richard, Un mol sur (/ueh/iies rapports de l'alcoolisme et de l'épilepsie; th., 1876. — Guillemiii, Etude sur l'épilepsie alcoolique; th.. 1877.
"Pl. VL
OT HÉMATOME GUÉRI
Ch. Fkré — p. 2.S9.
Félix Alcan, éditenr
CAUSES DÉTERMINANTES GÉNÉIUIiES Ol I V ^89
les neuf essences qui la composent auraient leur part de responsabilité dans les troubles qu'amène la liqueur et qu'on a résumés sous le nom ^'absinthisme. Les auteurs préféreraient celui iVanisisme. C'est, en effet, d'après eux, l'essence d'anis qui est la cause principale des accidents les plus graves, si bien que pour ralentir les progrès toujours croissants de l'absinthisme, il n'y aurait peut-être qu'à modifier la composition de la liqueur en augmentant légèrement la proportion des essences bienfaisantes, et en diminuant ia quantité d'anis, de badiane et de fenouil (1).
Si les expériences de MM. Cadéac et Meunier n'infirment pas les résultats obtenus par MM. Laborde et Magnan relativement à l'action épileptisante de l'essence de l'absintbe sur les animaux, elles montrent au moins que la quantité de cet agent toxique contenue dans les liqueurs d'absinthe du commerce paraît insuffisante pour produire l'épilepsie chez l'homme en l'absence d'une prédisposition individuelle. Il n'y a pas besoin de statistique pour établir la rareté des épileptiques parmi la foule des buveurs d'absinthe.
Parmi les intoxications chroniques qui provoquent encore le mal comitial, il faut citer le saturnisme dont l'influence a été particulièrement étudiée par Martin-Solon, Tanquerel des Planches, Leuret, Grisolle, Nivet, Bernard deMontessus, etc. Il est remarquable que cette intoxication détermine fréquemment l'épilepsie aiguë à attaques séi'ielles avec délire, et dont la mort est souvent la conséquence. Nous verrons d'ailleurs que l'épilepsie d'origine saturnine, pas plus que l'épilepsie d'origine alcoolique ne ditfère pas au point de vue de l'aspect symptomalique de l'épilepsie provoquée par toute autre cause.
Le saturnisme agit peut-être à la fois en excitant une prédisposition héréditaire et en provoquant des lésions scléreuses du cerveau. Roques a signalé le rôle du saturnisme dans la dégénérescence des descendants ; ce rôle est mis en lumière par les lésions scléreuses qui ont été rencontrées dans le saturnisme héréditaire (Legrand et Win ter) [2).
(1) Académie de inêdeciiio, , 10 septeml)re 1889. {Semaine médicale, p 338/
(2) C. R. Soc. liioloijie, 1889, p. 40.
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Le chloroforme peut éveiller répllepsio, comme il éveille l'Jiyslérie, au même tilre que Talcool. Quand j'étais interne de Broca, j'ai vu un malade qu'on endormait pour la réduction d'une luxation de l'épaule, être pris d'une attaque épilep tique pendant le sommeil clilorolormique. Ce malade, dont la mèi-e était dans uii' service d'aliénés de la Salpôtrière, n'avait jamais eu d'attaques auparav<int, mais il y fut sujet plus tard. Baumgiirtner a vu deii v épilepliques avoir des attaques pendant le sommeil clilorolormique.
L'étlier paraît aussi pouvoir déterminer Tépilepsie chez les individus prédisposés. Tel fut Téthéromane de M. Christian (1), qui finit par succomher en état de mal.
Il est prohable que l'opium (Gubler) et la morphine peuvent aussi provoquer l'épilepsie, car nous verrons que l'abus de la morphine peut influer sur la reproduction des attaques. On a vu (Busey), des convulsions épileptiformes succéder à la suppression brusque de l'administration habituelle de l'opium.
Le tabagisme peut peut-être jouer le rôle de cause déterminante, car Handfield Jones cite un cas de Martin ou la guérison suivit l'abstinence du tabac. Ehrhardt a cité un cas semblable.
MM. Magnan et Saury (2), M. He'imann (3), ont signalé l'éiiilepsie dans des cas de cocaïnisme chronique. On sait d'ailleurs que dans le cocaïnisme expérimental du chien, les convulsions sont fréquentes.
Landré-Beauvais aurait fréquemment observé l'épilepsie après un traitement mercuriel,
La ciguë aquatique (Wcpfer), l'ergot de seigle (Siemens), ont aussi été accusés de pouvoir produire l'épilepsie en dehors de toute prédisposition. L'aconit, la cévadille, le camphre, la strychnine ont aussi été accusés.
Chez les individus prédisposés, les maladies infectieuses peuvent provoquer l'épilepsie, que l'on voit quelquefois survenir à la suite des fièvres éruptives, et en particulier de la scarlatine, comme j'en ai rapporté plus haut des exemples. L'épilepsie
(1) Soc. de wi'd. de Paris, mai 188G.
(2) C. R. Soc. Bio/of/ic, 1889, p. 60.
(3) Dcutsch. Mcdiz Woc/t., 1889, p. 12,
(l'origine scarlaliiieuse , peut d'ailleurs être allribuée à une couditiou loxicfue, l'uréuiie : on sait en elfet que cette altération du sang-, cfuelle que soit son origine, peut déterminer des convulsions épileptiques. Qu elles se développent dans le cours d'une urémie scarlatineuse, d'une urémie puerpérale, ou d'une urémie due à une dégénérescence cancéreuse de l'utérus, l'éclampsie ne se produit qu'en conséquence d'une prédisposition mise en lumière par des antécédents personnels ou héréditaires que l'on trouve souvent, lorsqu'on les cherche avec soin.
Jaksch a signalé des convulsions épileptiques dans l'acétouurie expérimentale (1).
Les anciens auteurs, et Hippocrate lui-même, avaient fait jouer à l'impaludismc, un rôle important dans l'étiologie de l'épilepsie. Dumas de Montpellier, qui est revenu sur ce sujet, admettait que l'épilepsie peut remplacer la fièvre ou alterner avec elle, et otTrir une même périodicité; la quinine serait capable alors d'en avoir raison. Miles de Baltimore (2) cite un cas de paludisme dansl'equel le frisson était remplacé par un accès d'épilepsie, suivi par la lièvre et les sueurs dans leur ordre régulier. Sauvages, ïissot, avaient aussi admis cette métamorphose. Il est probable que l impaludisme peut influer sur l'apparition et sur le retour des paroxysmes.
Parmi les infections chroniques, il faut encore citer la syphilis, qui est susceptible de provoquer l'épilepsie sans l'intermédiaire de lésions anatomiques connues. Ces épilepsies se manifestent pendant la période secondaire et disparaissent rapidement sous l'influence du traitement (Fournier). La vraisemblance de l'origine purement dynamique de ces épilepsi(3s secondaires, est appuyée par des faits d'un autre ordre, dans lesquels une é])ilepsie préexistante est exaspérée par l'infection syphilitique. M. Fournier a cité dans ses leçons sur la syphilis chez la ftmme l'observation d'une malade de vingt-sept ans, épileptique depuis son enfance, mais qui n'avait eu que six crises en dix ans - dans la période secondaire d'une syphilis elle eut onze crises en quatre mois, et sous l'influence du traitement, l'épilepsie reprit son
(1) Zeitscli. f. hi. n/cil. 188o, X. H., p. 4. Amer. Ncurolofjkal associalioti, 187o.
ancienne allure. La syphilis éveille ou excite l épilepsie, comme elle éveille ou excite souvent Thystérie (anesthésies dites secondaires, etc.). Chez un malade qui m'avait été confié par M. Char- j Got en 188-2, lépilepsie à attaques rai'es avait débuté à quatorze j ans; il n'avait jamais eu plus d'une attaque par mois, jusqu'à : Vàge de vingt-huit ans. A cette époque, il contracta la syphilis ; j quelques jours après l'apparition des premières plaques mu- j queuses se produisirent des séries de deux ou trois attaques, se répétant souvent deux fois par semaiue. Le traitement spécifique qui avait été commencé dès le début des accidents secon- i daires et en avait amené la guérison, ne modifia pas les attaques sonvulsives, qui se reproduisirent ainsi par séries bi-liebdoma- ' daires pendant près d'un an. Sous l'influence de la médication bromurée, les paroxysmes convulsifs s'atténuèrent, ne se manifestèrent plus par séries, mais restèrent cependant beaucoup plus fréquents qu'avant l'infection syphilitique. Pendant six ans, il ne s'est produit aucune modification pour les diverses périodes de traitement antisyphilique que le malade eut à subir pour divers accidents oculaires et osseux qui furent d'ailleurs guéris. | La syphilis, comme la scarlatine, comme la puerpéralité, peut | donc, sans qu'il existe de lésions matérielles connues, avoir | une action durable sur la diathèse épileptique, qui reste en acti- | vité quand elle a été éveillée par l'infection. M. Cliauvet (1) admet que la syphilis ne peut avoir qu'une influence stimulante sur la production des crises dans certains cas d'épilepsie
préexistante.
Mais c'est surtout la syphilis tertiaire qui produit l'épilepsie par des processus moins obscurs, lésions des os du crâne, des méning es, du cerveau, des vaisseaux encéphaliques, lésions analogues à celles que la syphilis détermine dans les autres parties du corps.
La syphilis est une des causes d'épilepsie les plus anciennemen t connues. Ulrich de Hutten, Thierry de Héry, Paracelse , Nicolas Massa, Ambroise Paré, l'ont connue. Hofl'mann, Sauvages, | Boerhaave, Van Swieten, Astruc, Sanchez, Tissot, J. Franck, etc., j
(1) Chauvet, Influeme de la syphilis sur les maladies du systèin? nerveuic central ; \ th. a^'., 1880, p. 78. . ,
l'ont vue et étudiée. C'est à Plenck qu'est due la première observation d'épilepsie syphilitique, chez un enfant né de parents vérolés. Benjamin Bell a publié le premier et jusqu'ici le seui fait d'épilepsie syphilitique suivi de troubles mentaux persistants. Bravais a relevé la forme hémiplégique du syndrome. L'école du Midi s'est principalement préoccupée de la thérapeutique. Mais la syphilis cérébrale a surtout été étudiée, dans ces dernières années, par MM. Buzzard, Hughlings Jackson, Charcot, Fournier, etc., qui ont élucidé un grand nombre de points de l'histoire anatomique et clinique de l'épilepsie syphilitique. Bien que lés lésions de la syphilis soient capables de déterminer mécaniquement, en quelque sorte, les syndromes épileptiques, on peut dire que la prédisposition névropathique n'est pas sans influence sur la localisation cérébrale de la maladie. Baumès avait déjà remarqué que les enfants atteints de convulsions qui pouvaient être rattachées à la syphilis, appartiennent généralement à des familles nerveuses. Un certain nombre de syphilitiques adultes affectés d'épilepsie, appartiennent à la famille névropathique. Il n'est pas douteux, d'autre part, que le travail intellectuel excessif, les tourments de la lutte pour l'existence contribuent à la localisation cérébrale des lésions. Les chocs céphaliques, les traumatismes du crâne, paraissent aussi dans quelques cas avoir exercé une influence sur cette localisation.
A côté des épilepsies développées à propos des troubles de nutrition déterminées par les intoxications ou les infections, il faut citer celles que les anciens auteurs (HoiTmann, Sauvages, Tissot, Esquirol, Delasiauve, etc.), rapportaient à la suppression d'émonctoires, à la guérison rapide d'éruptions cutanées, de suppurations, d'hémorragies, etc. Un de mes malades a eu sa première attaque après la suppression spontanée d'épistaxis qui se reproduisaient presque quotidiennement depuis neuf ans.
Des conditions physiologiques ou pathologiques qui modifient l'état constitutionnel d'une manière plus ou moins durable ^ méritent d'être rapprochées des modifications fonctionnelles qui résultent d'excitations extérieures.
294 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIOUES
En somme, loutes les conditions qui influent sur la nutrition en l'altérant, favorisent le développement de l'épilepsie. M. Tardieu insistait avec raison sur ce rôle de la détérioration organique (1) ; aussi ne peut-on pas rejeter sans examen Tépilepsic de surmenage admise par Salomon (2). Je puis citer un exemple d'épilepsie manifestée pour la première fois après une fatigue physique.
Observation LXXVIT. — Épilepsie à la sinle de marches forcées.
.J. L., enfant-trouvé, a pissé au lit jusqu'à 13 ans, légère diminution de volume de la face du côté droit; iris droit plus foncé, abaissement du pli fessier droit, cuisse droite un peu moins volumineuse que la gauche. N'avait eu connaissance d'aucun trouble convulsif jusqu'à l'âge de 21 ans, où il eut sa première attaque à la suite de marches forcées pour venir de Lyon à Paris.
Le surmenage intellectuel a pu être invoqué chez les jeunes enfants (Carnell).
L'on peut conserver quelques doutes sur l'histoire des marins de la Légère qui, après leur naufrage, auraient été tous atteints d'épilepsie (Maisonneuve) du seul fait de leurs privations; il est au moins probable cjue l'épilepsie peut être déterminée par l'inanition (3).
Hoffmann, Rivière, Portai, etc., ont admis l'existence d'une épilepsie congestive, et on peut trouver dans les auteurs un certain nombre d'exemples d'épilepsies soulagées par la saignée. Kussmaul a fait jouer aussi un rôle à la stase veineuse par trouble de la circulation générale chez les dyspnéiques après les accès d'asthme. M. Lcmoine (4) a rapporté rpelques faits d'épilepsie chez des cardiaques. Elle serait due tantôt à la congestion cérébrale dans les affections mitrales, tantôt à l'anémie dans les affections aortiques. M. Lépine (5) a insisté sur l'épilepsie ■congestive de gros mangeurs.
Les obstacles matériels à la circulation , qui peuvent déter-
(1) Tardieu, De la transmission héréditaire de Vépilepsie; th., 1868, p. 29.
(2) Dents, med. Woc/iensch., 1881.
(3) Penny, A case of epileptics attacks following Ihe privations of shipwreck, {Brit. med! jonrn., 1883, t. II, p. 433.)
(4) Lebel, Des épilepsies par troul)les de la circulalion; th., 188G.
(5) Sur l'épilepsie congestive. [Revue de Médecine, 1881, p. 506.)
miner une congestion du cerveau, semblent capables de provoquer l'épilepsie ; on a cité plusieurs cas d'épilepsie à la suite de tentatives de strangulation (1).
C'est peut-être par le mécanisme de la paralysie voto-motrice que les convulsions unilatérales se produisaient chez le vieillard de M. Pegaitaz, par la compression du sympathique cervical du côté opposé (2).
(1) Emmanuel, Observations et réflexions sur un accès cpileptique suite de la stranf/ulation par la suspension. (Journ. (jên. de n/éd. clilr. et p/iurju., 1806, p. 381.) — Beardsley, Atleinpt at slramjulation prodacinu epilepsy. (Lancet, I80G, t. 1, p. 444.)
(2) Reo. luéd. de la Suisse romande, 188*5, \^. 492.