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CHAPITRE XXVII

DIAGNOSTIC DE LA PRÉDISPOSITION CAPiACTÈRES ANATOMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES DES ÉPILEPTIQUES

D'une manière générale on peut dire que l'importance des causes déterminantes est en raison inverse de la prédisposition. Les épileptiques chez lesquels la maladie paraît s'être développée spontanément, c'est-à-dire sans cause apparente, sont ceux qui présentent en général le plus grand nombre de stigmates permanents de dégénérescence, le plus d'anomalies organiques ou fonctionnelles. On peut même dire que les anomalies d'organisation sont d'autant plus nombreuses et d'autant plus importantes que la maladie s'est manifestée à un âge moins avancé ; ceux qui sont atteints tardivemement ont résisté plus longtemps à l'influence des causes déterminantes vulgaires, c'étaient donc les moins prédisposés.

Les phénomènes qui trahissent la dégénération et la spasmophilie sont donc intéressants à étudier au point de vue du diagnostic et surtout du pronostic en ce sens qu'ils révèlent dans une certaine mesure l'intensité de la prédisposition et qu'ils permettent de réduire à sa valeur l'influence de la cause déterminan te.

Quelles sont donc les particularités structurales et fonctionnelles des épileptiques à forte prédisposition, des épileptiquesnés?

« On rencontre, dit M. Lombroso (1), chez les épileptiques la haute taille, le poids supérieur à la moyenne, et l'état de bonne nutrition qu'on remarque si souvent chez les fous moraux et chez les criminels nés. «

(I) Actes du Congrèa d'Anllirupolugic criminelle de Ruine, I880, p. 230.

ÉPTLEPSIES ET ÉPILEPTIQUES

En ce qui concerne la taille il suffit pour réfuter M. Lombroso, de citer ses propres chiffres :

Sur 410 épileptiques il donne :

Quant au poids supérieur et à l'état de bonne nutrition, l'opinion de l'auteur « à la phrase ailée » comme dit Molescliott, ne s'appuie sur aucun chiffre, mais elle n'en est pas moins contredite par les faits. « Les phtisiques et les scrofuleux se trouvent en grand nombre parmi les épileptiques des maisons d'ahénés ou de détention », dit Ferri (1), qui admet aussi « la môme fréquence extraordinaire du processus phtisiogène » chez les délinquants; opinion admise d'ailleurs par la plupart des auteurs depuis Moreau de Tours.

Arêtée avait déjà remarqué que la maladie comitiale est « envieuse de la beauté ». Les études modernes sur la dégénérescence nous enseignent que si l'épilepsie peut entraîner des déformations, les défectuosités physiques précèdent souvent l'apparition du mal. Bartholin, Bonet, Fantonus, etc., avaient signalé des anomaUcs ou des altérations du crâne chez les épileptiques. Dumas, de Montpellier (1810), avait remarqué l'infériorité de Fangle facial. Solbrig (1868) avait signalé letroitesse et la déformation du canal vertébral et du trou occipital. Mais ce n'est guère depuis les travaux de Lasègue que l'asymétrie crânienne a été étudiée avec soin.

Lasègue (2) a admis que les seuls épileptiques sont ceux (^ui présentent une asymétrie de la région supérieure de la face. « Toutes les fois, dit-il, qu'un médecin sera appelé à examiner un épileptique, que son premier soin soit de constater si, oui ou

(1) Actes du Congrès d-anlhropoloflie criminelle de Rome, 188?), p. 214.

(2) De l'épilepsie par malfommlinn du crâne. (Arch. (jénér. de iiiéd., 1877, etc.; Etudes médicales, 1884, t. \, p. 87b.) — Jobart, Etude sur l'épilepsie par malformation du crâne; Ui., 1878.

Taille moyenne

— inférieure à la moyenne. .

— supérieure à la moyenne

non, il existe nne asymétrie de la région supérieure de la face ; s'il constate son existence, l'épilepsie est le résultat d'une malformation, et son début répond à l'âge de la vie où se fait la consolidation osseuse. » M. Garel (1), reprenant les recherches de Lasègue et comparant un nombre égal d'épileptiques et de sujets sains, avait trouvé l'asymétrie faciale dans la proportion de 35, 30 pour cent chez les épilep tiques et de 30, 32 pour cent chez les sujets sains (ou du moins non épileptiques). En 1881 et 1882 j'ai fait h la Salpétrière quelques études sur le môme point, mais en me servant d'un moyen d'enregistrement mécanique. Je prenais avec une lame de plomb le contour de la tête suivant une courbe passant par les bosses frontales et pariétales et de la face suivant une ligne passant par les arcades zygomatiques, et je l'inscrivais sur une feuille de papier; j'avais obtenu ainsi une proportion de déformations un peu plus forte que celles de M. Garel. Sur 128 épileptiques vulgaires, 91 présentaient une asymétrie, tandis que sur 100 sujets non épileptiques, mais presque tous atteints d'affections névropathiques, il y en avait 62 seulement ; c'est-à-dire que la déformation existait dans la proportion de 71 pour cent chez les premiers et seulement de 53 pour cent chez les seconds. Bien qu'en général les déformations aient été beaucoup plus marquées chez ces épileptiques (2), ce signe ne peut guère constituer k lui seul une caractéristique. L'existence de l'asymétrie étant fréquente chez les sujets non épileptiques , on ne peut s'étonner qu'elle se trouve chez la plupart des épileptiques , quel que soit l'âge auquel ils ont été affectés par la névrose, c'est ce qui arrive en effet : parmi les épileptiques asymétriques que j'ai observés il y en avait 28 qui avaient des attaques avant dix ans ; les observations de M. Pison (3) plaident dans le môme sens. Tant qu'on n'aura pas suivi la production de la déformation , on ne pourra pas affirmer qu'elle a un rapport avec l'apparition de l'épilepsie. Cette asymétrie se rencontre chez des enfants épileptiques et

(1) Recherches cliniques et statistiques sur Prpitepsie. {Li/on mrdical, 1878.)

(2) Amadei, Sulla cmAiologia degli epiletlia. {Arch. per l'antrùp., 1882.) — Venturi, ta Plar/ioccphalia e le conviUsioni. [Giornale di Neuropo/oloyia , 1880.)

De l'asyinéirie fronlo-faciate dans l'épilepsie; th., 1888.

chez des eiifants sains, elle n'est donc pas nécessairement en rapport avec la consolidation de la base du crâne à Fadolescence. On sait d'ailleurs que, depuis les observations de Guéniot ! etdeParrot, la plagiocéphalie peut être artificielle et due à la | propulsion latérale du crâne dans le décubitus latéral, propulsion favorisée par la disjonction des sutures si fréquente dans l'athrepsie. Nous ne pouvons pas décider dans quelle mesure la symétrie crânio-faciale et l'épilepsie sont indépendantes l'une de l'autre, se développent Tune et l'autre en raison d'un même trouble d'évolution ou sont subordonnées l'une à l'autre. Mais nous devons enregistrer la fréquence de leur coïncidence, et ! l'étude de l'asymétrie mérite de nous arrêter un instant.

L'asymétrie porte en général en même temps sur le crâne et | sur la face ; cependant elle peut prédominer sur l'un ou sur ^ l'autre ou môme n'exister que sur l'un ou sur l'autre. La bosse • frontale est moins saillante d'un côté, la distance de la glabelle ■ à la crête temporale est moindre. La bosse pariétale est aussi « plus petite. L'orbite est moins large et moins haut, l'os malaire j est moins saillant; et dans les cas bien marqués le corps du maxillaire inférieur est moins long; le nez se trouve dévié tantôt du côté le plus petit à cause du moindre développement de l'os nasal, tantôt du côté le plus développé à cause de la pré- ' dominance de l'action musculaire.

Dans un bon nombre de cas, les dents sont plus mal plantées ^ et plus mauvaises du côté le moins développé. En l'absence de toute paralysie évidente des membres, la musculature de la face paraît moins développée du côté le plus petit, les plis sont moins | marqués, notamment le pli naso-génien, et souvent le sujet rit de | côté, c'est-à-dire que la commissure se trouve entraînée du côté où la face est le plus développée. j

L'asymétrie crânio-faciale est souvent accompagnée d'autres troubles de développement ou de nutrition de la face. Les arcs maxillaires sont peu développés ; la voûte palatine présente une forme ogivale et est quelquefois plus étroite du côté de l'atrophie, les dents sont vicieusement implantées, à cause du tassement qu'elles doivent subir, souvent retardées dans leur évolution et très sujettes à la carie (Seguin, Ballard, Langdon '

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