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CHAPITRE XX Vil

KTAT MKNTAL OUDINAIUK, CARACTERE DES ÉPILEPTIQUES

On a fait remarquer avec juste raison que dans les asiles la distinction des épileptiques en aliénés et non aliénés est tout à fait spécieuse. On peut dire que tous les épileptiques hospitalisés présentent des troubles mentaux, et, parmi ceux qui vivent dans la société, il en est peu qui ne présentent un affaiblissement intellectuel permanent ou passager, des lacunes plus ou moins évidentes, ou une mobilité anormale du caractère et de la conduite.

La mémoire des épileptiques est souvent infidèle : les altérations de leur sensibilité montrent que leurs éléments nerveux sont plus difficilement impressionnés par les excitations venues de l'extérieur; la propriété qu'ont ces éléments de conserver la trace de ces impressions et de reproduire ces traces est aussi affaiblie, de même que la faculté d'association.

A côté de ces défauts , il faut signaler les éclairs d'exaspération des fonctions intellectuelles qui se produisent quelquefois comme phénomènes précurseurs de l'attaque, sous forme d'hypermnésie (1) ou d'hyperidéation , et peuvent durer plusieurs heures ou môme davantage.

De ces éclairs de l'intelligence il faut rapprocher l'exaltation momentanée des sentiments affectifs. Les épileptiques les plus égoïstes montrent quelquefois de véritables accès de magnanimité. Un de nos malades qui vit ordinairement complètement isolé, a de temps en temps de ces accès de bienveillance et de générosité, dans lesquels il pleure sur les accidents qui ont pu

(1) Mereditli Clymer, llie Legitiinate iu/lucact' of e)nii'psy upon rcsjJonsaOilitij . [Mcd. leg. Soc. Nciv Vor/c, l>-c s., éd., p. 432.)

i':i'ILi:psii:s i:t i:i>iLi:rTiouES arriver à ses compagnons ou se fait mênie l'avocal. ému de toutes leurs douleurs.

Dans un gi-and nombre de cas, le caractère et les mœurs d'un épileptique pourraient faire soupçonner la maladie en dehors de tout paroxysme officiel.

Le caractère des èpilepliques est essentiellement mobile et explosif, mais cette mobilité repose sur un fond d'impuissance et do tristesse ; les épileptiques sont en général sombres et paresseux. Non seulement ils changent d'allure et de manière d'nn instant à l'autre, mais ces changements se font souvent avec la brusquerie d'un coup de théâtre. Chez quelques-uns, cette mobilité ne se manifeste que momentanément par périodes interrompues par d'autres périodes de calme; chez d'autres, au contraire, elle est permanente ; la vie de ces individus semble constituée d'une succession de paroxysmes séparés seulement par les périodes de réparation. Ces malades passent de l'enthousiasme et de la bienveillance la plus outrée au mépris et à la haine la plus implacable; tantôt tendres et généreux, tantôt violents et d'une rapacité sordide; tantôt polis et d'une obséquiosité gênante, tantôt insolents et grossiers, tantôt gais et expansifs, tantôt maussades et silencieux. Le plus souvent la modification s'opère sans transition comme un changement à vue. On retrouve, dans ces différentes modifications du caractère des [épileptiques, des ébauches des variétés de folie circulaire ou folie à double forme que Ton a déjà l'approchées des processus épileptiques.

Quelquefois la mobilité se traduit principalement dans le domaine intellectuel par des changements brusques d'idées qui apparaissent d'une manière impulsive et se fixent pour un temps pendant lequel tous les arguments sont sans force; un individu ordinairement assez malléable et soumis, montre une opiniâtreté invincible sans rapport avec le peu d'importance de l'objet. Les idées explosives s'objectivent non seulement par des écarts violents de la conduite, mais par des irrégularités plus ou moins bizarres; un commis expéditionnaire qui a passé quelque temps dans mon service introduit dans les pièces qu'il copie, des phrases qui expriment ses idées impulsives, et qu'il est tout

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étonné do retrouver lorsqu'il le relit. Legrand du SauUe a vu un cas semblable (i).

Malgré la mobilité qui fait le fond de leur caractère, les épileptiques ont souvent des animosités ou des attachements durables, tout aussi peu motivés que leurs impulsions passagères. Quelques-uns sont capables de suivre avec une obstination exclusive un but généreux ou criminel; on en voit suivre pendant de longues années la môme idée avec une ténacité extraordinaire qui peut les mener à la ruine et à l'asile, ou à la fortune et à la renommée, suivant quelle est ou non appropriée aux circonstances. Plusieurs hommes célèbres qai passent pour avoir été épileptiques ont brillé plus par leur ténacité que par la grandeur de leurs conceptions.

Le caractère déchargeant des explosions émotionnelles des épileptiques, se montre non seulement par la brusquerie et la violence de ces explosions, mais par les phénomènes de dépression qui les suivent, phénomènes de dépression qui s'accompagnent quelquefois d'une amnésie plus ou moins complète. Les violences des épileptiques en dehors de leurs attaques méritent bien d'être rapprochées des paroxysmes psychiques, dont ils ne se séparent par aucun caractère essentiel (2). Tous ces phénomènes impulsifs qui interrompent à chaque instant la continuité de la conscience rendent compte des exaspérations des troubles de la mémoire si fréquents chez les épileptiques. Ils rendent compte encore de la dépression des intervalles en apparence dénuée^ de tout accident morbide. C'est sur cette dépression habituelle que se greffent le malaise moral, le pessimisme de l'impuissance (3), la religiosité morbide (Toselli, Howden, etc.) (4), la jalousie, qu'il est si commun de rencontrer chez les épileptiques, qui passent souvent de l'insolence et de la cruauté i\ l'obséquiosité et à la panophobie. Les épileptiques ont une conscience vague de leur impuissance et de leurs défectuosités;

(1) Étude mcdico-léfiale siir les ('piltptiiiurs, 1877, p. 2"j.

(2) Écheverria, On epileplic violence. {The Journ. of meidal science avril 188'i t. XXXI, p. 12.) ■ '

(3) Ch. Feré, Impuissance et pessimisme. [Revue philosophique, 1886 ; — Sensation et mouvement, 1887.)

(4) Howden, the Religions Sentiment in epileptics. (The Journal of mental science, 1873, t. XVIII, p. 482.)

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ils souffrent de leur inlerioj'ilé, et deviennent défiants, soupçonneux, haïssant sans motif comme sans mesure.

L'analogie des mouvements passionnels des épileptiques et des paroxysmes convulsifs peut ôlre nettement objectivée dans certaines circonstances.

OosERYATiOiN LXXXVI. — Troubles somaliques , consécutifs à un vertige, à un accès convnlsif, à tui accès de violence.

i.L., âgé de 34 ans, entré le 19 octobre i887. Il ne donne pas de renseignements sur sa famille; il sait seulement que son père était buveur. Il est l'aîné de neuf enfants ; tous les autres se porteraient bien.

Il a entendu dire qu'il avait eu des convulsions dès ses premiers mois et il n'a jamais cessé d'avoir des attaques, qui se produisent tantôt la nuit, tantôt le jour. Il a quelquefois des pertes de connaissance subites, sans chute, dans lesquelles il pâlit, interrompt son travail ou sa conversation. Il est aussi sujet à des « visions » suivies de perte de connaissance, aussi sans chute. Ces visions sont des réminiscences de faits antérieurs généralement pénibles.

Il a appris à lire et £i écrire, mais il a été toujours peu intelligent et d'un caractère difficile. Il errait de chantier en chantier ne pouvant s'occuper que de travaux de terrassement, mais on ne le gardait nulle part, tant à cause de son peu d'intelligence que de ses violences ou de ses attaques. 11 était constamment dans la misère parce que, lorsque ses attaques le prenaient dehors, il lui arrivait souvent de partir ensuite, oubliant ses efTets.

L. a l-^eo de taille, l"6o d'envergure. Il ne présente d'autre signe de dégénérescence qu'une légère asymétrie faciale ; le côté gauche du front est un peu moins développé. Pression dynaniométrique, main droite 35, main gauche 30. Pression artérielle mesurée avec le sphygmomètre de Bloch, 750.

Le 2 novembre, au moment où on l'interroge, il a un vertige ; son visage pâlit subitement, il oscille sur ses jambes, la face se tourne légèrement à droite et en haut, il fait quelques mouvements avec sa main droite qui déboutonne son gilet, puis il crachotte plusieurs fois, et revient à lui. A la suite de son vertige, la pression dynamométrique est de 25 pour les deux mains ; la pression artérielle est tombée à 000.

Le 12 novembre, deux heures après un accès convulsif, la pression dynamométrique est de 22 pour la main droite et de 20 pour la main gauche, la pression artérielle est au-dessous de 600.

Le 6 décembre, L. vient d'avoir un accès de fureur dans lequel il a frappé un autre malade inoflfensif. Au moment où on famène dans mon cabinet, il est encore fort excité, et vocifère. A ce moment sa pression artérielle dépasse 950, il refuse de serrer le dynamomètre. îVous le faisons asseoir; il tombe bientôt dans un sommeil stertoreux qui dure vingt minuties. Quand il se réveille, il parait fort étonné de se

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trouver Là et prétend n'avoir aucun souvenir de sa querelle. Sa pression artérielle, qui était tombée à ooO pendant le sommeil, est à GOO ; le dynamomètre donne 2.') pour la main droite et 20 pour la ifiain gauche.

Ce fait montre nettement que les mouvements passionnels peuvent laisser après eux les mêmes pliénomènes d'épuisement que les vertiges ou les accès cFépilepsie vulgaires. Mais ces phénomènes ne sont pas spéciaux aux mouvements passionnels des épileptiques; un bon nombre de névropathes sont sujets à ce sommeil à la suite de colères ou de cj'ises de pleurs. Quelquefois les phénomènes d'épuisement d'origine émotionnelle se localisent et trahissent l'existence d'nn locus minoris resistentiœ. J'ai vu dans le service de Vulpian, à l'Hotel-Dieu (1), un individu atteint de paralysie alcoolique, intéressant principalement les membres inférieurs; parmi ses antécédents névropathiques, on relevait l'existence dans son enfance de colères violentes pendant lesquelles il lui arrivait de sentir ses jambes fléchir, et plusieurs fois il s'est alTaissé complètement.

Les impulsions instinctives sont fréquentes et se manifestent sous des formes très diverses; quelquefois ce sont des accès do gloutonnerie, d'autres fois ce sont des accès de dipsomanie ou de lubricité plus ou moins conscients. Quelle que soit la forme de ces impulsions, lorsqu'elles sont contenues, elles s'accompagnent d'une anxiété pénible. Cette anxiété cesse avec la décharge, souvent suivie d'une sensation de bien-être, d'une véritable euphorie.

Les idées tristes des épileptiques s'exaspèrent quelquefois sous l'influence des paroxysmes, au ])oint de déterminer des impulsions de suicide auxquelles les nialades ne résistent pas toujours (Magnan).

Moreau de Tours, Reynolds, Ramskill, Trousseau, etc., ont relevé la connexion des peurs morbides avec l'épilepsie. Les peurs subites et sans motif tantôt remplacent les accès, tantôt les précèdent ou les suivent.

. oïï cfrf/"'!' ''(<^<>olisabtcs. [Bull, de (a Soc. mêd. des hop. de Paris

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Les épilep tiques présentent fréquemment des troubles extrêmement variés du sommeil. Bien que sentant la fatigue, il leur ari'ive quel(juefois de ne pouvoir s'endormir, et ils tombent dans un état d'inquiétude qui va jusqu'à l'anxiété et peut se tej'niiner par une crise d'excitation violente. « Quand j'ai brisé quelque chose, je puis dormir, » dit un malade. Quelques-uns ont le sommeil extrêmement fugitif et léger; d'autres, au contraire, ont un sommeil très profond et d'une durée exagérée; une jeune épilep tique est à peu près sûre d'avoir une attaque dans la journée, si elle n'a pas dormi au moins douze heures. Très souvent ces malades ont le sommeil troublé de rêves. En général, ces rêves ont un caractère pénible ou même terrifiant; les préoccupations l'eligieuses y jouent un rôle important. La vue et l'ouïe sont principalement affectées, et avec une intensité extraordinaire ; les malades voient des flammes, du sang, des scènes de massacres, entendent des voix terribles qui les menacent, etc. Ces hallucinations interrompent souvent le sommeil et persistent après le réveil; elles peuvent donner lieu à des réactions violentes et causer des accidents ou des crimes, dont l'origine épileptique peut être méconnue parce que l'on ne peut retrouver aucune trace de paroxysme convulsif, qui ne s'est pas produit en effet. Une épileptique de la Salpêtrière qui se réveillait ainsi avec une hallucination olfactive, désagréable et persistante, voulait à toute force faire lever sa voisine, sous prétexte qu'elle devait avoir eu un accès et qu'elle avait souillé sa literie. Un malade de mon service de Bicêtre se plaint souvent d'avoir été battu la nuit, et il en résulte des réclamations qui durent quelquefois plusieurs jours. Il semble donc que chez les épileptiques les rêves puissent jouer le même rôle que dans l'hystérie (1) et plusieurs psychoses.

Si un bon nombre de caractères anatomiques, physiologiques et psychiques que nous venons de passer en revue se rencontrent fréquemment chez les épileptiques et suffisent à fau'e distinguer un habitus épileptique, il n'en est pas cependant tou-

(1) Çh. Fén'î, la Médecine (rimagination. {Progrès médical, 1886.)

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jours ainsi ; il n'est pas très rare de trouver des épilep tiques cliez lesquels il est impossible de retrouver aucun de ces caractères. Si donc ils sont capables dans certaines circonstances d'éclairer le diagnostic, leur absence n'est pas exclusive de l'èpilepsie.

Ces caractères se rencontrent fréquemment aussi chez les criminels, mais ils no sont pas non plus constants chez cette autre catégorie de dégénérés. S'il est l'ré(juent do rencontrer chez les épileptiques Tinsensibilité, la faiblesse et la lentoui' des réactions qui constituent les conditions physiologiques de l'indifférence et de la paresse, avec leurs conséquences naturelles, ignorance et misère, ces ferments du vice et du crime, il s'en faut que tous soient affectés au môme degré : quelques-uns no présentent pas plus d'anomalies au point de ^ue social qu'au point de vue psychologique, sont capables de remplir honorablement leur profession ou leur art; la maladie ne se révèle chez eux que par des paroxysmes qui ne leur apportent, en apparence du moins, qu'un trouble momentané.

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