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CHAPITRE XXX

ANATOMIE PATHOLOCIQUK

Les lésoins anatomiques trouvées à rautopsîe des épileptiqiies sont très nombreuses et très variées : un bien petit nombre, il est vrai, concourent à éclairer la pathogénie de la maladie, mais elles méritent cependant toutes d'être étudiées avec soin, car le médecin peut tirer quelque lumière de chacune d'elles. Les lésions qui sont les conséquences du traitement de l'épilepsie sont elles-mêmes dignesde fixer l'attention, car, dans tel cas donné, elles peuvent servir à éclairer un diagnostic : telles sont les lésions cutanées du bromisme, les cicatrices des interventions chirurgicales, etc.

Quant aux lésions qui quelquefois sont les conséquences des attaques, elles peuvent présenter de l'intérêt à plusieurs points de vue.

La peau présente souvent des cicatrices dillormes de brûlures. Les tissus sous-cutanés offrent quelquefois des productions hypertrophiques dues aux inflamnïations successives, produites par les chocs répétés sur la môme région: ces productions se rencontrent surtout fréquemment sur les régions saillantes, sur les arcades sourcilières, sur les bosses froiilales et temporales, sur la protubérance occipitale externe, sur les os malaires, au niveau de l'olécràne, de l'acromion. Au niveau de l'olécràne, en particulier, il se développe quelquefois des bourses séreuses qui peuvent être le siège d'épanchements séreux ou sanguins. Dans ces différentes régions, le squelette est souvent le siège d'hyperostoses. J'ai trouvé une fois inie ossification de l'aponévrose épicrânienne, formant une plaque isolée de 3 centimètres de diamètre, en avant de la protubérance occipitale externe extraordiuairement développée.

\;]^ KPILHPSIES ET ÉPILEPTIOUES ^

Les chocs sur l'oreille ont souvent pour conséquence la pro- i duction (rotliématomes qui laissent des déformations caractéristiques, un épaississenient des téguments du pavillon, formant i des saillies et des dépressions plus ou moins irréguliéres généralement limitées à la face concave ou externe du pavillon. Le cartilage exploré par la face interne ou convexe ne présente pas de déformations correspondant à celles de la face externe. Cette particularité peut faire distinguer la déformation consécutive de lothématome des dilformités congénitales quelquefois unilatérales, et en particulier de celles qui sont constituées parla | saillie de la racine de l'hélix ; dans ce dernier cas on trouve sur | la face convexe du pavillon im sillon correspondant à la saillie

qui traverse la conque.

On trouve souvent à l'autopsie des épileptiques des fractures consolidées des memhres et en général des cals vicieux, soit des os des memhres, soit de la clavicule, des côtes. Ces derniers accidents avaient souvent échappé pendant la vie. J'ai même trouvé à Taulopsie d'une vieille épileptique de la Salpétrière une fracture de la voûte du crâne dont l'existence était ignorée; cette fracture traversait une plaque d'atrophie | sénile symétrique des pariétaux, et la consolidation avait fait ^

défaut (1). I

D'autres fois on trouve des luxations devenues irréductihles à cause de leur reproduction fréquente, particulièrement des luKa lions scapulo-humérales.

Lors(iue la mort a été la conséquence d'un accès ou d'un état de mal, on trouve une congestion générale de tous les viscères. ^ Cette congestion paraît tenir non seulement aux ti'ouhlcs ciiTU- | latoires provoqués par les convulsions du Llioi'av et la gène de i la respiration, mais encore surtout dans l'état de mal, à la paralysie vaso-motrice qui résulte de l'épuisement nerveux tantôt le cœur est gorgé de sang et dilaté, tantôt il est contracté et ^ vide. La rupture du cœur, qui a quelquefois été ohservée, ne se produit guèi'e que lorsqu'il existe une dégénération préalable des fibres de l'organe. Les os du crcàne sont gorges de sang ; on

a /)"//. Soc. An(iloiiil</iU', ISSl, [i. l'ii. ■ i

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trouve des ecchymoses très élendaes au-dessus et au-dessous de Faponévrose épicrànienne.

L'état de Tencéphale est particulièrement intéressant à considérer dans ces cas. Les sinus, les veines sont gorgés de sang noir; les méninges sont injectées, et principalement lorsque la mort après un état de mal un peu prolongé, sont adhérentes à la surface des circonvolutions dont elles se détachent difficilement. La substance même du cerveau est injectée, on voit souvent un état piqueté de la substance blanche, quelquefois avec de petites hémorragies ponctiformes. La substance grise du cerveau présente une coloration d"un rose hortensia plus ou moins foncée, Celle du cervelet est encore plus injectée en apparence, elle présente une couleur vineuse ; le plancher du quatrième ventricule est d'un rose gris, quelquefois ecchymosé.

Lorsque le malade a survécu un certain temps après le dernier paroxysme de l'état de mal, il arrive quelquefois qu'on ne trouve plus aucune trace de congestion céphalique. C'est ce que j'ai observé sur un malade qui avait succombé huit jours après la dernière attaque. Je ne trouvai plus qu'une congestion généralisée des deux poumons.

Parmi les lésions qui ont été considérées comme des causes déterminantes, il convient de citer, en dehors des lésions périphériques qu'il est inutile de passer ici en revue, un certain nombre do lésions viscérales, lésions inllammatoircs ou dégénératives du foie, du rein, de Tutérus, des ovaires, etc., ou d'anomalies anatomiques. En ce qui concerne les anomalies, il n'y a guère lieu de leur attribuer un rôle dans la ])roduction de l'épilepsie; elles représentent des épisodes du trouble général du développement et constituent plutôt des signes de dégénérescence que des conditions causales de l'épilepsie. Quelques-unes cependant méritent d'être citées. Les vices de conformation de l'utérus, par exemple, paraissent jouei* un rôle étiologique. Les déviations, ou les Uexions qin se présentent quelquefois chez les épilepliques à un degré très marqué (l), sont capables de déterminer des com-

(I) cil. Friv. liutl. Soc. AiialoiniiiKc, IS7-'i, |i. T.Hl.

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pressions, des obstacles à récoulement des règles, à l'accoiichement, tous phénomènes susceptibles de provoquer des réactions convulsives, chez des sujets prédisposés. Parmi les lésions des organes des sens qui ont déterminé l'épilepsie, il ne faut pas omettre les altérations et en particulier les lésions suppuratives de l'oreille.

Quelques lésions du rachis ont été trouvées en rapport avec Tépilepsie, mais ce sont des laits exceptionnels.

Solbrig avait déjà insisté sur les défoi-mations du ti-ou occipital ; ou a eu lieu aussi de soupçonner les modifications pathologiques des rapports des premières vertèbres, de l'atlas (1) en particulier et de l'apophyse odontoïde.

Les lésions traumatiques du crâne, les fractures, les enfoncements, les consolidations vicieuses, les tumeurs du crâne et des méninges sont assez fréquentes.

C'est l'encéphale qui est sans contredit le plus souvent le siège des lésions épileptisantes.

On a trouvé chez les épileptiques des variétés énormes de volume et de poids du cerveau. La microcéphalie n'est pas rare, mais on trouve quelquefois chez les épileptiques un volume considérable du cerveau, témoin Michot, cet épileptique qui, dans un accès de fureur, avait tué sept personnes dans l'arrondissement de Montargis, et dont le cerveau pesait 1,640 grammes (Riu).

Quant aux dilTérences de volume et de poids des deux hémisphères, elles sont quelquefois considérables. Mais elles n'existent guère que dans les cas où les troubles fonctionnels ont été hémilatéraux, et où il existe des lésions grossières des centres nerveux; la différence de volume est alors un fait secondaire (Boyd). Lorsqu'il s'agit d'épileptiques dits vulgaires, c"est-à-dire chez lesquels ou n'a pas sn déterminer le phénomène initial du paroxysme convulsif et chez lesquels il n'existe point de lésion grossière , les différences de poids sont communes, quand elles existent. Sur vingt-huitautopsies d'épileptiques non hémiplégiques sur lesquelles j'ai des notes, je n'ai trouvé que des dilférences de

1) Sommer, Zur Ca.m'slil< dcv Allassi/nosloscii . [Virclioir Air/i., Bd di. \>. [2.]

ANATOMIE PATUOLOGIOLl^ ^-^^

cinq à quinze grammes pour les hémisphères cérébraux ; or les mêmes variations s'observent chez des sujets parfaitement normaux. Si les diftérences de volume des parties symétriques del'encépliale sont plus fréquentes dans Tépilepsie que chez les aliénés en général (1), c'est que Fépilepsie est beaucoup plus souvent due à une altération anatomique localisée. C'est un fait qu'il n'était pas sans intérêt de constater. Quant aux anomalies des circonvolutions, elles ne sont pas rares chez les épileptiques ; mais eiles n'ont rien de spécifique. Le plus souvent les épileptiques présentent un type céré!)ral simplifié. Tantôt les anomalies l'appellent des formes ataviques, tantôt ce sont des variétés atypiques.

Les lésions du cerveau que fou observe souvent chez les épileptiques sans localisation manifeste sont des indurations des dill'érentes parties de l'encéphale ou du bulbe. L'induration des olives bulbaires a été souvent relevée, de même que les indurations du cervelet (Duguet ("2), etc.) ; récemment M. Mairet a rattaché sans preuves suffisantes une forme particulière d'épilepsie, l'épilepsie procursive, à ces dernières lésions.

Mais, parmi les scléroses localisées auxquelles on a attribué l'épilepsie, la sclérose de la corne d'Ammon mérite une mention spéciale.

La sclérose de la corne d'Ammon se rencontre avec une fréquence très variable, tantôt unilatérale, tantôt bilatérale. Tandis que, d'après Coulbault (3), elle ne se rencontrerait que dix fois pour cent, elle ne se verrait que quatre fois d'après Snell ; on la verrait au contraire beaucoup plus souvent d'après Hemkes (4), dix-sept fois ou même plus encore d'a])rès Pfleger (5), cinquante-huit fois. Gowers au contraire ne l'aurait jamais vue que deux fois chez des sujets qui d'ailleurs n'étaient pas

(1) Uni, Du poids du, ccriuuia at du, rvrrcicl, chez les ('i)i/i';)ti(/ar.i. {Encéphale, ISM). — Études sur le poids de l'encéphale dans les maladies ntenlales ;i\\.,\.%^-2.

(2) Duguet, Trois fails de sclérose du cervelet observés chez des épileptiques. Bull. Soc. anal., ISGo.)

(3) Coulbault. Des lésions de la corne d'Ammon dans l'épilepsie : t!i.. 1881 . (i) Hemkes, Ueber Atrophie und Sclérose des Ammonshorn t)ei Epileptischen

[Allfi. Zeitf. Psijch., XXXIV, 6, 1878, p. 678.)

[")) L. PHei,'er, Beol)achtanr/en iiOer Sehrainpfunr/ und Sclérose des Ammonshornes hei Epilepsie. {Allfj. Zeit, /'. Psijch., XXVl, p. ;}.")9,)

i{2 ÉPILKPSIES ET ÉPILEPTIQUE^;

épileptiqiies. Je n'ai pas rencontré moins de douze fois l'induration de la coi-ne d'Ammon.

Doit-on considérer cette sclérose localisée comme une cause de Tépilepsie ? Les faits positifs relatifs aux localisations motrice, ne portent guère à accepter cette interprétation, et les expériences de Notlinagel et de Kussmaul ont moniré que les lésions de cette partie du cerveau ne déterminent pas l'épilepsie. Cette induration est toutefois trop fréquente pour qu'on puisse croire à une simple coïncidence sans signification. On peut se demander si l'induration de la corne d'Ammon n'est pas la localisation prédominante d'une lésion scléreuse plus étendue. Une circonslance qui peut conlirmer l'idée d'une lésion in\oluti\ e prédominante dans la corne d'Ammon, c'est que BeliakolT a rencontré une prédominance des lésions del'écorce de cette circonvolution dans la démence sénile (i).

Un certain nombre d'autres lésions corticales non localisées de l'écorce peuvent être mises en rapport avec l'épilepsie; sans revenir sur les processus aigus ou chroniques de la méningite, nous devons citer la méniago-enci'johal'Ue lente (Bourneville et Wuillamier) (i).

Barthez et Rilliet(3) ont décrit sous le nom d'iiypertrophie et d'induration circonscrites une forme de sclérose qui a été mieux étudiée depuis par MM. Bourneville et Brissaud ('<), sous le nom de sclérose tubéreuse ou bypertropbique du cerveau. Les circonvolutions sont mamelonnées, hérissées de saillies et de tubérosités arrondies ou ovoïdes irrégulièrement disposées sur la partie convexe des circonvolutions, rarement dans les sillons, et dont le volume varie mais peut atteindre celui d'une grosse noix. Ces noyaux n'occupent que la substance grise corticale ou la substance grise centrale, la substance blanche n'est atteinte que par propagation. Le tissu scléreux à évolution bypertropbique étoufle les éléments nerveux et les vaisseaux.

En dehors de ces lésions, on trouve souvent chez les épilep-

(1) Raymond, t Élude des niaUidcs du .sij.sfi'/nr ncrrcif.r en Russie, 1889, (i.lS. ii)Arch. de Neurologie, t. llf, p. 3^7.

(3) Barthez et Rillift, Traité e/iniqn- et prafii/iir des malaxli 's des eiifaiih. 2c éd., t. J, p.

(4) Are/lires de Xenrolofjie, 1880, t. I, p. C,!), ji. :'.!)!.

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