II
Totaux
Observation CIV. — Epilepsie, hromiiralion, amélioration progressive.
C, 50 ans, famille névropath'niiie, bégaiement, scoliose (1), parésie faciale droite. Attaques depuis l'âge de 12 ans, soi-disant à la suite d'une frayeur ; vertiges, secousses, nystagmus.
20 février 1887. Kbr. 4 gr.
28 janvier 1888. Kbr. o gr.
23 mars. Anesthésie pharyngée, acné bromique. 4 gouttes de liqueur de Fowler deux fois par jour.
4 décembre 1888. Kbr. 6 gr. Pas de bromisme. 20 février 1889. Kbr. 7 gr.
22 juin 1881). Kbr. 8 gr.
23 septembre 1889. Kbr. 9 gr.
7 novembre 1889. Kbr. 10 gr.
MOIS
Accès
Vertiges
Accès
Vertiges
Accès
Vertiges
Accès
Vertiges
Avril
(1) K. Landois, Des déviations du rachis dans leurs rapports avec la névropalhie héréditaire ; tli., 1889.
Ob^^eiu'ation CV. — Convulsions, hémiplégie infantile, épilepsie ; amôliorniion A la suite d'une pneumonie; suppression des accès par le bromure de potassium.
H., 31 ans. Convulsions à 3 mois, hémiplégie avec atrophie du côté droit, incontinence nocturne d'urine jusqu'à iO ans, terreurs nocturnes. Premier accès à 12 ans, à la suite de frayeurs et de privations pendant le bomhardement. L'accès débute par une sensation d'étouffement avec globe remontant de l'aine droite dans le flanc droit et au cœur, chute subite avec perte de connaissance sans cri, quelquefois morsure de la langue et miction; pas de localisation évidente des convulsions. Quelquefois vertiges sans perte totale de connaissance, avec sensations de boule.
10 février 1888. Application de pointes de feu sur la région frontopariétale gauche, trois fois par semaine, au nombre de douze à vingt.
20 mars. Le malade avait eu deux accès depuis le commencement du mois, lorsqu'il est pris de frissons, fièvre, point de côté, toux, ràle crépitant puis essoufflé dans toute la hauteur du poumon gauche. Pneumonie à évolution normale, sauf l'existence d'un délire nocturne très intense. Les pointes de feu ont été suspendues du 19 au 31 mars, puis reprises pour n'être abandonnées que le l^"^ février 1889, dote à laquelle le malade commence à prendre quotidiennement 4 grammes de bromure de potassium.
MOIS
Vertiges
Accès
Vertiges
Ai^cès
Vei'tiges
Accès
Accès
Vertiges
Avril
Août
Octobre
Totaux
Lorsque le bromure ne réussit pas seul, on peut encore l'associer aux autres médicaments qui, tels que la belladone, le cbloral, la valériane, les composés du zinc, lui servent souvent d'adjuvants utiles. M. Bail a préconisé l'emploi simultané du bromure
o66 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIOUES
d'aininoniiim et de sodium, de la belladone et de l'oxyde de zinc (1).
Lorsque le bromure s'est montré efficace, son usage ne peut être diminué et surtout suspendu qu'avec les plus grandes précautions. Ou a dit avec raison que le bromure doit rester comme un aliment pour Fépileptique guéri. Les suspensions ou les diminutions prématurées peuvent non seulement compromettre la guérison, mais même mettre en danger la vie du malade. Il n'est pas rare de voir chez un malade qui, sous l influence du bromure, n'a plus d'accès depuis longtemps, se produire, k propos d'une interruption du médicament, soit des crises sérielles, soit un état de mal; Tépileptique liquide son arriéré, comme disait Legrand du Saulle. Quelquefois des crises bénignes suspendues parle bromure font place, après une interruption plus ou moins prolongée, à des crises plus graves qui mettent en évidence la nature de la maladie.
Observation CVI. — ÈpUepsie larvée. Amélioration par le bromure. Suspension du bromure : apparition de crises convulsives.
A. B., 33 ans. Alcoolique et père obèse; mère nerveuse, a succombé à 39 ans, à la suite de plusieurs attaques apoplectiformes. Pas d'autres antécédents connus.
De ce mariage sont nés cinq enfants; les quatre premiers sont mortnés avant terme, au plus tard à 7 mois. Le malade est le cinquième enfant; il est né à 7 mois et demi. Il a eu des convulsions à 13 mois. Tl n'a commencé à parler qu'à i6 mois; il avait près de 2 ans quand il a marché. Incontinence nocturne d'urine jusqu'à 8 ans. Terreurs nocturnes. .lusqu'à 3 ou 6 ans il a louché de Tœil droit dévié en dedans. Ce strabisme serait venu après les convulsions; il a disparu spontanément.
Jusqu'à l'âge de 17 ans il n'a eu aucun accident caractéristique. Étant au collège, il apprenait passablement. Ayant pris des habitudes de masturbation, il maigrit considérablement et il commença à éprouver des modifications du caractère qui l'inquiétèrent lui-même, .lusqu'alors il avait été d'humeur assez égale ; il devint maussade, soupçonneux, envieux, jalousant ses camarades sans aucun motif plausible. A de certains moments, il lui senddait qu'il n'avait plus aucune affection pour sa famille'; qu'il était incapable d'éprouver la moindre émotion, qu'on lui donne des témoignages d'intérêt, d'amitié ou d'aversion ; il était très préoccupé de cette absence d'émotivité.
(1) Boyé, Traitement de l'épi/epsie {Encéphale, 1881, p. 90); — Fusi(M-, Du traitement de l'épilepsie (ibid., p. 425).
D'autres fois il se mettait dans des colères violentes poiu' des motifs futiles; il lui est arrivé une fois de frapper un de ses camarades pour une inattention légère. Il eut l'idée d'être reçu bachelier, une satisfaction disproportionnée, et c'est à partir de ce moment qu'il accuse de véritable crises d'optimisme. Du reste, il eut, le soir de son examen, une exaltation qui avait éveillé l'attention de son père.
Ils regagnaient en voiture leur maison située à plusieurs lieues delà ville, lorsqu'au milieu du chemin, sans qu'il pût être question d'une influence toxique quelconque, A., d'ordinaire pacifique et peu entreprenant, se mita faire des projets militaires tout à fait extravagants, et, au bout de quelques minutes, il se mit à « hurler » des menaces (c'est l'expression du père) contre les Prussiens. Cette exaltation tomba tout d'un coup quand il rentra à la ferme, mais elle se reproduisit a peu près dans la même forme plusieurs jours de suite. Elle s'atténua peu à peu, mais, pendant plusieurs mois, à brûle-pourpoint il lui arrivait parfois de faire des déclamations patriotiques dans lesquelles il exaltait les services qu'il était devenu capable de rendre. Ces sortes d'exubérances duraient une demi-heure ou trois quarts d'heure, se produisant indifféremment à toute heure du jour, et elles se calmaient graduellement; puis A. ne paraissait plus penser à ses projets belliqueux. Quelquefois il restait sombre pendant quelque temps, mais sans que ces dépressions tranchent bien nettement sur sa manière d'être ordinaire.
A., menant à la campagne une vie désœuvrée, prit l'habitude d'aller presque quotidiennement à la ville, où il passait quelques heures à errer dans les rues sans but arrêté. Au bout de peu de temps il commença à rapporter fréquemment des livres. On fut frappé de voir qu'il ne lisait jamais, et d'ailleurs les livres qu'il achetait soit chez des libraires, soit chez des bouquinistes, traitaient de sujets les plus étrangers à ses connaissances ; il y avait des livres d'architecture, de droit, de théologie. Son père fut frappé de cette étrangeté, mais comme il calculait que tout l'argent qu'il donnait devait passer dans cette manie, il y trouvait une sauvegarde, et ne s'en préoccupa pas autrement. Pendant son année de service militaire, A. parut avoir renoncé à ses achats de livres, mais il reconnaît qu'il en a acheté plusieurs lois qu'il donnait au pi oniier venu en rentrant à la caserne, ne sachant où les mettre. A son retour la collection s'augmenta de nouveau, mais moins rapidement qu'autrefois ; A. s'occupait dans la ferme et allait moins souvent à la ville. Pendant plusieurs années, les inconsidérés achats de livres furent peu fi'équents, et A. paraissait guéri de sa manie ; en général il était calme, plutôt taciturne ; il ne se fit guère remarquer que par quelques colères violentes et deux ou trois fois des brutalités inexplicables envers des animaux.
En 1886, il avait 30 ans, il manifesta l'intention de se marier ; mais, le mariage n'ayant pas pu s'arranger, il en éprouva une grande contrariété, abandonna ses occupations habituelles et reprit l'habitude d'aller fréquemment à la ville; les achats de livres recommencèrent de plus belle, presque tous les jours il en rapportait un ou plusieurs. Au com-
o68 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIQUES
mencoment de juin il se produisit un fait qui jeta un jour nouveau sur les faits antérieurs : A. avait riiabitudo de payer comptant les livres qu'il achetait, cependant une ou plusieurs fois déjà il avait eu des contestations avec les libraires chez lesquels il allait le plus souvent, et qui lui avaient réclamé le prix de livres qu'il prétendait ne pas avoir emportés. Une contestation nouvelle ayant eu lieu, le libraire, qui était sur de son fait, réclama au père de A., qui passa en revue les livres accumulés dans la chambre de son tils et constata que toutes les réclamations des libraires étaient parfaitement fondées. A., mis en présence des livres retrouvés chez lui, fut incapable de donner aucune explication ; il déclara qu'il ne se souvenait pas avoir pris ceux qui faisaient l'objet de la contestation. On sut alors que quelquefois il entrait dans la librairie, se saisissait du premier livre venu, le feuilletait d'un air égaré, répondant par des monosyllabes aux interpellations, et tantôt laissait le livre et partait sans rien dire, mais quelquefois le mettait sous son bras et partait brusquement.
Quand ces explications lui furent données par son père, A. fut très péniblement affecté, et il eut une perte de connaissance subite avec pâleur, mais de très courte durée. Il prit la résolution de ne plu^ retourner à la ville, et il se tint parole, mais souvent il était tourmenté par ridée d'acheter des livres, et il souffrit d'insomnies qui provoquèrent un état continuel d'anxiété qui le décida à consulter.
4 octobre 1886. — A. B. ne présente que quelques stigmates physiques : voûte palatine ogivale, implantation vicieuse des dents, oreilles sans hélix, asymétrie chromatique des iris. État général satisfaisant. Aucun trouble somatique en dehors de l'insomnie. Pas de trouble grossier de la sensibilité générale ou spéciale. En dehors des accidents mentionnés, A. B. ne révèle aucun trouble comital, pas de miction nocturne, pas de morsures de la langue, pas d'absences, pas de migraines à marche spéciale. Mais l'hypothèse de l'épilepsie ayant paru la plus vraisemblable, A. B. fut soumis à un traitement bromure (Kbr. 4 gr. par jour).
Le traitement fut régulièrement suivi pendant huit mois, pendant lesquels on remarqua que le caractère était devenu plus égal. A. B. avait repris ses anciennes habitudes, mais n'avait plus ses impulsions cà acheter ; il avait été, dans les mois d'avril et mai 1887, obligé d'aller quotidiennement à la ville, et n'avait pas éprouvé une seule fois le besoin d'entrer chez les libraires, ce qu'il n'évitait pour ainsi dire jamais autrefois. Au mois de juin il cessa, sans prendre avis, le traitement bromuré. Un mois se passa sans que rien fût changé, il était toujours aussi bien, mais le 8 juillet il sentit un éblouissement et appela à son secours; presque immédiatement après, il poussa un grand cri et tomba à la renverse et eut une attaque d'épilepsie, avec morsures de la langue, période tonique et clonique, stertor de plus d'une demi-heure. On dut le mettre au lit, qu'il ne quitta pas de la journée, et ral)attement persista deux ou trois jours, pendant lesquels le strabisme de l'œil droit, qui avait reparu après l'attaque, avait persisté.
Le 12 juillet, A. B. fat remis à la dose quotidienne de 6 gr. de bromure de potassium .
Un nouvel accès s est reproduit le 9 août, aussi au lever, mais moins fort que le précédent, la stupeur dura peu de temps. Il ne fut pas obligé de se coucber, mais il conserva toute la journée de la douleur de tête et du strabisme.
Le 12 octobre au matin, nouvel accès avec les mêmes suites.
Le 16 octobre, A. B. raconte que depuis son second accès il lui arrive de voir double à la suite de fatigues, quelle que soit l'origine de cette fatigue, marcbe prolongée, lecture assidue, coït, insomnie ; plusieurs fois il a constaté que son œil droit était dévié en dedans. Même dose de bromure.
Le 4 février 1888, a eu en se levant un éblouissement avec perte de connaissance, sans convulsions, sans morsures, sans miction, mais laissant après lui le strabisme, qui a persisté plusieurs heures.
Ce malade a été revu pour la dernière fois le 2 juillet 1889. Il n'avait pas eu d'accident nouveau depuis le 4 février de Tannée précédente; il avait abaissé progressivement la dose du bromure jusqu'à 4 gr., qu'il prend encore régulièrement. Il a toujours de temps en temps son strabisme à la suite de fatigues.
Le bromure ne doit être supprimé dans le com^s d'un traitement efficace sous aucun prétexte, sauf le cas de maladie aiguë adynamique où il serait formellement contre-indiqué.
Le bromure cause souvent de la répugnance aux malades, parce qu'il donne à leur haleine une odeur d'une fétidité particulière et bien reconnaissable; il cause de la somnolence, de Tobtusion intellectuelle, il diminue ou abolit les aptitudes génésiques. Quelques auteurs l'accusent d'exagérer l'irritabilité naturelle des malades et de pouvoir provoquer des accès de manie. Je crois au contraire avec Legrand du Saulle que le bromure a une action salutaire sur le caractère des épileptiques (1). qu'il rend souvent inoflfensifs et tranquilles les plus irritables, qu'il supprime les périodes d'excitation. Le bromure suspend répilepsie et désarme l'épileptique, comme dit Legrand du Saulle (^2). Si les manifestations psychiques de l'épilepsie se manifestent quelquefois pour la première fois dans le cours du traitement bromuré, c'est souvent qu'il s'est produit une transformation de décharge. Sous l'influence du bromure on voit
(1) Ch. Simon, De l'épilepsie, médications diverses : ac/ion du bromure de potassium chez les épileptiques aliénés ; th., 1880.
(2) Elude médico-légale sur l'épilepsie, p. 7.
assez souvent les accès convulsifs faire place à des troubles vertigineux ou à des crises psychiques.
Je ne veux pas nier toutefois l'impossibilité d'excitations maniaques développées sous Vinfluence du bromure et surajoutées pour ainsi dire à la maladie. Je dois môme dire que j'ai eu plusieurs malades dont les accès se soirt manifestement multipliés et sont devenus plus grands sous influence de la médication bromurée.
A part ces accidents, le brome peut donner lieu à de véritables intoxications qui se présentent soit sous la forme aiguë, soit sous la forme chronique.
Le bromisme aigu se manifeste d'ailleurs sous deux aspects: l'ivresse et la stupeur. On admet en général que l'ivresse bromique difl'ère de l'ivresse produite par l'alcool ou l'opium en ce qu'elle ne présente que la période dépressive. Cependant quelques individus éprouvent des phénomènes d'excitation avec de petites doses, tandis que ces doses plus élevées ont une action déprimante manifeste. C'est un fait assez commun dans l'histoire des médicaments (1). L'ivresse bromique est constituée par un état d'exaltation plus ou moins marqué, avec inappétence, rougeur de la langue, douleur de téte, irritabilité extrême qui disparaît facilement par la suppression du médicament. D'autres fois après un état d'excitation passagère qui peut même passer inaperçu, le malade s'alourdit, se plaint d'une céphalée gravative, éprouve de la répugnance à se mouvoir, a de l inappétence, de la constipation, un état saburral très marqué, les jambes s'affaiblissent, tremblentsous le poids du corps, les mains sont malhabiles, la parole est toute embarrassée, le regard devient atone, la face bouffie et sans expression, par suite de la flaccidité générale des muscles, puis le malade tombe dans une sorte de coma dont aucune excitation extérieure ne peut réussira le tirer. La respiration se ralentit, le pouls devient très faible et il paraît probable que la mort s'ensuivrait si l'on n'intervenait pas. La suppression pure et simple du médicament serait insuffisante ; il faut recourir aux drastiques pour provoquer une élimination
(1) Lépine, Deux phases « contraires » de VacUon de certains médicamenls. {La Semaine médicale, 1889, p. 437.)
rapide par Vinlestin. Dans les deux cas de ce genre que j'ai observé, le rétablissement s'est fait dans un ou deux jours.
Le bromisme lent ou chronique est caractérisé par un état général de dépression. La face est pâle, les muqueuses sont sèches et décolorées, il y a un ainaigTissemeut graduel, les chairs sont flasques, la physionomie perd son expression, et trahit l'hébétude, puis une véritable stupeur, les jambes s'affaiblissent, la sensibilité est émoussée, la mémoire et l'intelligence fort atténuées, la digestion est mauvaise, l'haleine extrêmement fétide, la fièvre s'allume, les voies respiratoires s'engorgent et souvent le malade succombe avec les symptômes d'une pneumonie adynamique. Cette forme, qui répond à la forme dépressive du bromisme aigu, peut guérir par le même traitement et avec d'autant plus de chance que l'on est prévenu par l'invasion 2;raduelle des accidents.
C'est dans cette forme de bromisme que M. A. Voisin a observé un déhre général avec violence, qui combiné avec l'embarras de la parole et l'affaiblissement avec trémulation des membres pourrait en imposer et faire croire à une foUe paralytique.
Dans certains cas ce sont surtout les fonctions de nutrition qui sont altérées par l'intoxication bromique; il en résulte un état cachectique général avec amaigrissement et atonie générale. On peut remédier h cet état par radministrationdes toniques, du fer, du quinquina et en particulier par l'hydrothérapie.
M. Voisin conseille le fer pour remédier à l'anémie produite par l'usage prolongé du bromure; j'ai l'hal)ilude de prescrire le perchlorure à la dose de quatre à huit gouttes, deux fois par jour avant le repas ; ce médicament paraît souvent agir heureusement sur les fonctions digestives.
Maisles troubles lesplus fréquents, et qui peuvent se développer même sans que la nutrition paraisse avoir beaucoup souffert, sont les manifestations cutanées. Elles se présentent sous les formes suivantes : 1" L'acné disséminé qui ne présente guère de particulier que la coloration rouge sombre, la confluence la face, dans le dos (Pl. XI et Xïl), aux bras et aux cuisses, principalement sur la face dorsale où il laisse souvent des cicatrices longtemps violacées. L'acné bromique est un phénomène qui se produit sou-
572 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIOUES
ventdèsle débutda traitement etaiiqnelonpeutremédierparrarsenic administré concurremment. Le brommT d'arsenic que Ton a proposé de donner de préférence aux arthritiques s oppose en partie à cet accident du traitement, mais il est moins efficace que le bromure de potassium; et les inconvénients de lacné ne sont pas suffisants pour le faire préférer. 2" L'éruption bromique conglomérée est caractérisée par les indurations en forme de tubercules ovalaires ou de plaques allongées qui se développent dans répaisseur du derme, restent d'abord sans altérer la coloration de la peau; mais peu à peu cellp-ci prend une teinte d'un violet ardoise, lorsque les indurations deviennent continentes et forment des plaques conglomérées ou lorsque tout en restant isolées elles ont pris un grand développement et ont formé des saillies hémisphériques àla surface delà peau, elles s"ulcèrentet suppurent; mais Vinduration persiste. Il en résulte de larges plaques ulcérées irrégulièrement montrant des pertes de substances entourées d'une zone violacée et laissant entre elles des lots de peau de couleur normale. Ces plaques, qui offrent un aspect très caractéristique, se rencontrent principalement àla face antériem^e des jambes, mais on peut aussi les voir à l'avant-bras et sur les autres segments des membres et même à la face. Quelquefois elles affectent une disposition symétrique. Quelquefois, elles sont toujours limitées à la môme région chez le même individu; chez un de mes malades Téruption s'est plusieurs fois limitée exclusivement à la région pariétale gauche.
Les éruptions bromiques prennent quelquefois un développement énorme chez les jeunes enfants (1).
Que les pustules soient disséminées ou conglomérées, elles ont toujours la même constitution. J'ai remis à mon ami M. Darier, répétiteur au Collège de France, deux pustules en voie de formation, dont l'une faisait partie d'une plaque. Voici le résultat
de son examen :
« J'ai eu à ma disposition deux fragments de peau, dont l'un a été durci par l alcool (A), l'autre par le bichromate d'ammoniaque (B). Dans ces deux fragments les lésions sont essentiel-
(i i Carrington, 0 cflse of skin éruption due to bromism. (ClinicaJ Society, 188o, t. XVIII. p. 28.)
lemeiU les mômes : il s'agit de pastales dermiques ressemblant à colles de raciié piisluleiise vulgaire.
« Sur les coupes du fragment (A) on trouve en plein derme, un peu au-dessous du corps papillaire, deux petites cavités an- Iractueuses dont le contenu est en partie tombé dans la manipulation. Ce qui en reste est composé en majeure partie de globules de pus entremêlées de cellules épitbéliales désagrégées et altérées. La paroi de ces cavités est bordée par places d'un revêtement épithélial pavimenteux, dont les cellules très aplaties sont disposées en trois ou quatre couches ; ailleurs ce revêtement n'existe plus et la cavité est limitée par le tissu conjonctif qui est infdtré de cellules embryonnaires. On trouve, dans le contenu des petits abcès, des fragments de fibres élastiques indiquant qu'il y a eu destruction d'une partie de ce tissu conjonctif.
« Autour de ces pustules, Finflammation du derme, caractérisée par la présence d'éléments embryonnaires, est relativement peu étendue. A une petite distance on ne trouve plus de ces éléments qu'au voisinage immédiat des vaisseaux formant des manchons périvasculaires. Les vaisseaux eux-mêmes, surtout les capillaires, sont dilatés dans une petite étendue. Là et là, tout près de la pustule, il y a de petits foyers hémorragiques.
« On admet généralement que les pustules de l'énanthème bromique naissent aux dépens des glandes qui seraient irritées par l'élimination du médicament. Dans le cas actuel, on voit que les foyers purulents correspondent bien au siège des glandes sébacées : le revêtement épithélial en partie conservé indique sûrement que la pustule est née au sein d'un prolongement de Tépiderme, c'est-à-dire très probablement d'un follicule pilosébacé. Il ne reste cependant, attenant au foyer purulent, ni trace d'un poil, ni portion de glande sébacée; l'organe a probablement été détruit.Les follicules pilo-sébacés qui se trouvent sur les coupes au voisinage des éléments éruptifs sont toutefois peu altérés; les poils et leurs gaines sont normaux, les glandes sébacées sont volumineuses et envoient un produit de sécrétion très abondant qui forme au collet du poil une sorte de comédon. Cet état n'a rien d'anormal si, comme je le suppose, ce fragment de peau (^A) provient de la région sternale ou de la face. Toutefois
on remarque, non pas autour mais entre les lobes de la glande sébacée qui semble normale, une infiltrnliou peu marquée de cellules embryonnaires, indice d'un certain degré d'irritation.
« Quant aux glandes sudoripalcs, elles sont évidemment hors de cause; leurs glomérules, situées d'ailleurs plus profondément que les foyers morbides, m out paru tout c\ fait sains. Il en est de môme de leur canal excréteur.
« L'épiderme, soit au niveau des pustules, soit entre elles, est normal. Je n'ai pas réussi cà trouver sur mes coupes de ce fragment le point d'abouchement du follicule, supposé l'origine de la pustule, à la surface de l'épiderme.
« Sur le fragment (B) les lésions sont, comme je l'ai dit, de même nature. Il y a toutefois une différence dans l'acuité moindre do rinflammalion, qui est probablement de date un peu plus ancienne. Ici plusieurs pustules sont groupées pour former un seul élément éruplif. Leurs parois, aux points où le revêtement épithélial est conservé, portent de huit à douze rangées de cellules. Les foyers purulents s'abouchent à la surface de l'épiderme, où ils sont recouverts par une croûte. L'épiderme, au voisinage, présente une prolifération évidente : il est épaissi et envoie entre les pustules des bourgeons épidermiques avec globes épidermiques. La lésion pustuleuse s'accompagne donc d'une lésion papillomateuse; étant ici plus prolifératif que destructif, on peut dire que le processus est moins aigu. Il y a toutefois au voisinage des foyers pustuleux les mêmes manchons périvasculaires,la dilatation capillaire et les petites hémorragies.
« Je conclus donc à la périfolliculite et foUiculite suppurative et prohférative. Cela cadre bien avec le diagnostic d'amr bromiqup. »
Chez les arthritiques le bromure provoque aussi assez souvent l'apparition d'éruptions dartreuses, d'eczémas qui ne constituent pas du tout un signe de saturation. On a quelquefois attribué au bromure des éruptions ressemblant plus ou moins à Téry thème noueux ou à l'urticaire et s'accompagnant de douleurs musculaires ou môme articulaires. C'est surtout chez les sujets arthritiques que l'arsenic a une action préservatrice efficace contre les
manifestations cutanées déterminées par la bromiiration. L'intervention par l'arsenic contre le bromisme est d'autant mieux autorisée, dans tous les cas, que quelques auteurs ont signalé les effets cura tifs de ce médicament contre Fépilepsie elle-même (Duncan, Hoffmann, Harless).
Un certaiu nombre de malades qui sont sujets à des éruptions bromiques avec de faible^ doses, ou des doses moyennes de trois ou quatre grammes, n'ont plus d'éruption lorsque les doses sont élevées à sept, luiit, dix grammes. Lorsque les éruptions augmentent avec la dose, elles constituent un obstacle sérieux au traitement, parce qu'elles ne cèdent le plus souvent qu'à la cessation complète du bromure et non pas seulement à l'abaissement des doses.
Pour éviter les manifestations cutanées du bromure, il faut entretenir la peau dans le plus grand état de propreté ; j'attribue en grande partie à la fréquence des bains la rareté de ces accidents dans mou service.
Chez certains malades le bromure détermine une salivation abondante et désagréable que l'on peut combattre avec succès au moyen de préparation de tannin et de jusquiame (G. Sée) (1). D'autres fois il détennine une sécheresse de la gorge et des voies respiratoires qui provoque une toux incessante qui peut en imposer et faire croire au début de la phtisie si fréquente chez les épileptiques.
Un des meilleurs moyens de conjurer les accidents du bromure est de favoriser la fonction urinaire en administrant en même temps des diurétiques ou simplement des boissons délayantes. Le lait ne saurait être trop recommandé. Cheyne prétendait qu'à lui seul il peut guérir l'épilepsie.
Si le bromure entraîne quelquefois une dépression de la nutrition et un affaissement intellectuel, le résultat n'est pas aussi fréquent qu'on le croit généralement. Lorsque le médicament agit véritablement sur l'épilepsie, lorsqu'il diminue les paroxysmes à la fois en nombre et en intensité, loin d'amenej' Tamaigrisse-
(1) Achart^ De l'épilepsié considérée ail point de vue du diagnostic; th., 1875.
ment et la déchéance intellectuelle, c'est une véritable restauration que Ton observe, aussi bien au point de vue somatique qu'au point de vue psychique. Dans l'observation suivante que je donne comme exemple, parce qu'il s'agit d un cas grave, on voit que la bromuration à haute dose s'accompagne d'une augmentation de poids et d'une diminution de la durée du temps de réaction.
Observation CVII. — Épilepsie grave. Affaiblissement inlelleclnel. Bromuration : diminution considérable des attaques, amélioration de l'état intellectuel, engraissement.
J., 26 ans. Asymétrie crànio-faciale. Légère atrophie à droite; la force dynarnométriqiic est à peu près égale des deux mains. Légère anesthésie sensitivo-sensorielle à droite, plus marquée après les attaques. Les accès ont débuté à l'âge de 6 ans, ont toujours été nombreux; il a aussi de fréquents vertiges. En 1886 il a eu 300 accès et 46 vertiges. J. a pu apprendre passablement à l'école et a acquis une aptitude particulière pour le calcul de mémoire. Mais, en dehors de là, tout lui est indiftérent, on ne peut lui tirer aucune réponse sur des faits très récents. Il est apathique, reste la plus grande partie de la journée immobile; il est impossible de l'occuper. Il est très malpropre. Poids 62 kil. 500.
Les accès sont précédés d'une sensation d'engourdissement général, puis d'une sensation de boule qui remonte de l'épigaslre à la gorge. Si, pendant ces prodromes, on lui fait ingérer un verre d'eau froide, l'accès peut quelquefois être conjuré; sinon, il perd connaissance, pousse un cri et tombe en rigidité tétanique. La morsure de la langue et la miction involontaire ne sont pas constantes.
15 février 1887. Kbr. 4 gr.
27 septembre. Kbr. 5 gr.
23 janvier 1888. Kbr. 6 gr. Anesthésie pharyngée. 6 juillet, ^^ruption d'acné à la face. Liqueur de Fowler, 4 gouttes deux fois par jour.
Temps de réaction simple (les yeux clos) :
Contact sur le dos de la main droite. Réaction du mémo côté : 0,44". Contact sur le dos de la main gauche. Réaction du même côté: 0,46"". iU décembre 1888. Kbr. 7 gr. Liqueur de Fowler, même dose. Plus d'éruption.
19 avril 1880. Poids 69 kil. Kbr. 8 gr. Suppression de la hqueur de Fowler.
20 juin. Kbr. 9 gr.
Temps de réaction simple (les yeux clos) :
Contact sur le dos de la main droite. Réaction du même côté : 0,32'''. Contact sur le dos de la main gauche. Réaction du même côté : 0,35''. 8 août 1889. Kbr. 10 gr.
31 octobre. Kbr. H gr.
3 déceml)re. Kbr. 12 gr.
13 décembre. Poids 72 kil. oOO.
28 décembre. Temps de réactioa simple (les yeux clos) :
Contact sur le dos de la main droite. Réaction du môme côté : 0,26'''.
Contact sur le dos de la main gauche. Réaction du même côté : 0/''28.
ISSG
MOIS
Accès
Vertiges
Accès
Vertiges
Accès
Vertiges
Accès
tiges
fi
Mars
Avril
Mai
Juillet
Lorsque le bromure détermine une débilitation profonde, il peut provoquer les manifestations diatliésiques de tout ordre qui n'appartiennent pas en propre à l'intoxication.
D'autre part, lorsqu'une maladie infectieuse se développe chez nn épileptique bromuré, elle a nne grande tendance cà prendre des caractères adynamiques ou typhoïdes (1).
Le bromure administré pendant la grossesse ne gône en rien l'évolution du fœtus et n'exerce aucune influeucc sur la puerpi'l'alité (2) lorsqu'il n'existe aucune cause d'infection. La grossesse conslitue au contraiiv^ une indication du bromure chez les épileptiques ; si le médicament n'agit pas sur la mère, il y a lieu de croire qu'il peut exercer une heureuse influence sur le produit de la conception.
Ce n'est pas chez les femmes notoirement épileptiques que le bromure est nettement indiqué, il Test encore chez celles
(1) Le Gendre, Contribution à l'élwle de l'évolnlion des maladies inlercurren/e.^ chez les épileptiques bromurés. {France médicale, 1882.)
Ch. Féré. q-.
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qui oui ou, dans une grossesse antérieure ou à propos d'un autre accouchement, des attaques dites éclani])tiques, il y a lieu d'espérer que la bronuuation pourrait constituer une mesure préventive importante (1). Du reste le liromure a pu même donner des résultats avantageux lorsque l'éclampsie s'était déjà manifestée (2) tout comme dans l'état de mal épileptique.
Dans des cas où le bromure était mal toléré par l'estomac on a tenté de l'administrer par la voie rectale ou en injections hypodermiques (Frigerio) ; mais ces méthodes n'ont pas prévalu.
M. Doyon a étudié l'accumulation du bromure de potassium dans l'organisme. Ses recherches ont été faites chez un enfant épilcpliquc prenant du bromure à haute dose depuis un an et qui succomba après une scarlatine. On ne trouva rien de particulier à l'autopsie, mais l'analyse chimique fit constater que le cerveau contenait tout près de deux grammes de bromure et le foie soixante-douze centigrammes. En tenant compte de la différence de poids des deux organes, on voit que le cerveau contenait une quantité beaucoup plus considérable de bromure que le foie.
On peut donc conclure de cette analyse comparée, que le bromure de potassium s'accumule de préférence dans le système nerveux central, ce qui n'est pas surprenant, puisqu'il exerce son action physiologique surtout sur les centres nerveux. Mais si cette observation est concluante à ce point de vue, elle ne peut fixer sur la quantité de bromure que l'organisme peut emmagasiner sans dommage sérieux. Tout ce que l'on peut conclure, c'est que le bromure s'accumule dans l'organisme, dans le foie, et surtout dans le système nerveux en notable proportion. A quel moment l'accumulation de ce sel devient-elle dangereuse ? C'est ce que l'on ignore encore.
(1) Cersoix (de Laiigres), Du traitement prophylactique de l'éclampsie puerpérale. (Bull. (jén. de thérapeutique, t. XCF, p. 19.'}.)
(2j Bi(l;ird, Du bromure de pulassiuui à lri\s haute dose daus l'cclumpsie puerpérale. {Union médicale, 1875, ii» 102.) — Dumolard, Sur l'emploi du bromure de potasssium dans l'éclampsie puerpérale. {Lyon médicàl, 1878.)
Les accidents attribiiables aux bromures sont, en somme, peu importants relativement aux services qu'ils rendent dans les épilepsies, sous quelque forme qu'elles se présentent. Si le bromure de potassium a été le plus accusé, c'est aussi lui qui a le plus servi, et son utilité paraîtrait plus évidente encore si les observations des cas qu'il guérit loin de la surveillance médicale pouvaient être recueillies avec plus d'exactitude.