‹ Les épilepsies et les épileptiquesChapitre 88 sur 94 · ASSISTANCE · texte numérisé non relu

ASSISTANCE

mais il doit être réputé tel tant qu'il n'a commis aucun acte nuisible. Parmi ces épileptiques inoffensifs un groupe important est constitué par des malades qui sont incapables de subvenir à leurs besoins ou de défendre leurs intérêts, soit parce qu ils ont des attaques tn^s fréquentes on des attaqnes snivies d'obtnsion Intel, lectuelle on de troubles mentaux diveis. On certain nombre sont atteints d'imbécillité ou d'idiotie , d'autres ont des troubles mentaux permanents. Ces malades sont en général recueillis dans les asiles d'aliénés; et îx mon avis ils y sont h leur place. Dans les grands asiles ou les épileptiques sont assez nombreux, il peut y avoir avantage à les réunir dans une section spéciale plus ou moins isolée; mais je ne pense pas qu'il y ait lieu de créer pour eux des asiles spéciaux comme on l'a quelquefois réclamé. D'ailleurs, si cette distinction s'imposait, ce serait surtout en faveur des aliénés non épileptiques ; bien peu d'épileptiques ayant assez de paroxysmes pour être incapables de subvenir à leurs besoins sont exempts de troubles mentaux, et les autres alié. nés des asiles ont plus souvent occasion de se plaindre d'eux que les épileptiques n'ont occasion de se plaindre des autres aliénés.

Quant aux épileptiques à crises rares et exempts de troubles mentaux graves qui ne sont obligés de renoncer à leur profession qu'à cause de la répugnance qu'ils inspirent dans le milieu OLi ils se trouvent, je pense qu'il n y a par lieu de les hospitaliser. A ces épileptiques l'assistance en liberté convient aussi bien et mieux peut-être qu'aux aliénés dits inofTensifs. Un grand nombre d'épileptiques de cette catégorie seraient suffisamment assistés si on leur procurait seulement le moyen d'exercer leur industrie dans un milieu prévenu de leur infirmité et intéressé à les tolérer. Beaucoup sont capables de bénéficier du patronage familial tel qu'il est pratiqué en Belgique et en Ecosse (1).

Le but de l'assistance ne consiste pas à entretenir la misère par la distribution de secours aveugles qui servent plus à la propagation du paupérisme qu'à sa disparition, mais à guérir la misère dans sa cause en procurant aux déshérités les moyens de mettre

(1) Ch. Féré, Dégénéresce^ice et crimmalilé [Bihl. dephil. conl.emp.),\'l°, IS88. — Le Ti'ailement des aiumés dans les punilles, 18", 1890. — Congres inlernational d'assistance, 1889, t. II, p. .'{'18.

398 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIOUES

leurs forces en valeur. Mais la dislribution de secours demande beaucoup moins de peine que n'en demanderait Tassistance par le travail ; aussi n'avons-nous pas l'espoir de voir prochainement le patronage des aliénés troubler la quiétude adjninistrative.

Un certain nombre d'épileptiques pourraient vivre sous la surveillance médicale des asiles dans des colonies établies h leur voisinage, et plus ou moins analogues à celle qui a été établie à Bielofeld en Westphalie.

L'histoire de cette colonie cstparticidiôremenl instructive; ses débuts ont été des plus modestes : quatre épileptiques avaient été installés dans un cottage et peu à peu le nombre en a été augmenté ; en quelques années plusieurs centaines d'épileptiques ont trouvé asile dans des logements semblables établis aux environs ; en 1883 il y avait là 800 malades qui se suffisaient presque complètement. L'initiative privée multiplierait facilement les créations de ce genre. Des agglomérations moins nombreuses seraient préférables, et il serait surtout nécessaire de placer les malades sous imc surveillance médicale.

L'asile privé de la Tcppe (l)rôme), que l'on a rapproché du système colonial, est en réalité un asllr à portes ouvertes dirigé par des sœurs. En raison de la place qu'y tiennent les pensionnaires, il estimpossii)le de le juger comme établissement d'assistance et d'utilisation des épileptiques (qui y sont traités par un remède secret).

En l'absence d'institutions appropriées, les épileptiques exclusivement convulsifs qui peuvent être des infirmes, mais ne sont pas des aliénés au sens légal du mot, devraient être recueillis dans les hospices et non dans les asiles où leur présence est formellement contraire à la loi (1). Il faut reconnaître d'ailleurs qu'un grand nombre de ces malades sont, ainsi que leurs familles, complices de • l'illégalité : ne pouvant se faire assister dans les hospices, ils préfèrent se faire considérer comme aliénés que ne recevoir aucun secours. Souvent on leur attribue des trouliles mentaux post-paroxystiques qui en réalité n'existent pas, pour faciliter leur admission ; et une fois admis ils sont maintenus comme épileptiques et non comme aliénés.

(1) Crouzef, les EpUeplir/iies à la Salpêtrière. De l'application df la loi sur les aliénés ; tli., 1871.

Page 1