‹ Les épis [microforme]Chapitre 19 sur 65 · DANS LES ÎLES DE SOREL I · texte numérisé non relu

DANS LES ÎLES DE SOREL I

(Souvenirs du printemps de 1808) (

—Joyeux avril, salut! Ta brise enfin murmure. L Se plait-elle à jouer dans la chauve ramure ? 1 P Va-t-elle enfler ma voile et bercer mon esquif ? H Va-t-elle rider l'eau du ruisseau fugitif ? Si Secouer des grands pins la sombre chevelure ? C

Rendre au printemps tardif sa glorieuse allure ?

Avril, sèche les fronts mouillés par le travail, Mais qu'un soleil plus chaud puisse fondre l'émail Ai

Dont l'hiver enveloppe et les champs et le fleuve! Sot Qu'il redonne aux prés nus une parure neuve! Un Qu'il ramène l'amour et l'oiseau sous! nos cieux! Do Qu'il rende à nos forêts leurs chants mélodieux !

Et qu'il verse aux rameaux une sève abondante, Et,

Aux cœurs des jeunes gens, une tendresse ardentel Suin

LA DÉBÂCLE 93

Avril, avril, ton souffle est plein de volupté.

Tes matins et tes soirs, mois toujours enchanté, Éveillent l'harmonie, épandent la lumière,

Avril, tu viens enfin égayer la chaumière

Dont la bise d'hiver a glacé Je foyer.

Avril, c'est toi qui fais, sous ton souffle, ondoyer Les flots du Saint-Laurent redevenus dociles, Quand tes feux ont fondu leurs cristaux immobiles.

Hâte-toi, mois d'amour, que je cueille une fleur, La première des bois, la plus fraiche en couleur, Pour orner les cheveux de ma tendre Henriette! Hâte-toi, que je berce en ma barque discrète Sur les vagues d'azur du fleuve paresseux,

Celle qu'ont fait rougir mes pudiques aveux!»

Ainsi chantait, un jour, d’une voix douce et fière, Sous les bois sans ombrage, au bord du lac Saint-Pierre, Un fils du Saint-Laurent, un barde jeune et bon, Doué du plus fatal, mais du plus noble don.

Et, pendant qu'il chantait, son œil mélancolique Suivait, dans le lointain, une scène magique :

C'était le fleuve aimé qui, las d'être captif, S'agitait tout à coup comme un coursier rétif, Secouait le fardeau de ses glaces massives,

En éclats scintillants les poussait vers ses rives, Et les broyait ensemble avec autant. de bruit Qu'en fait, à son réveil, un volcan dans la nuit,

Les paysans heureux, Pour mieux voir le spectacle Qu'offrait, ce printemps-là, la tardive débâcle, Jusques au bord des eaux venaient de toute part; Leurs joyeuses clameurs saluaient le départ

De ces bancs de cristal, dont l'attitude altière Avait voulu braver la saison printanière.

On voyait de partout accourir des enfants

Qui poussaient vers le ciel mille cris triomphants; Les cheveux enchaînés par de frêles résilles,

On voyait accourir l'essaim des jeunes filles,

En mantelets d'indienne, en modestes jupons.

Leurs bouches prodiguaient des sourires fripons, Leurs voix semaient dans l'air des notes argentines. Elles semblaient ainsi de joyeuses ondines

Que le printemps rendait à leurs limpides eaux,

Et qui cherchaient leur grotte au milieu des roseaux.

té Dé

ni ca

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