‹ Les épis [microforme]Chapitre 8 sur 65 · RAYON LOINTAIN · texte numérisé non relu

RAYON LOINTAIN

Et les flots verts, bercés par une fraîche haleine, Ressemblaient aux andans alignés dans la plaine. Le long des Chemins gris, sous les effluves chauds, On voyait rayonner les toits peints à la chaux. On avait entendu, comme un bruit de - Le fer des travailleurs et le Et, plus haut que ces bruits Avaient chanté les cœurs d'e

cymbales, cri des cigales:

dans les airs dispersés, Spérances bercés.

Sur les pas des faucheurs toute Les faneuses, riant, la joue illu Avaient fané le fo:a. A l'heure On avait, sous les pins, bu le 1 Dans l'autre champ couchés, ruminaient d’un air lâche. La faux bientôt encor avait repris sa tâche,

Et, jusque vers le soir, fait glisser des lueurs

Parmi l'ombre du sol, sur les pas des faucheurs.

la matinée, minée,

du repos

ait. Les troupeaux,

Le soir était venu. Les pesantes voitures,

Traversant les fossés, effleurant les clôtures, S'en allaient au fenil porter le nouveau foin, On entendait chanter les

Paysans au loin.

Un rus

tique parfum restait sur leur passage, Les faneuses rentraient. Chacune à son corsage

Avait mis une fleur, en quittant le pré nu.

Une étoile brilla. Le soir était venu.

Mon cœur se réveillait. Seul, assis à la porte, J'écoutais ces rumeurs que la nuit nous apporte, Quand, tout près, sur la route, il s'élève une voix Qui me fait tressaillir. Je regarde, et je vois

Dans un nid de foin mûr, sur ie char qui m'effleure, Une enfant du village...Oh! c'est loin! Et je pleure Au divin souvenir du Chant qu'elle effeuillait

Trop vite elle passa!...Mon cœur se réveillait.

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LA FENAISON

La fenaison

O les vives chansons qui montent des prairies! L'exquise senteur du foin mûr!

O les rameaux en fleurs, les vertes draperies Qui flottent sous un ciel d'azur!

Sur la forêt lointaine, Sur la vise fontaine, Glissent des rayons d'or, Et vers la grève humide L'alouette timide

Prend un joyeux essor.

Avec sa faux tranchante, Pendant que l'oiseau chante Dans le buisson fleuri,

Le paysan agile

Retourne au pré fertile

Où le trèfle a mûri. :

Et le foin plein d'arome Sur le sol qu'il embaume Se couche frémissant, Comme sur le rivage Le fréle jonc sauvage, Sous le flot incessant.

O les vives chansons qui montent des prairies! L'exquise senteur du foin mûr!

O les rameaux en fleurs, les vertes draperies Qui flottent sous un ciel d'azur!

Dans la forêt vermeille Cependant se réveille L'harmonieux pinson, Et prenant sa volée, Sur la route voilée

Il sème sa chanson.

Et la fraîche rosée

Qui s'était déposée

Sur le rameau mouvant, Du verdoyant feuillage S'échappe, à son passage, Comme au souffle du vent,

LA FENAISON

Et l'on dirait que l'aile

De l'humble philomèle, Dans ses doux battements, Fait pleuvoir sur les herbes Les scintillantes gerbes

De mille diamants.

Chansons qui montent des prairies!

L'exquise senteur du foin mûr!

O les rameaux en fleurs, les vertes draperies Qui flottent sous un ciel d'azur!

La jeune paysanne

Qui s'avance et ricane, Tient dans sa brune main Une fourche de saule,

Et sur sa ronde épaule Un vase d'eau tout plein.

La coquette églantine Semble moins Purpurine Que n'est sa joue alors:

Un corsage de toile Avec chasteté voile Les grâces de son corps.

LES Éris

On dirait qu'elle rêve Lorsque sa main soulève Des trèfles empourprés, Et, qu'à chaque secousse, Une odeur neuve et douce S'exhale des verts prés.

O les vives chansons qui montent des prairies!

L'exquise senteur du foin mûr!

O ies rameaux en fleurs. les vertes draperies,

Qui flottent sous un ciel d'azur!

J'entends, par intervalle, Comme un bruit de cymbale Qui retentit pressé;

Pour affiler sa lame

Que le silex entame

Un faucheur s'est dressé.

Il a pris toute humide, Dans le vase limpide, La pierre au rude grain, Et d'une main précise Sur l'acier qu'il aiguise La promène grand train.

LA FENAISON

En se contant fleurettes, Les gars et les fillettes Munis de leurs rateaux, Amassent, desséchée, L'herbe d'hier couchée Par la mordante faux.

O les vives chansons qui montent des prairies !

L'exquise senteur du foin mûr!

O les rameaux en fleurs, les vertes draperies

Qui flottent sous un ciel d'azur!

Satisfait de l'ouvrage

Qu'il fait avec courage Depuis que l'aube a lui,

Le faucheur sur la plaine De temps en temps promène Ses ,:1x autour de lui.

Sur sa faux il s'appuie, Et de sa main essuie Son front tout ruisselant, Car une brise chaude Sur le pré d'émeraude

Se lève d'un vol lent.

Et, le long des clôtures, Les pesantes voitures

Que traînent les bœufs roux Amènent, à la grange,

Le foin mûr qui s'effrange Aux épines du houx.

O les vives chansons qui montent des prairies! L'exquise senteur du foin mûr!

9 les rameaux en fleurs, les vertes draperies Qui flottent sous un ciel d'azur!

La vive sauterelle Sur la tige nouvelle Découpe son profil, La libellule rase

De son aile de gaze Les aïgrettes du mil;

Et, d’une ardeur égale, Le grillon, la cigale Jettent des cris joyeux; Elle, dans la lumière, Le grillon, sous la pierre Qui le dérobe aux yeux.

LA FENAISON

Ainsi l'humble Chaumière Et la maison princière

Ont des chants de bonheur:

Et que nul ne s'étonne, Car c'est une œuvre bonne Que l'œuvre du Seigneur.

O les vives chansons qui montent des prairies ! L'exquise senteur du foin mûr!

O les rameaux en fleurs, les vertes draperies Qui flottent sous un ciel d'azur!

Les “brayeurs”

Allons à la corvée! Allons, bande joyeuse,

Car le temps est venu de broyer le lin mûr!

On nous attend là-bas où la côte se creuse, Comme une fraîche alcôve, à deux pas du flot pur. Nous sommes vigoureux et nos mains sont brunies. Nous aimons le soleil, nous aimons les hivers.

Pour nous enfants des champs les saisons sont bénies:

Nous aimons leurs travaux et leurs plaisirs divers.

Au-dessus des sapins s'élève la fumée,

Veillez au lin qui sèche, oh! veillez bien, chauffeurs! Dans plus d'un œil d'azur la flamme est allumée! Veillez au lin qui sèche, et veillez à vos cœurs.

Frappons fort, jeunes gens, frappons tous en cadence! De ces vallons cnnnus éveillons les échos.

Travaillons tout le jour avec zèle et prudence; Plus rude est le labeur, plus doux est le repos.

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LES “’BRAYEURS” 35

Frappons, frappons gaîment; sous l'active mâchoire Le lin va se changer en un Panache d'or,

Quand le devoir est fait nous avons la victoire,

Et l'esprit retrempé prend un nouvel essor.

Au-dessus des Sapins s'élève la fumée, Veillez au lin qui sèche, oh!

Dans plus d'un œil d'azur la Veillez au lin qui sèche, et ve

vei.lez bien, chauffeurs!

fla:nme est allumée, illez à vos cœurs!

Autour de Nous, partout, voltigent les

On dirait de la neige À travers les ram Nous rions,

aigrettes:

eaux.

nous chantons, dans les fauves retraites chantent seuls les gais petits oiseaux.

Nous luttons de vitesse, et la filasse blonde,

La filasse en cordons se tresse tout le jo Mais nous tressons nos mains pour dans Sous les yeux des Parents, le soir, À not.

Où souvent

ur, er une ronde re tour.

Au-dessus des Sapins s'élève la fumée, Veillez au lin qui sèche, oh!

Dans plus d'un œil d'azur la Veillez au lin qui sèche, et ve

veillez bien, chauffeurs!

flamme est allumée, illez à vos cœurs.

Chez nous

Aux colons français

Quand nos pères quittaient leurs antiques domaines, Pour chercher le bonheur sur des rives lointaines, Ils semblaient perdus. Cependant Ce ne fut pas alors une folle équipée.

Ils conquirent bientôt, par la croix et l'épée, Leur part du sol de l'Occident.

Nous avons conservé, malgré des jours néfastes,

Leurs foyers et leurs noms. Nous taillons des champs Où le soleil dore les blés.

Le vin ne verse Pas ses rubis en cascades,

Maïs la fontaine dort sous de fraîches arcades,

Et nos vœux sont vite comblés.

[vastes

çais

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