QUELQUES MOTS D'INTRODUCTION
Il y a déjà vingt ans que je fus l'objet d'une guérison extraordinaire, dont f ai publié le récit sommaire dans mon livre intitulé Notre-Dame de Lourdes.
Pour cette œuvre surnaturelle de ma guérison, il plut à Dieu de se servir de trois instruments, de trois hommes, alors dans l'ombre et présentement dans la lumière :
Le premier était un jeune Polonais, que j'avais connu en Italie;
Le second, un protestant, qui était mon ami d'enfance;
Le troisième, un saint vieillard, dont la vie se passait à adorer la Face du Seigneur.
Or je n'ai compris qu'en ces derniers temps, et à la clarté d'événements alors impossibles à prévoir, toute la portée providentielle qu'avait eue, dans l'économie du fait miraculeux, la présence et l'action du jeune Polonais, dont je viens déparier, — De là, dans la relation écrite par moi, une première et considérable lacune que je crois opportun de combler, afin de montrer, avec une netteté plus visible encore et plus indéniable, la main de Dieu dirigeant les choses humaines.
Avec l'assentiment de mon ami protestant, j'avais raconté le rôle principal qu'il avait rempli. Mais comme son nom. était, à cette époque, sans aucun intérêt pour le public, je ne jugeai point utile de V imprimer ; et dans tout le cours de mon récit, je n'employai d'autre appellation que celle de « M. de ***... »
— Il est advenu cependant que ce nom, dont j'avais gardé le secret, a été divulgué depuis lors par toute la presse française et étrangère. Il est tombé de la sorte dans le domaine public avec l'adjonction de maints détails apocryphes qu'il importe de ne point laisser s'accréditer, et qui me créent aujourd'hui la nécessité absolue d'intervenir au no7n de la Vérité et de substituer aux erreurs de la Légende la pure et simple réalité de l'Histoire.
Craignant sans doute que quelque rayon de gloire humaine ne vînt blesser son humilité, le saint vieillard que la Providence avait associé aussi à l'histoire de ma guérison, m,e refusa, malgré mes instances, l'autorisation depay^ler de ce qui le concernait. — La publication, en dehors de m.oi, de divers fragments du manuscrit que je lui avais laissé, et qu'on a trouvé après sa mort dans ses archives, me délie désormais de mon obligation. Il m' est donc permis de compléter mon récit et de réparer cette omission involontaire et forcée, omission que j'avais, du reste, dès l'origine, fait pressentir au lecteur, dans toutes les éditions de Notre-Dame de Lourdes, par une double ligne de points au dernier paragrap)he du chapitre de ma guérison.
Bien que le fond de ona relation primitive ne soit par là 77iodifîé en rien, ces i^nportantes adjonctions donnent à V ensemble et aux divers épisodes du récit une physionomie toute nouvelle. Le caractère particulier qui paraît en ressortir ne peut manquer, croyons-nous, de frapper qiàconque a parfois médité sur les immixtions angéliques et les interventions divines dans les incidents d'ici-bas.
Les Bretoux, 25 mars 1883.