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COMPORTEMENT DU CARTILAGE DEVANT L'ENVAHISSE- MENT NÉOPLASIQUE

A) RAPPEL DES MODIFFICATIONS NORMALES DU SQUELETTE CARTILAGINEUX SUIVANT L'AGE ET LES INDIVIDUS.

Il faut d’abord rappeler les modifications normales que subit le squelette cartilagineux du larynx chez l’homme.

MM. Bazpenwecx et GauiLLARD ont fait récemment une étude très approfondie de cette question à l’aide de documents radiographiques.

Nos recherches personnelles sur les poussées d’ossification et de calcification des larynx normaux se basent sur les coupes en série de pièces anatomiques normales. Elles démontrent l’irrégularité .de répartition de ces poussées suivant les individus. Néanmoins, dans l’ensemble, un larynx normal d’un homme de 50 ans présente les modifications cartilagineuses suivantes :

1. Cartilage thyroïde. — La moitié supérieure (ou les 3 /4 supérieurs) des ailes thyroïdiennes, comprend des zones ossifiées ou cartilagineuses plus où moins caleifiées, inégalement réparties. Fréquemment, deux larges plaques arrondies, l’une antérieure, l’autre postérieure ou moyenne, non calcifiées, sont séparées par une bande verticale très calcifiée.

La moitié inférieure (ou le 1 /3 inférieur) des ailes thyroïdiennes est généralement complètement ossifié avec des zones de calcification inégalement réparties.

L’angle thyroïdien dans sa portion inférieure, est toujours le siège d’une calcification très prononcée qui s’étend aux portions adjacentes des ailes.

2. Epiglotte. — L’épiglotte formée d’une lamelle de cartilage élastique, n’est Jamais ossifiée, et nous n’avons observé de phénomène de calcification à peine ébauchée que dans un seul cas d’envahissement néoplasique.

3. Aryiénoides. — La moitié postéro-inférieure des aryténoïdes est toujours ossifiée mais dans l’ensemble, les aryténoïdes semblent résister presque complètement aux poussées de calcification.

4. Cricoide. — Le bord supérieur de l’anneau est fréquemment ossifié. La moitié supérieure et le bord postérieur du chaton le sont également.

Le bord postérieur du chaton est généralement fortement calcifié.

Voici, en quelque sorte, une règle moyenne de la disposition des poussées de calcification et d’ossification dans la charpente cartilagineuse du larynx normal. Mais ces

poussées ne paraissent suivre aucune loi de formation régulière. Par ailleurs, elles peuvent envahir en totalité une pièce du squelette laryngée et respecter la voisine. Ainsi est-il fréquent de voir un thyroïde complètement ossifié, alors que le cricoïde reste en partie cartilagineux ou à peine calcifié. L’inverse est possible mais beaucoup plus rare.

B) LE SQUELETTE CARTILAGINEUX PARTIELLEMENT OSSIFIÉ ET CALCIFIÉ EST-IL LE SIÈGE DE MODIFICATIONS NOUVELLES OÙ PARTICULIÈRES LORSQU'IL SUBIT UN ENVAHISSEMENT NÉOPLASIQUE ?

Cette étude est très difficile étant donné l’irrégularité même de répartition normale de ces zones calcifiées ou ossifiées.

De l’examen d’un très grand nombre de coupes à ce sujet, on ne peut tirer de conclusions générales.

Dans certains cas, le cartilage paraît se laisser progressivement détruire, sans manifester la moindre réaction morphologique ou teinctoriale.

Dans d’autres, au contraire, il paraît subir une poussée de calcification beaucoup plus prononcée au contact du néoplasme qui l’érode. Souvent même, cette tendance à l'hypercalcification se manifeste alors que le cartilage n’est pas atteint et que le cancer n’est qu’à son contact séparé de lui par le périchondre.

Simon considère cette surcharge calcique comme un trouble de nutrition du cartilage dû à la présence des foyers néoplasiques au contact du périchondre.

Plus le cartilage comprend de fibres élastiques, plus 1l résiste à ces poussées de calcification (Turcæini).

Nous avons vérifié le fait sur l’épiglotte et les aryténoïdes particulièrement riches en fibres élastiques, et complètement réfractaires à la calcification.

La destruction cartilagineuse semble généralement se faire de proche en proche sans qu'il soit possible de surprendre son mécanisme. TErRacoL et GUIBERT, à propos d’un cas d’épithélioma de la corde vocale avec envahisse-

ment de l’aryténoïde, décrivent des éléments inflammatoires réactionnels qui feraient le lit du cancer. Devançant le néoplasme, ils pénétreraient dans les chondroblastes et désorganiseraient par leur action protéolytique, à la fois le protoplasme, les chondroblastes et la substance fondamentale. Risserrt admet que les cellules néoplasiques qui atteignent le périchondre, modifient ses éléments figurés, se substituent à lui, en même temps que prend naissance une infiltration de cellules rondes. Ce sont ces dernières qui s’attaqueraient au cartilage et prépareraient l'entrée du néoplasme.

Nous n'avons pas pu, malgré un très grand nombre de coupes, mettre ce fait en évidence.

En résumé, tout ce qu'il est possible d’affirmer est ceci :

1. — En ce qui concerne les cartilages thyroïde et cricoïde :

Le cartilage situé en contact avec une zone néoplasique ou envahi par la tumeur est particulièrement apte à subir un processus de calcification. Plus ces cartilages sont ossifiés, plus l’envahissement est rapide lorsque le néoplasme commence à les atteindre.

2. — En ce qui concerne les cartilages épiglottique et aryténoïdes

Ces cartilages paraissent se laisser progressivement détruire sans la moindre réaction.

Quant au périchondre (périchondre interne), si dans certains cas il nous a paru s’épaissir en regard de la zone néoplasique, dans d’autres cas, au contraire, 1l n’était le siège d'aucune modification et se laissait très facilement envahir. Le seul fait qui nous ait paru assez net est la résistance très grande du périchondre externe, lorsqu'un cartilage (thyroïde ou ericoïde) est complètement envahi. Ce dermer point peut avoir un certain intérêt du point de vue chi-

rurgical.

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