LA PRÉDICATION APOSTOLIQUE
Fortunatus et Achaïcus sont les premiers chrétiens de l'Achaïe (I Cor., XVI, 15) ; à l'heure où ils se convertirent, Silas et Timothée n'étaient pas encore revenus le rejoindre (Act, XVIII, 5), et il fallait bien que le baptême leur fût conféré par quelqu'un. « Ainsi nul ne pourra prétendre, conclut l'Apôtre, que son baptême est le mien. Et c'est le baptême qui fait le chrétien, et définit à quelle vie il appartient désormais. Le Seigneur m'a donné pour mission, non d'administrer le baptême, mais de prêcher : Ut portet nomen meum coram gentibus, et regibus, et filiis Israël. » (Act., IX, 15).
i^b ... non in sapientia verbi, ut non evacuetur crux Christi. is Verbum enim crucis pereuntibus quidem stultitia est ; iis autem, qui salvi fiunt, id est nobis, Dei virtus est. , 19 Scriptum est enim : Perdam sapientiam sapientium, et prudentiam prudentium reprobabo. 20 f/^/ sapiens ? ubi scriba ? ubi conquisitor hujus saeculi ? Nonne stultam fecit Deus sapientiam hujus mundi ? 21 Nam quia in Dei sapientia non cognovit mundus per sapientiam Deum : plaçait Deo per stultitiam praedicationis salvos facere credentes. 22 Quoniam et Judaei signa petunt, et Graeci sapientiam quaerunt : 23 nos autem praedicamus Christum crucifixum ; Judaeis quidem scandalum, Gentibus autem stultitiam, 24 ipsis autem vocatis Judaeis, atque Graecis, Christum Dei virtutem, et Dei sapientiam : 25 quia quod stultum est Dei, sapientius est hominibus ; et quod infirmum est Dei, fortius est hominibus. 26 Videte enim vocationem vestram, patres, quia non multi sapientes secundum carnem, non multi patentes, non multi nobiles ;
27 sed quae stulta sunt mundi elegit Deus, ut confundat sapientes ; et infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia ;
28 et ignobilia mundi, et contem.ptibilia elegit Deus, et ea, quae non sunt, ut ea quae sunt destrueret ; 29 ut non glorietur omnis caro in conspectu ejus. ^f> Ex ipso autem vos estis in Christo Jesu, qui factus est nobis sapientia a Deo, et justitia, et sanctificatio, et redemptio ; 3i ut quemadmodem scriptum est : Qui gloriatur, in Domino glorietur.
C'est par un procédé sommaire que l'Apôtre écarte ici ces mesquines divisions, nées de l'engouement pour tel ou tel prédicateur. Il se réserve d'en dévoiler plus tard (III, 4) la racine et l'infirmité secrète.
Tout l'ensemble où nous entrons maintenant jusqu'au chapitre III, a pour dessein de justifier le caractère de la prédication de saint Paul, et de définir en même temps ce que doit être la prédication évangélique en général. Pour le bien entendre, rappelons-nous qu'Apollos a parlé à Corinthe après saint Paul. Apollos était un Alexandrin, un lettré ; il était éloquent, versé dans la Sainte Ecriture ; sa parole était relevée de toutes les finesses alexandrines, nuancée de toutes les souplesses de l'allégorie. Il avait eu grand succès auprès de l'intelligence grecque ; et lorsque l'Apôtre se disait envoyé de Dieu, non pour administrer le baptême, mais pour enseigner la doctrine, les adeptes d'Apollos lui répondaient tout bas, sans doute, par une comparaison où Apollos avait tout l'avantage : la parole d'Apollos, se disaient-ils, est plus large, plus éloquente, plus nombreuse, et semée de jolies pensées qui nous ravissent. Aussi saint Paul est-il entraîné à discuter ce parallèle, non pour s'élever lui-même, mais pour déterminer à jamais les lois de la prédication. Il a parlé, il parle sans recherche, sans habileté humaine, afin de réserver à la seule croix du Seigneur toute sa divine efficacité.
Il est impossible d'entrer dans l'exposé de cette doctrine apostolique sans inviter le lecteur à lire, avec le premier point du Panégyrique de Bossuet sur saint Paul et ses glorieuses faiblesses, le chapitre XVIII de Tertullien en son, traité De Idololatria. Tous deux se sont plu à marquer le parti pris manifeste de l'humilité du Seigneur, dans son Incarnation et la prédication de son Evangile. Qaales et quanti eum fasces producerent, a dit le grand Africain, qualis purpura de hameris ejus floreret, quale aurum de capite radiaret, nisl glor'iam saeculi alienam et sibi et suis judicasset ! Igitur quae noluit, rejecit ; quae rejecit, damnavit ; quae damnavit, in pompa diaboli deputavit. Ce n'est pas la gloire que le Sei-