‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 106 sur 663 · LA SAGESSE SURNATURELLE · texte numérisé non relu

LA SAGESSE SURNATURELLE

données entre elles ; une conviction assurée et joyeuse. Mais l'ensemble des vérités qui la constituent n'est livré qu'en secret et à bon escient (loquimur in mysterio, II, 7), à ceuxlà seulement qui en sont capables ; c'est la sagesse cachée de Dieu, c'est le mystère du Christ dont l'Apôtre parlera en son temps, dans l'éprtre aux Ephésiens, c'est tout le grand programme qui, dès l'éternité, a été concerté dans le conseil de Dieu pour la gloire de la famille humaine, unie au Christ et vivant de sa vie. L'Apôtre ne fait ici que soulever un peu le voile.

Mais cette sagesse est ignorée du monde ; cet éternel conseil de Dieu, les sages et les puissants du monde, Juifs et. Gentils n'en ont rien su. S'ils l'avaient connu, s'ils l'avaient pressenti seulement, ils n'eussent pas infhgé au Seigneur de toute gloire le supplice infamant de la croix. « Je sais, disait aussi saint Pierre, que ce que vous avez fait, vous l'avez fait par ignorance, et vos chefs avec vous » (Act,, III, 17).

Le mystère du Christ, un instant évoqué devant la pensée de l'Apôtre, et embrassé dans sa pleine réalisation, amène sur ses lèvres les paroles d'Isaïe (LXIV, 4) : « L'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a pas entendu, son cœur n'a jamais deviné ce que le Seigneur a préparé pour ceux qui l'aiment. » Ce sont choses étrangères à la pensée des incroyants, voilées même aux yeux des chrétiens ; mais à nous, apôtres, à moi Paul (Eph., III, 1-12), Dieu a révélé son secret, sa pensée profonde, afin de les dire par nous aux parfaits, à- ceux que leur vie rend dignes et capables de l'entendre. Cette révélation nous a été donnée par l'Esprit de Dieu. Cet esprit de Dieu qui nous parle n'ignore rien ni des œuvres de Dieu, ni de ses pensées, ni même de ses profondeurs les plus secrètes. Il en est pour Dieu comme pour l'homme lui-même. On a prétendu que l'homme ne se voit pas ; on peut prétendre avec autant de vérité que ceux qui nous entourent ne savent rien de nous. Notre vie intérieure, bien plus que la vie privée, est murée. Ce que je pense dans ie secret, et dans l'ordre de mes intentions, nul ne le sait que

moi. De même l'Esprit de Dieu connaît seul les secrets de Dieu. Dès lors que nul ne s'étonne ni de notre prédication, ni des formes de notre prédication !

« Tout ce que nous disons, et le mode même de notre enseignement nous vient de cet Esprit ; en effet, ce n'est pas l'esprit du monde et du siècle que nous avons reçu : alors nous penserions et nous parlerions comme le siècle ; mais c'est l'Esprit de Dieu qui est venu nous enseigner les bienfaits de Dieu, et nous les fait dire au monde, non avec les discours de la sagesse humaine, mais avec les procédés qui nous sont enseignés par ce même Esprit. C'est ainsi que nous donnons à un enseignement spirituel les formes qui lui conviennent, qui lui sont adaptées, car elles sont spirituelles aussi. » (verset 13). Peut-être les versets qui suivent se prêteraient-ils mieux à un autre sens ; splritualibus spiritualia comparantes signifierait alors que l'Apôtre ne donne le festin spirituel de la sagesse qu'à ceux qui sont spirituels eux-mêmes, et que leur vie y a préparés.

Le Seigneur avait dit déjà, avec une énergie extrême : Nolite dare sanetum canibus (Matth., VII, 6). Voulant expliquer la sage mesure qui lui fait réserver aux seuls spirituels les vérités plus hautes de la religion, saint Paul enseigne que ce serait peine perdue de parler sans ce sage discernement, et livrer à des intelligences trop faibles des enseignements trop élevés pour elles. «Que voulez-vous? dit-il en préparant la sévère leçon du chapitre suivant, l'homme animal, — c'est-à-dire, au sens du grec et du latin, celui qui est encore prisonnier de ses tendances naturelles, incliné vers le créé, captif de son égoïsme, — ne saurait accueillir dignement la doctrine supérieure de l'Esprit de Dieu. » C'est folie pour lui, il est incapable de comprendre. Irons-nous parler de la Trinité, du mystère du Christ, des -richesses de la vie surnaturelle, du sacerdoce du Christ à une pensée non débrouillée encore ? Ce n'est qu'à l'aide de l'Esprit que tout cela est vraiment accueilli ; c'est notre vie même et la dignité de notre vie qui nous permettent de comprendre cet enseignement.

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