LA SAGESSE SURNATURELLE
L'homme spirituel, lui, a ce privilège de tout accueillir, de tout comprendre ; il est pleinement sous l'influence de l'Esprit, guidé et éclairé par lui, apte dès lors à faire le discernement dont l'Apôtre a déjà parlé aux Thessaloniciens (I Thess., V, 19, 20, 21). Il est au vrai point de vue de la vie surnaturelle, et juge selon la lumière de Dieu. C'est à lui que l'on demandera de prononcer, non sur une théorie scientifique ou la réalité d'un fait d'histoire, mais sur les questions doctrinales et pratiques dans leur rapport avec Dieu et le salut. Il est ce sage dont a parlé la philosophie, qui porte la loi en lui, et devient, par sa vertu, la règle des actions d' autrui : Virtuosus est mensura bonarum actionum. En retour et pour la même raison, il n'est jugé par aucun; c'est-à-dire que l'homme qui n'est pas spirituel n'a point de qualité pour le juger. Non pas, l'apôtre saint Paul nous l'apprendra lui-même, — que, devenu spirituel, le chrétien soit exempt de tout contrôle et soustrait à toute autorité (IV, 4 ; XIV, 32) ; mais la qualité de spirituel étant en nous la communication de l'Esprit de Dieu, le spirituel échappe par là même au jugement et à l'appréciation d'une pensée inférieure et toute humaine. Ce sont principes généraux qui servent à définir la condition de l'Apôtre auprès des Corinthiens. Il récuse leur jugement, pour cause d'incompétence. C'est son privilège de spirituel. Pour avoir titre à prononcer sur lui qui appartient à Dieu et ne relève que de l'auteur de sa vocation, il faudrait avoir autorité sur l'Esprit de Dieu, et lui avoir inspiré sa pensée. « Se rencontre-t-il à Corinthe, demande l'Apôtre avec l'accent d'Isaïe (XL, 13), quelqu'un qui ait barre sur Dieu ? Quant à nous, dit-il, nous avons reçu l'Esprit du Christ et connaissons sa pensée. » L'Apôtre est un ambassadeur autorisé, il parle au nom de Dieu avec les procédés qui lui sont inspirés de Dieu, conformes à la pensée maîtresse de l'Evangile ; les Corinthiens ne sauraient être ses juges.
ROLE DE l'ouvrier ÉVANGÉLIQUE
^ Et ego, fratres, non potui vobis loqui quasi spiritualibus, sed quasi carnalibus. Tamquam parvulis in Christo, 2 lac vobis potum dedi, non escam ; nondum enim poteratis ; sed nec nunc quidem potestis : adhuc enim carnales estis. 3 Cum enim sit inter vos zelus, et contentio ; nonne carnales estis, et secundum hominem ambulatis ? * Cum enim quis dicat : Ego quidem sum Pauli ; alius autem : Ego Apollo ; nonne homines estis ? 5 Quid igitur est Apollo ? quid vero Paulus ? Ministri ejus, cui credidistis, et unicuique sicut Dominus dédit. ^ Ego plantavi, Apollo rigavit, sed Deus incrementum dédit. 7 Itaque neque qui plantât est aliquid, neque qui rigat : sed qui incrementum dat, Deus. s Qui autem plantât, et qui rigat, ■ unum sunt. Unusquisque autem propriam mercedem accipiet secundum suum laborem.
La pensée de l'Apôtre se précise : il est deux formes de sagesse. Il existe une sagesse selon le siècle qu'il a écartée de sa prédication, parce que le Seigneur lui-même l'a dédaignée et exclue. Il existe une sagesse de Dieu, mais l'Apotre ne l'enseigne que lorsqu'il le juge opportun. Pourquoi ne l'a-t-il pas exposée à Corinthe ? A ce reproche saint Paul vient de répondre en déclinant la compétence des Corinthiens, et en réclamant de n'être jugé que par ses pairs. Il accentue maintenant la leçon et ne dissimule rien du motif qui a guidé sa prédication. Il n'a pas proposé aux Corinthiens les mystères de la sagesse surnaturelle ; comment l'eûtil fait ? On ne parle de sagesse qu'aux sages, et de perfection qu'aux parfaits. Comment eût-il pu parler comme à des spirituels et à des chrétiens pleinement livrés à l'Esprit de Dieu, alors que ses auditeurs étaient néophytes, enfants nés d'hier dans le Christ, et tout charnels encore ? N'établisrsons entre le 6uyt,xô; du chapitre précédent et le (ràp/.t.voç de
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celui-ci aucune différence, si ce n'est que le psychique désigne un état et des dispositions, le charnel l'abandon réel, la condescendance pratique à ces mêmes dispositions. C'est donc à raison de leur faiblesse que l'Apôtre leur a donné le lait d'une doctrine élémentaire, et non pas une nourriture solide qu'ils n'auraient pu supporter alors. Hélas ! ils ne le peuvent même pas aujourd'hui ; aujourd'hui encore ils sont chétifs et charnels. Et l'indice en est fort visible. S'ils étaient spirituels, aujourd'hui du moins après quatre ans de christianisme, ils vivraient sous l'influence de l'Esprit, ils auraient échappé à l'égoïsme et à ses suggestions, ils n'obéiraient qu'aux directions de la charité, ils appartiendraient pleinement au Christ. .
L'Apôtre nous donnera dans l'épître aux Galates (V, 19-25) rénumération très complète des œuvres de la chair et des fruits de l'Esprit. Mais puisque Corinthe est encore en proie aux jalousies, aux contestations, aux rivalités, n'est-ce point la preuve que les chrétiens y sont demeurés enfants, charnels, guidés non par les dispositions du Christ, mais par les mœurs du premier Adam ? (Jac, IV, 1, 2, 3). Saint Paul s'est maintenu jusqu'ici dans la défensive ; l'attitude offensive commence. A ceux qui évoquent à leur tribunal les prédicateurs de l'Evangile, l'Apôtre rappelle ce que sont les ministres évangéliques (4-9), devant qui ils sont responsables (10-23), de qui ils sont justiciables (c. IV). Sans doute les judaïsants sont peu nombreux à Corinthe, ils n'ont pas eu le loisir de développer toute leur oppfosition : le parti qui se réclame de Céphas ou Pierre n'est qu'une infime minorité ; peut-être aussi, par un sentiment de courtoisie et de déférence envers le chef des apôtres, saint Paul sans l'exclure, limite-t-il ses observations aux deux seuls partis qui se réclament de lui et d'Apollos.
« Vous n'êtes point encore sortis de l'ordre humain, leur dit-il, et c'est un reste d'égoïsme qui est cause parmi vous de vos sottes rivalités. La charité et la vie du Seigneur en vous les eussent effacées. Dire en effet : Moi, je suis de Paul, moi, je suis d'Apollos, comme tout cela est humain ! Que
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sont donc Apollos et Paul ? Sont-ce des chefs de parti ? Non, ce sont simplement des serviteurs, j'allais dire des organes par qui vous avez été amenés à la foi ( oiàxovot. 8i' «v èTzi(sie\jcia.xz dit le grec) ; et à chacun de ces serviteurs le Seigneur a assigné sa part d'action et sa fonction propre. Il a donné à Paul de planter, c'est lui qui a annoncé, le premier l'Evangile à Corinthe ; il a donné à Apollos d'arroser ; mais c'est Dieu qui assure l'efficacité au travail de l'un et au travail de l'autre. La mission vient de Dieu, le succès de la mission vient aussi de Dieu. » .
Au point de vue du fruit surnaturel de leur prédication, Paul et Apollos ne sont vraiment rien, et si l'on isole leur action de la mission qui leur a été donnée, de la bénédiction divine qui leur a été accordée, ils n'ont rien fait. Dieu seul est, et Dieu seul agit, puisque Dieu seul donne d'agir ; sous sa main, celui qui plante et celui qui arrose sont au même rang puisqu'ils ont tout reçu de Dieu. Ils n'ont tous deux qu'une activité puisée à la même source, ordonnée à la même fin. Comme ils sont serviteurs de Dieu, c'est aussi de Dieu qu'ils recevront leur salaire, selon le travail qu'ils auront fourni.
9 Dei enim sumus adjutores ; Dei agricultura esfis, Dei aedificatlo estis. lo Secundum gratiam Dei, quae data est mihi, uf sapiens architectas fundamentum posai ; alius autem saperaedificat. Unusqaisque autem videat quomodo superaedificet. n Fundamentum enim aliud nemo potest ponere praeter id quod positum est, quod est Christus Jésus. 12 Si quis autem saperaedificat super fundamentum hoc, aurum, argentum, lapides pretiosos, ligna, foenum, stipulam, i3 uniuscujusque opiis manifestum erit. Dies enim Domini declarabit, quia in igné revelabitur ; et uniuscujusque opus quale sit, ignis probabit. ^^ Si eu jus opus manserit quod super aedificavit, mercedem accipiet. is 5/ cufus opus arserit, detrimentum patietur ; ipse autem salvus erit ; sic tamen quasi per Jgnem. ^Q Nescitis quia templum Dei estis, et Spiritus Dei