LA VRAIE SAGESSE
présaille à exercer contre lui, à raison des matériaux inférieurs apportés par lui ; à raison des dispositions personnelles moins élevées qui l'auront gmdé dans son travail. Car on n'édifie avec des matériaux chétifs, doctrines humaines, agréables mais étrangères à la foi, qu'en se laissant guider par des vues personnelles et une secrète recherche de soi ; on ne fait montre de philosophie et d'éloquence que pour briller.
Et encore bien qu'en tout ceci il soit question de l'ouvrier évangélique qui bâtit, le chrétien ne saurait se désintéresser ; en effet, la vie du fidèle est assurée lorsque le prédicateur accomplit tout son devoir. « Et le temple de Dieu, c'est vousmêmes ; vous êtes le sanctuaire vivant où habite l'Esprit de. Dieu. »
Malgré l'énergie singulière des termes employés par l'Apôtre en la première partie de ce verset, il me semble beaucoup plus probable que sa pensée est celle-ci : Dieu traitera l'ouvrier évangélique, comme l'ouvrier aura traité le temple de Dieu. Ce n'est pas impunément qu'il aura profané l'âme fidèle par un alliage, avec sa foi, de doctrines^ étrangères à la foi.
Et l'Apôtre revient une fois encore à cette affirmation si considérable, qu'il mettra dans la suite en pleine lumière (VI, 15-20) : « le temple de Dieu, le sanctuaire consacré que vous êtes, est saint et digne de tout respect. » Le vrai temple de Dieu est l'âme humaine, un temple qui aime, un temple qui adore, un temple qui a conscience du Dieu qui séjourne en lui,
La conclusion de ce grave enseignement devra être recueillie par les docteurs et les fidèles ensemble. Corinthe était fière de sa science, et Apollos n'était pas seul, sans doute, à dogmatiser. Le chapitre VIII et le chapitre XIV nous montreront l'ivresse doctrinale qui régnait dans la jeune communauté. « Que nul ne s'égare, dit saint Paul, ni parmi les docteurs, ni parmi ceux qui les écoutent. Si l'un ou l'autre de ces docteurs se croit sage selon le siècle, sage de cette sagesse dont le Seigneur n'a pas voulu, qu'il y renonce ; et.
y renonçant, devienne insensé pour être vraiment sage de la sagesse de Dieu. C'est le meilleur emploi qu'il puisse faire de sa sagesse, l'abandonner pour la folie de la croix et la folie de Dieu. En effet, si le monde, ne pouvant atteindre aux œuvres de Dieu, les regarde comme folie ; à son tour Dieu ne regarde que comme folie toute la sagesse du monde. Il le dit en Job, V, 13, au discours d'Eliphaz. « J'emprisonnerai les sages dans leur habileté même, qui, au lieu de leur être un moyen, leur sera un obstacle. » Et ailleurs au Psaume XCIII, 11 : « Dieu sait la vanité des pensées et des combinaisons des sages. »
Il ne reste donc aucun titre aux sages selon le monde pour se glorifier en eux-mêmes, ni aucun prétexte aux chrétiens pour se glorifier d'appartenir à l'un ou à l'autre des docteurs. Se réclamer des hommes, quels qu'ils soient, c'est renverser l'ordre des rapports, et brouiller, comme on pourrait dire, la hiérarchie réelle des valeurs. Ne dites plus : Je suis de Paul. — Je suis d'Apollos. — Je suis de Céphas. Vous n'êtes à nulle personne créée. Loin de là, tout est à vous, tout doit vous servir, tout vous appartient. Paul, Apollos, Céphas, le monde naturel, la vie et la mort, les deux pôles des choses, et tout ce qu'ils embrassent, les biens du présent, les biens de l'avenir éternel, tout est vôtre et constitue votre richesse chrétienne ; vous n'êtes, vous, qu'au Christ, comme le Christ est à Dieu (I, 12).