‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 112 sur 663 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

l'incestueux de corinthe. une fausse concepton de la

liberté chrétienne

1 Omnino auditur inter vos fornicatio, et talis fornicatio, qualis nec inter génies, ita ut uxorem patris sui aliquis habeat. 2 Et vos inflati estis, et non magis liictum habuistis, ut tollatur de medio vestrum, qui hoc opus fecit ? 3 Ego quidem absens corpore, praesens autem spiritu, jam judicavi ut praesens eum, qui sic operatus est. ^ In nomine Domini nostri jesu Christi congregatis vobis et meo spiritu, cum virtute Domini nostri Jesu, s tradere hujusmodi satanae in interitum carnis ut spiritus salvus sit in die Domini nostri Jesu Christi. ^Non est bona gloriatio vestra. Nescitis quia modicum fermentum totam massam corrumpit ? 7 Expurgate vêtus fermentum, ut sitis nova conspersio, sicut estis azymi. Etenim pascha nostrum immolatus est Christus. s Itaque epulemur non in fermenta veteri, neque in fermenta malitiae et nequitiae, sed in azymis sinceritatis et veritatis.

Les entretiens de saint Paul avec les députés de Corinthe (XVI, 15, 17), et avec les gens de la maison de Chloé (I, 11), lui ont appris de quelles dissensions l'Eglise était désolée, comme aussi les désordres et immoralités qui menaçaient le bon renom de la communauté chrétienne. Le seul nom de Corinthe était synonyme de dissolution et de dérèglement ; et en l'absence d'un pouvoir fortement constitué, des chrétientés recrutées rapidement dans un milieu tout imprégné de paganisme, et d'ailleurs très enivrées de leur liberté, couraient de grands risques de perversion. Il se trouva un fait absolument scandaleux, qui fournit à l'Apôtre l'occasion de ^aire un exemple.

« Outre ces chétives et indécentes contestations que je viens de réprouver, dit saint Paul, il existe maintenant parmi vous, et je viens de l'apprendre, un cas de fornication révoltant, tel qu'on en rougirait même chez les païens. » Observons que le terme -reopveta ou fornication est souvent chez l'Apôtre un terme générique, enveloppant toute luxure ; le caractère spécial en est déterminé ici et dans la deuxième lettre, VII, 11-12. C'était le cas proscrit par la loi de Moïse (Lev., XVIII, 8 ; XX, 11 ; Deut, XXII, 30). Après le divorce de son père, un chrétien avait reçu chez lui la femme divorcée, et vivait incestueusement avec elle ; ni le père, ni la femme n'étaient chrétiens. Or, les païens eux-mêmes avaient horreur de ces unions incestueuses, et à plusieurs reprises Cicéron en parle avec la même sévérité que l'Apôtre.

Sans doute, les Corinthiens n'ont pas applaudi ; c'eût été chose inouïe. Ils n'ont pas considéré ce crime comme un fruit naturel de la liberté chrétienne. Non ; mais, emportés qu'ils étaient par l'ivresse de l'orgueil et de la discussion, ils ne se sont pas émus du scandale, ils n'ont pas pris le loisir de regarder à ce qui n'était pour eux qu'un détail insignifiant, un simple fait divers. « Il y avait mieux à faire, dit l'Apôtre ; et l'indifférence même, en l'espèce, était coupable ; le devoir était de s'attrister, de pleurer comme on pleure sur un mort, et d'expulser de votre sein, le coupable, s'il ne venait à se repentir. » Déjà dans la Deuxième aux Thessaloniciens, III, 14, 15, l'Apôtre avait donné ce mot d'ordre de rompre la communion avec les chrétiens rebelles. Mais si Corinthe est inattentive à de telles énormités, l'Apôtre n'a pas, lui, les mêmes facultés de désintéressement. Absent de corps, il se transporte en esprit à Corinthe, et là, comme s'il y était corporellement présent, entouré de la communauté chrétienne, le tribunal étant ainsi constitué par la réunion de tous, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'il représente, avec l'autorité du Seigneur, pour donner l'efficacité à sa sentence, il a résolu et décrété de livrer le coupable à Satan, pour le châtiment et au besoin la perte de son corps, afin que son

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