‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 113 sur 663 · EXCOMMUNICATION DU COUPABLE · texte numérisé non relu

EXCOMMUNICATION DU COUPABLE

âme baptisée soit sauvée, elle du moins, au jour du Seigneur.

Le .pouvoir de vindication donné par le Seigneur à son Eglise s'exerce ici avec plus de solennité qu'il n'a fait à propos d'Ananie et Saphire, à propos de Simon le magicien. C'est une vraie sentence d'excommunication, telle que la société religieuse et la société. civile l'ont comprise et appliquée dans toute l'antiquité. Nous disons : la société civile, parce qu'elle n'a pas ignoré l'excommunication. Sans parler, en effet, de la peine de mort, rappelons-nous que dans les époques de barbarie et de vie nomade, alors qu'il n'y avait de sécurité pour la vie de chacun qu'à la condition d'appartenir à un clan, à un groupe social puissant de qui il pût se réclamer, l'individu courait toutes les chances et était exposé à tous les périls, s'il n'avait recours à l'ensemble dont il était membre et partie. Même après sa séparation d'avec Abraham, Lot bénéficia encore de son union avec lui ; la main d'Abraham et des trois cent dix-huit braves l'arracha au vainqueur de Sodome (Gen., XIV). C'est en vertu du même principe de solidarité du clan que Sichem subit sa peine pour avoir enlevé Dina (Gen., XXXIV). Autant il était avantageux de posséder cette garantie sociale, même à un titre inférieur, de familier ou d'esclave ; autant cesser d'appartenir à cette communauté pour être libre et seul au monde, devenait périlleux pour l'individu. La liberté, un peu de pain et une outre pleine d'eau pour s'engager dans le désert de Bersabée, c'était pour Agar et Ismaël un fort mince cadeau ; c'était pour l'esclave congédiée la chance d'être livrée impunément à la violence du premier venu (Gen., XXI). Qu'on nous pardonne ces longueurs ; remarquons néanmoins encore que le besoin d'appartenir à une tribu, un clan, une famille est à ce point dans les mœurs antiques, qu'à l'âge de quatre-vingts ans, après un séjour de quarante ans chez les Madianites, Moïse fait de vraies soumissions à son beau-père avant de sortir de cette tribu où il était entré par son mariage (Ex., IV, 18).

Mais cette condition, dans la société civile, n'est que le symbole de la communion instituée par Dieu dans la société

religieuse, où le lien de solidarité est plus étroit. Là non plus, le salut n'est assuré à celui qui est seul. On ne se sauve que dans un milieu social et à condition de lui appartenir.

La Synagogue n'a pas ignoré l'excommunication : nous le voyons en saint Jean (IX, 22, et XVI, 2). Aussi longtemps que le Juif ou le prosélyte agrégé au peuple de Dieu conservait intact ce lien vital, il faisait partie de la race élue, il avait un titre aux bienfaits de Dieu, il pouvait se réclamer, auprès de Dieu même, de son union avec le sang des patriarches : dilecti propter patres, écrira saint Paul ; une fois retranché de ce corps social, il perdait ses titres à la protection divine, il était abandonné aux puissances ennemies et livré à leurs audaces. N'étant plus chez Dieu, il était chez le diable et en sa juridiction. N'étant plus dans la société bénie, il était relégué dans la société maudite. Il était en la situation de cette chrétienne qui s'était rendue à un spectacle païen et en revint possédée ; l'exorciste reprochant durement à l'esprit impur d'avoir osé s'attaquer à une chrétienne, il en reçut cette réponse : « J'en avais le droit, je l'ai trouvée chez moi : Justissime feci, in meo eam inveni. » (Tertullien, De SpectacuUs, XXVI). Le châtiment n'était pas toujours celui d'Ananie et de Saphire ; mais l'excommunié passait néanmoins, et par sa faute, sous la main redoutable de son vainqueur. Il courait des risques dans son corps ; la souffrance, du moins, pourrait le ramener à Dieu, l'âme serait sauvée, et l'excommunicaliorL demeurait ainsi une mesure médicinale, ordonnée vers la guérison. Nous aurons en effet l'occasion de voir dans la Deuxième aux Corinthiens, que la sévérité de saint Paul produisit de bons et salutaires résultats.

Combien il était hors de saison de s'enfler et de se glorifier, pendant que la communauté portait en elle un tel scandale ! Corinthe pouvait prétexter sans doute que ce n'était après tout qu'une exception, et que le reste était intact. Mais cette excuse, si elle a osé se produire, ne satisfait point l'Apôtre ; il n'ignore pas qu'une communauté peut être parfois enveloppée tout entière dans la faute d'un seul ; il se souvient

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