LES PAINS AZYMES
que tout Israël a été humilié et battu autrefois parce qu'un soldat s'était adjugé une part insignifiante du butin de la ville maudite (Josue, VII). En dehors même du châtiment ainsi provoqué par la faute, il redoute l'action perfide qu'exerce autour d'elle une faute scandaleuse qui n'est pas fortement réprimée ; le mal impuni perd bientôt de son horreur, et il suffit, selon le proverbe aimé de l'Apôtre (Gai., V, 9), d'un peu de mauvais levain pour infecter la masse entière préparée pour la cuisson.
Nous sera-t-il permis, à titre de simple conjecture, de supposer que la lettre où l'Apôtre se propose de demeurer à Ephèse jusqu'à la Pentecôte, a été dictée vers Pâques, et qu'il a trouvé la matière de son exhortation dans la fête liturgique qui se célébrait à l'heure même ? La solennité des chrétiens coïncidait alors comme date avec celle des Juifs. Un détail du rituel juif s'offrait de lui-même à la pensée de saint Paul pour appuyer et illustrer sa réprimande. Lorsque les Juifs avaient, sous la pression de l'Ange exterminateur, obtenu de sortir de l'Egypte, leur départ avait été si précipité, qu'ils n'emportèrent avec eux, comme vivres de voyage, qu'une pâte qu'ils n'eurent pas le loisir de faire fermenter ; tant l'Egypte, effrayée, mettait d'empressement à les congédier. Et c'est en souvenir de ce détail que la loi relative à l'Agneau Pascal (Exod., XII, 15, 19 ; XIII, 7), prescrivait qu'il fût mangé avec du pain azyme, et que durant les sept jours de fête pascale il ne se trouvât ^.ans les m.aisansd' Israël aucun atome de pain fermenté. L'enseignement de l'Apôtre se base tout entier sur cette circonstance liturgique. Il n'est plus, maintenant, question de l'incestueux ; du moins il s'efface presque complètement de la pensée de l'Apôtre pour faire place à un enseignement plus large où sont visés tous les Corinthiens. Ils avaient gardé quelque chose de leurs dispositions humaines et charnelles (III, 3) ; que ne renoncentils à ce vieux levain de l'Egypte, eux qui sont baptisés et ont traversé les eaux qui engloutirent leurs ennemis ? Que ne consentent-ils à devenir une pâte toute nouvelle, toute
pure, sans aucun mélange d'un élément étranger, comme l'implique leur création qui les a renouvelés dans le Christ ? Car notre Agneau Pascal, l'Agneau de Dieu, le Christ a été immolé ; pour les chrétiens la fête pascale est de toute la vie. Nous la devons célébrer toujours, et, comme il convient à une fête pascale dont l'ancienne n'était qu'un symbole, non avec l'ancien levain, avec les dispositions troubles et grossières de l'homme adamique, avec le levain de la malice et de la perversité première, mais avec l'azyme de la pureté parfaite et de l'unité avec le Seigneur.
9 Scripsi vobis in epistola : Ne commisceamini fornicariis ; lo non utique fornicariis hujus mundi, aut avaris, aut rapacibus, aut idolis servientibus ; alioquin debueratis de hoc mundo exiisse. n Nunc autem scripsi vobis non commisceri ; si is qui f rater nominatur est jornicator, aut avarus, aut idolis serviens, aut maledicus, aut ebriosus, aut rapax, cum ejusmodi nec cibum sumere. 12 Quid enim mihi de iis qui foris sunt judicare ? Nonne de iis qui intus sunt, vos judicatis ? 13 Nam eos qui foris sunt, Deus judicabit. Auferte malum ex vobis ipsis.
Les derniers versets ont pour dessein de réformer une interprétation exagérée donnée à une prescription antérieure de l'Apôtre. « Je vous ai écrit, rappelle-t-il, dans une lettre : N'ayez nulle relation avec les luxurieux. » Quelle est cette lettre dont l'Apôtre nous donne un fragment ? Ce ne peut être la lettre présente, la Première aux Corinthiens, qui ne contient pas cette recommandation. Ce n'est pas davantage la seconde lettre aux Corinthiens, parce qu'elle est postérieure à celle-ci et que |e passage (II Cor., II, 9), qu'on a rapproché parfois de celui que nous étudions, n'a pas le même dessein. Serait-ce un fragment de la Deuxième aux Thessaloniciens (III, 14), qui serait venu à la connaissance dé Corinthe ? C'est aussi peu probable, et la mention des luxurieux ne s'y trouve pas. Ces exclusions successives nous contraignent à