‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 115 sur 663 · RELATIONS ENTRE CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

RELATIONS ENTRE CHRÉTIENS

supposer une lettre antérieure, aujourd'hui perdue, où l'Apôtre, très au fait des passions qui régnaient à Corinthe, s'était efforcé de défendre les fidèles contre la perversion de l'exemple. On voit aussitôt le lien qui unit cette recommandation, déjà ancienne, à l'attitude que les chrétiens devront garder envers l'excommunié. Or cette recommandation avait été, par quelques-uns, interprétée de façon universelle et comme s'opposant à toute relation avec les pécheurs et les criminels, même non-chrétiens, semés abondamment dans le monde de Corinthe : luxurieux, cupides et voleurs, ou idolâtres. « Non, dit l'Apôtre. Dans ce cas vous devriez sortir du monde, n'avoir de relation avec aucun, fuir au désert. Ma lettre avait ce sens : si un frère, baptisé et chrétien, mais de nom seulement, se laisse aller à l'impureté, à la cupidité, à des pratiques idolâtriques, à l'injure, à l'ivresse, à l'injustice ; le devoir est de rompre avec lui, et de ne pas s'asseoir à la même table que lui. De tels chrétiens déshonorent l'Eglise de Dieu. »

« Mais, poursuit-il, de juger les gens de l'extérieur et les païens, ce n'est pas mon affaire. Vous-mêmes, dans la société civile, est-ce que vous portez des sentences sur ceux qui n'appartiennent pas à votre ressort, qui ne sont 'pas soumis à votre juridiction ? Ce n'est pas à moi, c'est à Dieu qu'il appartient de les juger. Mais vous, chassez de votre sein tout chrétien pervers. »

1 Audet aliquis vestrum habens negotium adversus altemm, judicari apud iniquos, et non apud sanctos ? 2 An néscitis quoniam sancti de hoc mundo judicabunt ? Et si in vobis judicabiiur mundus, indigni esfis qui de minimis jadicetis ? 3 Nescitis quoniam angelos judicabimus ? quanto ma-

gis saecularia ? * Saecularia igitur judicia si habueritis, con~ temptibiles, qui sunt in Ecclesia, illos constituite ad judicandum. 5 Ad verecundiam vestram dico. Sic non est inter vos sapiens quisquam, qui possit judicare inter fratrem suum ? 6 Sed f rater cum fratre judicio contendit ; et hoc apud infidèles ? 7 jam quidem omnino delictum est in vobis, quod judicia habetis inter vos. Quare non magis injuriam accipitis ? Quare non magis fraudem patimini ? s Sed vos injuriam facitis, et fraudatis ; et hoc fratribus. 9 An nescitis quia iniqui regnum Dei non possidebunt ? Nolite errare : neque fornicarii, neque idolis servientes, neque adulteri, neque molles, neque masculorum concubitores, lo neque jures, neque avari, neque ebriosi, neque maledici, neque rapaces regnum Dei possidebunt. 11 Et haec quidem fuistis ; sed abluti estis, sed sanctificati estis, sed justificati estis in nomine Domini nostri fesu Christi, et in Spiritu Dei nostri.

Le chapitre VI se soude étroitement au précédent. La lecture en sera plus facile si nous le divisons en deux parties : 1-11, oij l'Apôtre s'élève contre un désordre fréquent dans la communauté de Corinthe ; 12-20, où il réforme une conception grossière de la liberté chrétienne. Les Corinthiens, nous le verrons, étaient gonflés de leur science surnaturelle ; aussi observera-t-on avec quelle fermeté l'Apôtre, au cours de ce chapitre, humilie leur vanité et leur rappelle des doctrines élémentaires qu'ils semblent ignorer : « Vous qui savez tant de choses, leur dit-il souvent, non sans une pointe d'ironie, comment ignorez-vous et cette vérité, et cette autre, et encore cette autre ? » An nescitis est six fois répété (2, 3, 9, 15, 16, 19), pour leur complète confusion (VII, 1, 2, 3, 4).

Il est naturel de penser que les derniers versets du chapitre V, 12, 13, ont appelé la doctrine du chapitre VI, 1-9.

L'Apôtre s'est refusé de prononcer sur des hommes qui ne sont pas de son ressort, et de qui les fautes échappent par conséquent à son tribunal. Ce lui est une transition pour réprouver avec indignation une pratique familière aux Corin-

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