‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 116 sur 663 · RELATIONS ENTRE CHRÉTIENS 3G · texte numérisé non relu

RELATIONS ENTRE CHRÉTIENS 3G

thiens. L'Apôtre se récuse, lui, lorsqu'il s'agit des païens ; comment les païens ont-ils qualité pour juger des chrétiens ? N'est-ce pas une honte pour l'Eglise qu'un fidèle, un baptisé, lorsqu'il a un différend avec son frère, au lieu de transiger, ou dé remettre la question à l'arbitrage pacifique de l'Eglise, porte ce différend à la connaissance des juges païens qui ignorent Dieu ? « N'est-ce pas là oubher jusqu'à notre titre de chrétien, et démentir la pensée de Dieu ? Ignorez-vous donc que selon la doctrine de votre baptême, les saints, les fidèles jugeront un jour le monde et prononceront sur lui ; non seulement en ce sens qu'ils sont l'Evangile en action et que leur exemple rendra inexcusables ceux qui se seront dérobés à Dieu ; mais parce que le privilège des apôtres leur sera communiqué (Matth., XIX, 28), parce qu'ils seront les assesseurs du Christ en son jugement ? (cf. saint Thomas, Sum. TheoL, Supplém., quaest. LXXXIX). Et vous qui jugerez le monde, comment n'auriez-vous pas qualité pour arbitrer ces misérables affaires ? Les anges eux-mêmes, les mauvais anges, de qui la rébellion sera condamnée par votre fidélité, les anges seront jugés par vous ; et ces minces questions ne pourraient être portées au même tribunal ? Mais lorsque s'élèvent parmi vous ces contestations insignifiantes et sans objet, prenez donc pour arbitres les plus humbles parmi les membres de l'Eglise ; les moins considérés parmi eux sont des juges très suffisants pour de tels procès. Dans une communauté si fière par ailleurs de ses lumières surnaturelles, n'est-ce pas une honte qu'il ne se trouve pas un homme assez éclairé pour départager équitablement le menu litige qui s'est élevé entre deux frères ? Non, il faut que les discussions se prolongent, s'enveniment, et finalement que la cause soit portée devant un tribunal de païens et que la vie chrétienne soit humiliée devant eux ! »

« Aussi bien, c'est déjà chose lamentable, et un vrai détriment pour la vie chrétienne qu'il y ait entre vous des contestations. Vous n'êtes plus de ce monde. Vous n'avez rien à y prétendre. Toute votre richesse est ailleurs. Plutôt que

de donner ce scandale de la division, mieux vaudrait abandonner quelque chose de votre bien. Le Seigneur nous a dit : Ego autem dico vobis, non resistere malo. Sans pousser cette indifférence jusqu'aux exagérations du Tolstoïsme, vous devriez prendre votre parti d'un amoindrissement de votre fortune, pour conserver à ce prix le bien inestimable de la charité. Mais non ; loin d'apporter en la vie ce sage désintéressement, vous usurpez les droits d'autrui, et un frère entreprend sur les biens d'un autre frère. Mais enfin (an nescitis) vous qui savez tant de choses, vous ne pouvez ignorer que ceux qui commettent l'injustice n'entreront point dans le royaume de Dieu !» Il y avait pour les Corinthiens, enflés de sagesse supérieure, péril d'oublier ce qu'il y a de plus élémentaire dans la doctrine chrétienne ; aussi, l'énumération où va entrer l'Apôtre, en leur rappelant les erreurs de pratique auxquelles ils étaient plus exposés, ne leur signale que des fautes grossières, ouvertement opposées à l'essence même de la vie chrétienne, restes tenaces et maudits de leur vie d'autrefois. « Vous ne devez pas vous méprendre, dit-il : la luxure, et les pratiques de l'idolâtrie, l'adultère, l'iijtipureté, les vices contre nature, l'injustice, la cupidité, l'ivresse, les calomnies, le larcin, rien de tout cela n'a de place au royaume de Dieu. Tout cela, c'est la multiple souillure de votre vie d'autrefois ; c'est dans cette boue que plusieurs d'entre vous ont vécu hier ; mais depuis lors vous vous êtes présentés au baptême pour vous laver de cette boue, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et dans l'Esprit de notre Dieu. Vous n'avez plus rien de commun avec les honteux penchants de jadis et ne sauriez plus, sans félonie, y retourner. » Il est impossible de définir plus nettement le caractère de la justification chrétienne ; toute la doctrine de l'épître aux Romains (III, 22 ; IV, V, VI, VII) est ici donnée en raccourci. On ne vient se laver au baptême que pour se purifier réellement, que pour être saint et consacré par l'union vitale avec Notre-Seigneur Jésus- Christ, que pour recevoir en lui toutes les richesses intérieures

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