LA FAUSSE LIBERTÉ
de la justification surnaturelle ; et il faut bien qu'il s'agisse, non de pures dénominations, mais de vraies réalités intérieures, puisqu'elles ne s'accomplissent que par notre incorporation à Notre-Seigneur Jésus-Christ et la transformation que produit en nous son Esprit, devenu le secret moteur de notre vie nouvelle.
• 12 Omnia mihi licent, sed non omnia expédiant : omnia mihi licent, sed ego sub nullius redigar potestate. is Esca ventri, et venter escis ; Deus autem, et hune, et has destmet ; corpus autem non fornicationi, sed Domino ; et Dominas corpori. i4 Deus vero et Dominum suscitavit ; et nos suscitabit per virtutem saam. is Nescitis quoniam corpora vestra membra sunt Christi ? Tollens ergo membra Christi, faciam membra meretricis ? Absit. i6 An nescitis quoniam qui adhaeret meretrici, unum corpus efficitur ? Erunt enim (inquit) duo in carne una. i7 Qui autem adhaeret Domino, unus spiritus est. is Fugite fornicationem. Omne peçcatum, quodcumque fecerit homo, extra corpus est ; qui autem fornicatur, in corpus suum peccat. i9 An nescitis quoniam membra vestra femplum sunt Spiritus sancti qui in vobis est, quem habetis a Deo, et non estis vestri ? 20 Empti enim estis pretio magna. Glorificate et portate Deum in corpore vestro.
Un programme de vie surnaturelle, impliquant pour ceux qui appartiennent à Jésus-Christ le glorieux devoir de penser, de vouloir, d'aimer et d'agir comme lui, n'était pas sans rencontrer à Corinthe des objections et des résistances. Elles ne venaient pas toutes de l'immoralité corinthienne, effrayée de l'austère devoir. Rappelons-nous que la dissolution et la luxure étaient chose vénielle dans le monde païen, qu'elles faisaient parfois partie intégrante du culte de certaines divinités, et enfin que Corinthe était Corinthe. Mais il y avait plus encore ; et la doctrine de la liberté des enfants de Dieu, si chère à l'Apôtre, était travestie, nous le savons d'ailleurs, par de fâcheuses interprétations qu'il a dû écarter plus d'une
fois. Pour l'Apôtre, il semble souvent qu'il n'y a plus de loi, mais la seule charité et le mouvement de l'Esprit de Dieu. Sans renoncer jamais à ce concept de liberté, essentiel selon lui à la vie chrétienne (Gai., IV, 21 et seq. ; V, 1), il ne cessera, nonobstant les méprises, de proscrire la licence qui s'abriterait du nom de liberté : Vos in libertatem vocati estis, fratres ; tantum ne libertatem in occasionem detis carnis, sed in charitate spiritus servite invicem (Gai., V, 13 ; cf. I Petr., II, 16). Cet odieux travestissement de la liberté en licence se cherchait un prétexte dans l'enseignement même de l'Apôtre. A l'entendre revendiquer hautement les droits de la liberté chrétienne contre la servitude de la loi, contre le réseau serré des entraves mosaïques, plusieurs à Côrinthe inclinaient volontiers vers le péril gnostique, vers l'indifférence des actes matériels, réputés insignifiants pour des âmes désormais affranchies. Il est trop aisé de pressentir à quels excès se pouvait porter ce gnosticisme déjà amorcé. « Je vous entends, dit l'Apôtre, me répondre par ce que je vous ai dit moimême : tout est permis, il n'y a plus de viandes pures et d'autres impures. — Il est vrai, mais tout n'est pas salutaire, tout n'est pas profitable à votre âme. Tout est permis, soit ; à la condition toutefois de ne pas vous engager sous prétexte de liberté, dans une misérable et pire servitude. » Car la liberté, chez l'Apôtre, ce n'est pas l'arbitraire et le désordonné ; c'est l'affranchissement de toute entrave qui pourrait nous empêcher d'être pleinement au Seigneur et de conformer nos œuvres à sa pensée.
On lui rappelait encore un autre de ces brefs axiomes dans lesquels il aimait à condenser sa doctrine : « La nourriture est pour l'estomac, comme l'estomac pour la nourriture, et les organes et facultés de notre corps ont droit à ce qui peut les réparer et les soutenir. »
« Oui, répond l'Apôtre, l'usage des aliments nécessaires à la vie est, en soi, chose régulière ou indifférente. Il appartient à l'ordre du temps. Il faut bien que l'homme ici-bas répare l'usure de ses forces et de sa vie par les procédés