‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 118 sur 663 · LA SAINTETÉ DE NOTRE CORPS · texte numérisé non relu

LA SAINTETÉ DE NOTRE CORPS

que Dieu lui-même a institués ; qui osera en conclure que le corps soit pour la fornication, comme l'estomac est pour les aliments, et que le fidèle puisse sans règle s'abandonner à l'un ou l'autre appétit ? Ne serait-ce pas méconnaître tout le christianisme, et les suites de l'Incarnation ? C'est notre nature tout entière que le Verbe de Dieu a épousée ; c'est notre nature tout entière, âme et corps, qu'il a relevée en l'unissant à lui. Désormais le corps est une chose de Dieu ; Dieu et le corps, le corps et Dieu sont l'un à l'autre. ». L'âme attentive n'a pas besoin d'être invitée à recueillir la lumière que ces paroles projettent sur l'Incarnation, sur notre justification, sur les sacrements, sur la résurrection de nos corps. L'Apôtre se réserve de donner un exposé plus large au chapitre XV de cette épître ; mais il fournit néanmoins sans retard la preuve irrécusable que Dieu a le souci d'un corps qui maintenant est à lui ; c'est que Dieu a ressuscité le Seigneur, qu'il nous ressuscitera nous-mêmes par la vertu du Seigneur, dont nous sommes les membres, et dont nous partageons réellement la vie. Le corps est donc à Dieu, parce qu'il est au Christ, et dès lors, nous n'avons pas le droit d'en user à notre gré, mais seulement à son gré.

La doctrine a une telle gravité, elle est si chère à l' Apôtre, qu'il ne permet pas aux Corinthiens de s'en distraire : « Pouvez-vous ignorer, leur demande-t-il, vous qui professez savoir tant de choses, que nos corps sont les membres du Christ, et que nous n'avons avec lui qu'une même vie ? »

L'Apôtre est réaliste, l'espèce humaine est une pour lui. Il la voit ramassée et recueillie deux fois au cours de sa longue existence : une fois en Adam, premier chef de l'humanité, lui transmettant la vie, la nature, le péché et la mort ; une autre fois en Notrë-Seigneur Jésus-Christ, le second Adam., à la vie de qui nous communions par la régénération baptismale, et de qui se répandent sur tous les baptisés, devenus ses membres, la justice et la vie. C'est à raison de notre unité naturelle avec le premier que nous portons en nous, à l'origine, un péché qui est propre à chacun ; c'est à raison;

de notre union avec le second que nous trouvons en lui justice, sanctification, rédemption (I, 30). Et il s'en faut de tout que nous puissions regarder cette communion au Seigneur comme une formule métaphorique, une expression aimable, mais dépourvue de réalité. Il y a longtemps déjà que la philosophie a reconnu qu'à un clou peint sur le mur on ne peut attacher qu'un habit peint sur le mur. Si cette communion à la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'était elle-même une réalité, elle ne produirait pas en nous des conséquences réelles, la justice, la sainteté, les vertus surnaturelles et réservées ; notre résurrection future et glorieuse n'aurait pas de titre, et l'Apôtre n'aurait pu écrire le XV® chapitre de cette Première aux Corinthiens, non plus qu'il n'aurait pu dire aux Philippiens : Qui reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori claritatis suae. En même temps, si cette communion à la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'était une réalité, l'Apôtre n'aurait pas le droit, au nom d'une formule de diction et d'une simple métaphore, de nous imposer de très réels devoirs, et le respect religieux d'un corps qui n'est plus à nous. Comment pourrais-je, se demande-t-il, prendre ce corps qui est au Christ, et le livrer à une prostituée ? « Car enfin, dit l'Apôtre, vous n'ignorez pas, n'est-il pas vrai, que celui qui s'unit à une femme impure et souillée, se profane lui-même, en devenant un avec elle. C'est la parole même de l'Ecriture : ils seront deux en une même chair. Dans le cas de Vesca ventri et venter escis, le laboratoire de notre vie transforme pacifiquement en notre substance les aliments qui lui ont été confiés ; mais dans le cas de la fornication, c'est notre corps tout entier, dans un transport physique, qui s'unit à la souillure et à l'ignominie d'une chair publique. Il faut choisir entre cette honte, et l'union avec Dieu qui nous fait être selon la loi chrétienne, non une même chair, mais un seul esprit avec lui. »

La conclusion de l'Apôtre est celle-ci : « Loin de vous la fornication et la luxure ! Aucune forme de péché n'est gracieuse, il est vrai ; mais enfin, au point de vue souillure, si

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