‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 123 sur 663 · LA LOI DU MARIAGE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LA LOI DU MARIAGE CHRÉTIEN

commencée. Du chef de sa dignité supérieure l'élément chrétien, loin d'être absorbé par l'élément païen, l'informe en quelque façon, et rejaillit sur lui. Il n'est pas saint, sans doute, il est pourtant comme enveloppé dans la sainteté de l'époux chrétien, en dehors même de la sainte séduction, de l'orientation douce et sûre qui amènera au christianisme l'époux païen. Monique vaincra Patrice, et Clotilde triomphera de Clovis.

Restent néanmoins la deuxième partie du verset 14 et l'argument sur lequel l'Apôtre s'appuie pour démontrer que l'époux -fidèle réagit, en une mesure, par sa sainteté sur l'époux demeuré païen. S'il en était autrement, dit-il, les enfants nés de ces mariages seraient encore impurs, au lieu qu'ils sont saints. Il faut observer que l'Apôtre n'use plus lorsqu'il parle de ces enfants, du terme adouci et approché qu'il a employé tout à l'heure : sanctificatus est, sanctificata est ; il dit nettement : sancti siini. Et si l'époux infidèle approche de la sainteté comme nous l'avons dit, grâce au baptême de l'époux fidèle, les enfants ne sauraient être dits saints, sancti sunt, que parce qu'ils sont baptisés. Et il me semble que nous pouvons induire de l'argumentation de l'Apôtre, en premier lieu que, dans ce mariage, l'enfant était censé appartenir de droit à l'Eglise ; en second lieu, que l'usage de baptiser les enfants existait dès lors. Si l'on ne consent à c&iie. interprétation, il sera difficile d'expliquer le quoniam sancti sunt de l'Apôtre et il faudra se rabattre sur une affinité lointaine avec la sainteté comme celle qui vient d'être reconnue dans l'époux infidèle. L'enfant, selon ce système, sera appelé « saint » à raison de cette affinité, et de cette parenté commencée avec l'Eglise. Il ne sera pas un étranger pour elle, il lui appartiendra même d'une façon initiale et éloignée comme étant l'enfant d'un chrétien. On le voit, c'est chose difficile ; et je ne sais vraiment si les paroles de l'Apôtre se prêtent à cette interprétation abusive et diminuée.

Néanmoins, en subordonnant, en ce cas, la permanence du lien conjugal à une condition essentielle, la cohabitation

pacifique, l'Apôtre a implicitement reconnu qu'il n'était pas absolument indissoluble. Car si l'infidèle prend sur lui l'initiative de la séparation, et que son épouse cesse de lui plaire dès là qu'elle est chrétienne, eh bien ! qu'il s'en aille. Il est seul responsable de la rupture ; et l'époux chrétien ne saurait être soumis à l'époux infidèle en des questions de cette nature, ni renoncer, pour lui plaire, à la libre pratique de sa religion ; sa conduite se résumera ainsi : ne pas provoquer la séparation si la cohabitation est pacifique ; ne pas s'engager dans d'interminables contestations si elle ne l'est pas. La vocation chrétienne est une vocation de paix, et nous y avons droit. L'époux chrétien recouvre en ce cas la plénitude de sa liberté.

Cette solution pouvait déplaire, et l'époux chrétien demeurait incliné peut-être à persévérer quand même, au péril de sa foi, dans un mariage troublé par les discussions, déchiré par les violences. Pourquoi, demande l'Apôtre, si le consensus pacificus de la partie païenne vous est obstinément refusé, demeurer désespérément attaché à cette servitude ? Même quand le mariage est sacrement et dès lors indissoluble, il peut survenir de telles extrémités où sans rompre le lien, la séparation est légitime et de droit. Pourquoi se courber indéfiniment sous ce fardeau ? — L'époux chrétien s'abritait contre l'Apôtre d'un prétexte très honorable, mais qui ne pouvait être invoqué toujours, l'espoir de convertir l'époux infidèle. Mais qui vous a donné l'assurance, à vous, fidèle, que vous convertiriez l'époux infidèle, et qu'à la longue, la fatigue et l'ennui ne vous détourneraient pas vous-même de votre devoir ? -

La pensée de l'Apôtre devient difficile. Pour l'atteindre ou l'essayer du moins, observons le principe général qu'il donne à la vie chrétienne : « que chacun demeure dans la condition où l'a trouvé sa vocation surnaturelle. » Que les chrétiens non mariés, que vierges et veuves demeurent ce qu'ils sont : sauf le péril d'incontinence. Que les chrétiens mariés fassent de même. Que l'époux chrétien d'un infidèle demeure dans son mariage inégal, à moins que l'infidèle ne

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