‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 129 sur 663 · CHARITÉ ET DÉSINTÉRESSEMENT · texte numérisé non relu

CHARITÉ ET DÉSINTÉRESSEMENT

sent certains, et n'est-ce pas moi qui vous ai enseigné cette loi de liberté ? N'est-ce pas le Seigneur Jésus que j'ai vu face à face, et qui m'a donné cette mission d'apôtre, dont vous êtes, vous, les fruits ? »

« Ah ! je le sais bien ; il en est qui ne consentent pas à voir en moi un vrai apôtre, , mais un prédicateur de circonstance et d'occasion. Ils sont venus de Jérusalem, avec des lettres de recommandation auprès de vous, et affectent de me négliger. Pour eux, peut-être, je ne suis pas un apôtre ; mais il faut bien que je le sois pour vous. Je n'ai pas besoin, moi, de lettres de recommandation qui m'accréditent auprès de vous : car la garantie et la preuve de mon apostolat, c'est vous-mêmes ; et à tous ceux qui en méconnaissent le titre, je n'ai qu'à montrer Corinthe. Je suis donc libre et apôtre. J'en possède tous les droits. Les ai-je réclamés, les ai-je exercés comme vous, avec cette hauteur orgueilleuse et au mépris de tout ? Et pour entrer dans le détail, est-ce que l'ouvrier évangélique, en échange de son travail, n'a pas le droit strict de boire et de manger ? Est-ce que nous n'aurions pas le droit, comme Céphas, comme les autres apôtres, comme les frères du Seigneur, d'être accompagnés au cours de nos voyages apostoliques par une chrétienne qui serait à notre service et nous dispenserait de mille petits soucis matériels, à l'exemple des pieuses Galiléennes qui, autrefois, suivaient ie Seigneur ? Serions-nous les seuls, Barnabe et moi, qui soyons astreints à travailler pour gagner notre vie ? » On peut reconnaître ici que saint Paul et saint Barnabe, qui se dirigeaient vers l'Occident, avaient tous deux et de concert, afin que leur ministère ne fût aucunement suspecté, renoncé à une coutume qui n'étonnait pas l'Orient, et n'avaient pas voulu de femme dans leur voisinage et leur familiarité. «Nous avions droit pourtant, poursuit l'Apôtre, un droit strict à recevoir notre subsistance de la main des communautés évangélisées. Le soldat ne fait pas la guerre à ses propres frais. Celui qui plante une vigne mange de son fruit. Celui qui fait paître un troupeau se nourrit de son lait. C'est de droit na-

turel, tout cela. — Mais ce ne sont que des coutumes humaines, dira-t-on. — Vous vous trompez, la loi divine ne parle pas autrement. Au livre" du Deutéronome (XXV, 4), Moïse lui-même recommande aux Israélites de ne pas museler le bœuf qui travaille dans l'aire, afin qu'il puisse compenser son travail par quelque bouchée de fortune. » Encore aujourd'hui, en Orient, gerbes et javelles mûres sont jetées dans l'aire, et c'est en les piétinant que les bêtes de somme les égrènent. « Est-ce donc, demande l'Apôtre, que Dieu a un tel souci des bœufs que, dans leur seul intérêt, il donne un précepte à son peuple ? Il est vrai que sa bonté s'étend à toute la nature, mais sa pensée et son intention sont toutes tournées vers l'homme ; dans un détail très humble de la vie pratique. Dieu a voulu faire l'éducation morale de son peuple et l'incliner à des habitudes d'équité ; finalement c'est à nous qu'il a songé surtout, en affirmant que le bœuf qui laboure et le bœuf qui foule le blé doivent de leur travail recueillir leur nourriture. Est-ce donc trop, en échange des dons spirituels que nous avons semés parmi vous, que nous prélevions parmi vous le peu qui est nécessaire à notre vie ? D'autres que nous le font. » Sans doute les députés de Palestine se faisaient héberger et défrayer par les Corinthiens ; l'Apôtre y avait plus de droit : il avait fondé l'Eglise. Et pourtant, de tous ces droits jusqu'ici énumérés, il n'a pas voulu se prévaloir ; il a préféré endurer la fatigue, parler le jour, travailler la nuit, afin de n'être à charge à personne, et de ne pas fournir même un prétexte que l'on pût tourner contre l'Evangile.

Mais il y a plus encore en faveur de ces droits de l'ouvrier évangélique, et les Corinthiens, qui savent tant de choses, sans doute ne l'ignorent pas. D'après une disposition divine, les ministres du temple, prêtres et lévites, vivent du temple, et ceux qui servent à l'autel, vivent de l'autel et ont leur part des dons qui y sont apportés. Le Seigneur lui-même a dit que l'ouvrier est digne de sa récompense : Dignus est

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