‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 131 sur 663 · VAILLANCE ET GÉNÉROSITÉ · texte numérisé non relu

VAILLANCE ET GÉNÉROSITÉ

« Libre, poursuit saint Paul, je l'étais pleinement, je l'étais en face de tous : en face des Juifs, comme chrétien, en face des Gentils, comme apôtre. Mais pour gagner au Seigneur le plus grand nombre des uns et des autres, je me suis fait l'esclave des uns et des autres, et me suis incliné devant les exigences et les préférences de tous. Ma liberté ne m'a paru bonne qu'à la sacrifier. Avec les Juifs j'ai vécu comme un Juif, afin de les gagner à Dieu. Oui, moi, le prédicateur de l'entière liberté chrétienne, affranchi par conséquent de la loi, je me suis incliné devant la loi mosaïque avec ceux qui l'observaient encore, afin de les conquérir à Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Nous l'avons vu, nous le verrons encore en plusieurs circonstances, l'Apôtre témoigne de sa déférence pour la loi de Moïse, pour le nazaréat, pour la circoncision. Inversement, avec les Gentils qui ne connaissent pas la loi de Moïse, il a vécu comme étant libre de toute loi, encore qu'il fût soumis à la loi du Christ, afin de les gagner au Christ, eux aussi. En un mot, il s'est assoupli, il s'est adapté aux exigences de tous, il est devenu volontairement faible avec les faibles et tout à tous, afin de les amener tous à Jésus- Christ. Qu'il y a loin de ces admirables condescendances d'une charité qui s'oublie, aux exigences hautaines d'une liberté jalouse, qui pousse ses droits jusqu'à l'extrême, dussent les âmes en souffrir et en périr !

Et si l'Apôtre se donne de la peine, si dans le dessein de bénéficier lui-même de l'Evangile, il ne s'épargne aucun sacrifice ni aucun travail, c'est donc que la vie chrétienne au lieu de signifier l'amour de ses aises, de ses droits, de sa liberté, est au contraire synonyme de l'effort généreux et de la bravoure. Il faut savoir se gêner si l'on veut vaincre. Corinthe le sait bien. Dans le stade, en ces jeux solennels qui ont déjà fourni à l'Apôtre (IV, 9, seq.) un terme de comparaison, il en est beaucoup qui courent ; mais un seul est déclaré le vainqueur. « Courez donc de telle façon que vous méritiez le prix de la course. » Mais alors, il faut s'entraîner, comme on dit aujourd'hui. L'athlète, pour se préparer, doit

savoir se priver, se mortifier. Les païens l'ont reconnu avant saint Paul :

Qui studet optatam cursu contingere metam, multa tulit fecitque puer, sudavit et alsit, abstinuit venere et vino.

L'apprentissage est rude ; on le supporte pourtant. L'athlète a en vue une couronne, mais qui se flétrit. La nôtre est éternelle ; on peut bien, pour l'obtenir, se donner un peu de peine. « Pour moi, dit l'Apôtre, en songeant à elle, je cours, non à l'aventure, mais tout droit, par cette ligne qui va vers un point sans se détourner vers aucun autre point ; je joue du ceste, mais en évitant de frapper dans le vide. Au lieu de flatter mon corps, je le châtie, le soumets, le réduis en servitude. Je n'ai pour lui et pour ses désirs aucune condescendance. » Dans les jeux anciens, il y avait un starter ou héraut public qui avait pour fonction d'encourager les combattants, de leur ouvrir la lice, de leur donner le signal. « Je ne veux pas, ajoute l'Apôtre, après avoir exercé pour les autres cet office, demeurer moi-même sans gloire au dernier rang. »

L'attitude hautaine et intransigeante des Corinthiens leur avait été inspirée par une conception inexacte de la liberté évangélique, l'enivrement de leur sagesse supérieure, par l'effusion, en l'Eglise de Corinthe, de tous les dons charismatiques. La chrétienté en était un peu trop vaine. L'Apôtre s'est efforcé de leur montrer, et par son exemple même, qu'il y avait quelque chose de mieux que la liberté, c'était la charité ; qu'il est digne d'un chrétien de relâcher quelque chose de ses droits dans l'intérêt surnaturel du prochain ; même, en montrant avec quelle sévérité il se traite lui-même, il leur a enseigné que la vie chrétienne, si elle veut mériter la couronne, ne saurait être une vie de tout repos ; il achève maintenant la leçon en rappelant que nous ne sommes point sauvés par des privilèges, mais par la fidélité : rien n'étant plus périlleux que de se persuader, dans une complaisance secrète.

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