CONTRE LES DIVISIONS
tibus vobis in Ecclesiam, aadio scissuras esse inter vos, et ex parte credo. i9 Nam oportet et haereses esse, ut et qui probati satit, manifesti fiant in vobis. 20 Convenientibus ergo vobis in unum, jam non est Dominicam coenam manducare. 21 Unusquisque enim suam coenam praesumit ad manducandum. Et alias quidem esurit ; alias autem ebrius est. 22 Numquid domos non habetis ad manducandum, et bibendum ? aut Ecclesiam Dei contemnitis, et confunditis eos, qui non habent ? Quid dicam vobis ? Laudo vos ? in hoc non laudo.
Outre la recommandation impérative concernant la décence des réunions chrétiennes, il en est une autre, plus grave encore, à laquelle l'Apôtre ne saurait, comme il l'a fait au verset 2, joindre une part d'éloge ; car il ne peut que blâmer des réunions qui, au lieu de tourner à l'édification commune, nuisent à la charité et malédifient. « Tout d'abord on m'apprend que lorsque vous vous réunissez dans l'assemblée chrétienne, il se forme parmi vous des divisions ; et ce qui me le fait croire, c'est le désordre que je vous ai dénoncé dès le commencement de cette lettre. » Les rivalités à propos des prédicateurs entraînaient fatalement des coteries, des groupements fermés ; et ceux qui se réclamaient d'Apollos accueillaient froidement les convertis de Paul. C'est ainsi que se déchirait peu à peu l'Eglise de Dieu, et que se préparaient les divisions et les scandales. Il faut sans doute, selon la parole du Seigneur, qu'il y ait des scandales et des occasions de chute ; et, attendu le caractère des Corinthiens, il est inévitable que les divisions éclatent parmi eux ; elles ont, du moins, ce résultat qui compense mal leur fâcheux effet : c'est qu'elles mettent en pleine lumière ceux qui sont sages, et ne consentent pas à y entrer. « Je suis du Christ ■», disait l'Apôtre.
Rappelons-nous qu'au verset 42 du chapitre II des Actes, l'historien sacré nous a énuméré les divers éléments où se résumait à l'origine la vie intérieure de l'Eglise : « Les chrétiens persévéraient dans la doctrine des apôtres, la mise en
commun d'une part de leurs richesses, la fraction du pain et la prière. » C'était la même réunion liturgique qui formait le cadre de tous ces éléments divers. Les chrétiens se réunissaient non pour attendre la Tiapouc-ia, mais pour célébrer l'Agape et obéir ainsi à la prescription divine : Hoc facite in meam commemorationem. C'est là que leur était distribuée la doctrine des apôtres, avec le récit de la vie, des miracles et des enseignements du Seigneur ; là que se traduisait la fraternité chrétienne par l'hospitalité donnée dans l'Agape aux frères étrangers ; là que se faisaient les collectes pour les pauvres ; là enfin qu'avaient lieu le festin eucharistique, l'action de grâces, la prière commune, mêlée à l'exercice des dons spirituels. L'Agape reproduisait la Cène du Jeudi-Saint. Des trois actes qui avaient composé ce premier repas eucharistique, le second, la manducation de l'Agneau pascal et figuratif, avait naturellement disparu, maintenant que l'Agneau de Dieu avait été immolé. Il ne restait donc à l'Agape chrétienne que le repas commun, puis le repas eucharistique ; or il s'y mêlait, à Corinthe, des désordres que le texte va nous révéler.
« Vous réunir comme vous le faites, dit l'Apôtre, ce n'est plus célébrer le festin dernier ou la Cène du Seigneur. Je n'y retrouve rien de la charité et de l'union du Jeudi-Saint au soir ; la douce solennité n'existe plus chez vous. Ce n'est plus ni le Cénacle, ni Emmaûs. » En effet, l'Agape commune des chrétiens ménageait aux plus fortunés le moyen de venir au secours de leurs frères, en y apportant des provisions plus abondantes, qui suppléaient discrètement à la pauvreté de plusieurs. C'était un régime nouveau d'économie chrétienne qui succédait ainsi à la communauté des biens telle qu'elle avait été primitivement pratiquée dans l'Eglise de Jérusalem ; régime mieux adapté à une société plus étendue, régime plus assuré d'avoir un lendemain. Malheureusement, à Corinthe, et sans doute sous l'influence des divisions dont il nous a été parlé au premier chapitre, la loi de la fraternité était déjà méconnue. Chacun apportait avec lui son repas, mangeait
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à la hâte, épuisait ses provisions sans attendre l'arrivée des frères plus pauvres ; les premiers étaient repus, les survenants ne trouvaient plus rien. Ce n'était plus une agape ; et le repas, au lieu de témoigner de la fraternité, consacrait la désunion. « Mais si vous ne voulez que manger et que boire, dit l'Apôtre, l'Agape est de trop ; pourquoi venir dans une réunion chrétienne ? Pour manger et pour boire, si là se borne tout votre dessein, vous avez votre maison. L'Eglise n'est pas un restaurant. Ou bien est-ce chez vous le partipris de déconsidérer la société chrétienne, et d'insUlter aux pauvres par votre dédain ? Que dire de pratiques semblables ? Vous devrai-je des éloges pour elles ? Ah 1 certes non. Et il n'est besoin pour vous en faire rougir, que de vous rappeler les conditions et les circonstances historiques de ce fait dont l'Agape veut perpétuer la reconnaissance et le souvenir. Je ne sais pas ce qui a pu vous amener à méconnaître à ce point le caractère de l'institution divine ; mais voici ce que j'ai appris, moi, du Seigneur Jésus lui-même, et que je vous ai enseigné. »
23 Ego enim accepi a Domino quod et tradidi vobis, quoniam Dominas Jésus in qua nocte tradebatur, accepit panem, 24 et grattas agens f régit, et dixit : Accipite, et manducate : hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur ; hoc facite in meam commemorationem. 25 Similiter et calicem, postquam coenavit, dicens : Hic calix novum testamentum est in meo sanguine, ; hoc facite quotiescumque bibetis, in meam commemorationem. '^^Quotiescumque enim manducabitis panem hune, et calicem bibetis : mortem Domini annuntiabitis donec vehiat. 27 Itaque quicumque manducaverit panem hune, vcl biberit calicem Domini indigne ; reus erit corporis, et sanguinis Domini. 28 Probet autem seipsum homo ; et sic de pane illo edat, et de calice bibat. 29 Qui enim manducat, et bibit indigne, judicium sibi manducat, et bibit ; non dijudicans corpus Domini. so ideo inter vos multi infirmi et imbecilles, et dormiunt multi. 3i Quod si nosmetipsos dijudicare-
mus, non utique judicaremur. 32 Oum judicamur autem, a Domino corripimur, ut non cum hoc mundo damnemur. 33 Itaque, fraires mei, cum convenitis ad manducandum, in~ vicem expectate. 34 Si quis esurit, domi manducet ; ut non in judicium conveniatis. Cetera autem, cum venero, disponam.
Les versets 23, 24, 25, contiennent le récit de l'institution de l'Eucharistie parallèle au récit de saint Matthieu XXVI, 26, 27, 28, et de saint Marc, XIV, 22, 23, 24, presque littéralement identique à celui de saint Luc, XXII, 19, 20. «Le Seigneur Jésus, en cette nuit où il fut livré, prit du pain, rendit grâces, le brisa, et dit : Ceci est mon Corps, brisé pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. De même, il prit la coupe, la cène terminée, en disant : Cette coupe est l'alliance nouvelle, consacrée dans mon sang. Faites ceci, toutes les fois que vous boirez de cette coupe, en mémoire de moi. »
« En mémoire de moi, poursuit l'Apôtre. Ainsi toutes les fois que vous mangez ce pain, que vous buvez à cette coupe, vous rappelez et vous proclamez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. Vous vous redites, et vous rappelez ainsi au monde que le Seigneur est mort pour vous. Il n'y a donc que charité et religion dans l'Agape chrétienne ; ce serait une sorte de sacrilège que de la profaner par des dispositions ouvertement opposées à son caractère et à son institution. Celui qui mange ce pain, celui qui boit à cette coupe avec une âme souillée, répondra devant Dieu du corps et du sang du Seigneur profanés par lui. Chacun devra donc s'éprouver lui-même, rechercher s'il n'est pas en lui des dispositions incompatibles avec le mystère ; c'est alors seulement qu'il pourra participer à la table sainte. » Cette recommandation grave en elle-même et par son objet, est appuyée encore par la menace des représailles de Dieu. La main du Seigneur avait frappé à Corinthe, et les infractions à la loi de la religion et de la charité n'étaient pas restées impunies ; c'est pour des fautes comme celles-là que plusieurs ont été durement châtiés dans leur corps ; quelques-uns même par la mort.