BON ORDRE A GARDER
l'action, lorsque prière, pensée, action s'élèvent au-dessus des capacités humaines. Mais aussi il existe des dons spirituels, qui sont en nous les fruits d'une activité supérieure à la nôtre, et qui sont ordonnés directement à l'édification du prochain. L'effusion de ces derniers, les dons charismatiques, fut abondante à l'origine de l'Eglise, parce que l'Eglise n'avait pas d'histoire ; elle l'est moins aujourd'hui, parce que l'histoire et l'action de l'Eglise y supléent avec avantage.
Ces dons, spirituels forment ainsi la dot extérieure de l'Eglise, jusqu'au jour où l'Eglise n'en aura plus besoin ; ils signalent aux plus inattentifs que l'Esprit de Dieu est en elle, et guide ses membres. Quelle différence avec le paganisme ! Là, des idoles matérielles ou impures, vers lesquelles les païens sont menés comme un troupeau sans intelligence et sans voix ! Chez les chrétiens au contraire, une influence intérieure, spirituelle, toute de liberté et de lumière. Il y a des contrefaçons, sans doute ; et le diable est un grand simulateur, simius Dei, dit Tertullien ; mais il y a aussi une pierre de touche qui nous fait reconnaître l'Esprit de Dieu, et nous permet de discerner son œuvre d'avec tout ce qui n'est pas de lui. Celui-là ne parle pas sous l'influence de l'Esprit de Dieu qui maudit le nom de Jésus, comme les Juifs fanatiques qui parfois s'élevaient contre la prédication chrétienne ; c'est un indice négatif ; l'indice positif que celui qui parle le fait sous l'influence de l'Esprit de Dieu, c'est lorsqu'il reconnaît Jésus pour le Seigneur. Alors il est intérieurement guidé par l'Esprit du Fils. L'Esprit du Fils nous fait dire à Dieu : « Père » ; il nous fait dire à Jésus-Christ « Seigneur ». On voit la parenté de cette doctrine avec celle de saint Jean en sa première épître, IV, 2, 3 : Omnis spiritus qui confltetur Jesum Christum in carne venisse, ex Deo est ; et omnis spiritus qui solvit Jesum ex Deo non est.
Dans la 2°- 2", quaestio CLXXI, le Docteur Angélique a parlé de ces grâces gratis datae et distingué celles qui éclairent l'intelligence, et à qui il donne le nom générique de prophétie ; — celles qui ont pour objet la parole et la com-
munication de la vérité, comme le don des langues ; — celles enfin qui sont relatives à l'action, et qu'il désigne aussi par un terme commun : le don des miracles. Ces charismes sont divers, mais il n'y a pourtant qu'une même source et un même Esprit ; les ministères sont distincts, mais il n'existe pourtant qu'un seul Seigneur ; les fonctions sont différentes mais il n'est pourtant qu'un seul Dieu qui fait toutes choses en chacun de nous ; et c'est d'un même foyer que chacun reçoit sa vigueur surnaturelle spéciale pour l'édification commune. On voit dès lors se diessiner toute la pensée de l'Apôtre. Si les dons spirituels n'ont qu'une même source et une même fin, ils sont donc nécessairement ordonnés entre eux. Dieu ne saurait être opposé à lui-même, non plus qu'il ne saurait être auteur du trouble ; et si une part de désordre et de malédification se glisse dans l'exercice de ces dons spirituels, elle trahit en cela l'alliage qui vient de l'homme, et non de Dieu.
Vient ensuite l'énumération des dons spirituels : A l'un l'Esprit de Dieu donne, dans l'intérêt intérieur et extérieur de l'Eglise, le pouvoir de parler sagesse et d'exposer les mystères les plus cachés de Dieu et de ses œuvres ; à un autre le pouvoir ou le discours de la science et de l'enseignement de la doctrine, mais selon le même Esprit. Un troisième recevra, mais toujours du même Esprit, cette vigueur de foi qui produit les miracles et transporte les montagnes ; pour un autre ce sera, mais toujours dans le même Esprit, les guérisons miraculeuses, les prodiges, la prophétie, le discernement des esprits, le don des langues, leur interprétation, toute la gamme en un mot des dons charismatiques. Quel qu'en soit le nombre, ils viennent d'un seul et même Esprit qui, à son gré, définit le lot de chacun.
12 Sicut enim corpus unum est, et membra habet multa, omnia autem membra corporis mm sint multa, unum tamen corpus sunt ; ita et Christus. i3 Etenim in uno Spiritu omnes nos in unum corpus baptizati sumus, sive Judaei, sive G en-
UNITÉ DE l'Église 355
tiles, sive servi, sive liberi ; et omnes in uno Spiritu potati samus. 14 Nam et corpus non est unum membrum, sed multa. 15 5/ dixerit pes : Quoniam non sum manus, non sum de Gorpore ; num ideo non est de corpore ? le Et si dixerit amis : Quoniam non sum oculus, non sum de corpore ; num ideo non est de corpore ? ^"^ Si totum corpus oculus ; ubi auditus ? Si totum auditus ; ubi odoratus ? is Nunc autem posuit Deus membra, unumquodque eorum in corpore sicut voluit. i9 Quod si essent omnia unum membrum, ubi corpus ? 20 Nunc autem multa quidem membra, unum autem corpus. 21 Non potest autem oculus dicere manui : Opéra tua non indigeo ; aut iterum caput pedibus : Non estis mihi necessarii. 22 Sed multo magis quae videntur membra corporis infirmiora esse, necessariora sunt ; 23 et quae putamus ignobiliora membra esse corporis, his honorem abundantiorem circumdamus ; et quae inhonesta sunt nostra, abundantiorem honestatem habent. 24 Honesta autem nostra nullius egent ; sed Deus temperavit corpus, ei, cui deerat, abundantiorem tribuendo honorem, ^^ ut non sit schisma in corpore, sed idipsum pro invicem solicita sint membra. ^^ Et si quid patitur unum membrum, compatiuntur omnia membra ; sive gloriatur unum membrum, congqudent omnia membra.
Il ne saurait suffire à l'Apôtre de signaler la variété de ces dons sans en rechercher le motif secret. Il nous est livré dans une théorie qui lui est chère et que nous retrouverons encore aux Romains, chapitre XII, 4-9, et aux Ephésiens, IV, 4-17. Mais nulle part peut-être il ne nous a exposé avec autant de complaisance l'affinité profonde de l'Eglise avec le corps humain. Depuis l'allégorie de Ménénius Agrippa, la formule était donnée ; mais elle s'applique à l'Eglise à un titre plus élevé. Pour l'Apôtre, l'Eglise est un être vivant, c'est l'humanité renouvelée en Notre-Seigneur Jésus-Christ et se développant sous l'influence intime de l'Esprit de Dieu, de l'Esprit qui s'est reposé tout entier sur Notre-Seigneur Jésus- Christ (Isaïe, XI, 1-5'; LXI, 1-4). Sans doute, en un sens très
vrai toute société est une, en vertu de son principe formel, l'autorité, qui ramène à l'unité les volontés diverses et en coordonne l'effort en vue d'un but commun. En tant que société, l'Eglise possède cette première forme d'unité, toute morale, et de dénomination. Mais elle possède en plus une unité de privilège. Elle est vraiment plus une que toute société, plus une qu'une famille, plus une que l'humanité. Dans tous les baptisés, cellules vivantes qui composent la société religieuse de l'Eglise, circule une vie unique, unifiante, la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la vie qui vient de l'Esprit de Notre-Seigneur Jésus-Christ. L'épître aux Ephésiens nous le dira un jour : et saint Jean nous l'a enseigné d'un mot. Après nous avoir dit que le Verbe s'est incarné et qu'il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité, il ajoute que c'est à cette plénitude que nous puisons tous : et de plenitudine ejus omnes nos accepimus. Cette unité vivante et étroite se traduit par une grande variété d'organes et de fonctions. Plus la vie est riche, plus elle se déploie, plus aussi elle s'enracine dans son unité et se centralise pour se contenir toujours. C'est dans les vivants supérieurs que se rencontrent tout à la fois et la plus riche expansion et la plus vigoureuse unité. Un consensus vital étroit, un lien de fédération organique fait conspirer à un même dessein la variété des énergies, assigne à tous les membres leur part de travail, coordonne leur action, les subordonne hiérarchiquement, les rend solidaires les uns des autres et assure ainsi le bien-être et la croissance du vivant. Seulement dans l'Eglise de Dieu, animée de la vie du Seigneur même, c'est par la volonté résolue et délibérée de chacun des membres et non plus par un sourd instinct vital, que se réalise l'harmonie de l'ensemble.
« Il en est, dit l'Apôtre, dans l'Eglise de Dieu, comme dans le corps humain lui-même. Notre corps est un, il contient pourtant plusieurs membres différents entre eux, et tous ces membres réunis ne font qu'un seul corps. Le Christ se forme et se construit comme Adam lui-même. Nous entrons en l'un par la génération charnelle qui nous donne naissance :