‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 143 sur 663 · UNITÉ DU CORPS · texte numérisé non relu

UNITÉ DU CORPS

la variété des choix qui ont créé dans l'Eglise les organes de sa vie : des apôtres, objets d'une élection et d'une désignation divine ; des prophètes, qui parlent sous l'influence de l'Esprit de Dieu ; des prédicateurs, organes et dispensateurs de la doctrine, nous dirions aujourd'hui des catéchistes ; puis des pouvoirs miraculeux, le don de guérir, la bienfaisance qui relève, la sagesse qui dirige ; puis encore le don des langues. Est-ce que tous sont apôtres ? tous prophètes ? tous catéchistes ? tous investis du pouvoir des miracles, du pouvoir de guérir, du don ^ des langues, de l'habileté à les interpréter ? Non, ces dons surnaturels, trois fois énumérés dans le même chapitre (versets 8, 28 et 29), sont en chacun le lot spécial que lui a dévolu l'Esprit de Dieu. Il est téméraire et irrégulier de s'en arroger l'exercice si on ne les possède pas, de s'irriter contre Celui qui ne les a pas donnés, de les envier à qui les possède. Mais ces dons étant ordonnés au bien de l'Eglise, il est permis de les solliciter de la main de Dieu. Même, parmi eux, il faut désirer surtout les plus élevés, ceux qui peuvent le mieux édifier l'Eglise, et y amener les païens. « Et voici, dit l'Apôtre, sans comparaison, où doivent aller vos préférences, la voie la plus haute qui vous soit ouverte, dans le dessein d'édifier l'Eglise ; c'est la voie royale et divine de la charité. »

Tout ce chapitre est un cantique, l'apothéose de la charité, montrée comme l'âme de tous les dons spirituels, comme le principe et la racine de toutes les vertus, comme la reine des vertus théologales ; ajoutons aussi, comme l'âme de toute la vie de saint Paul : on ne parle de la charité avec cet accent que lorsqu'on appartient pleinement à la charité.

Le sens plénier de cette vertu est impliqué déjà dans la doctrine du chapitre précédent ; il importe d'autant plus de l'observer que plusieurs, au siècle dernier, ont cru faire une trouvaille et dégager un caractère inaperçu du christianisme, en nous parlant du christianisme social comme d'une forme religieuse destinée à prendre dorénavant la place trop longtemps occupée par une religion tout individuelle, et endormie. La charité est, pour l'Apôtre, l'effacement de cet égoïsme foncier si souvent critiqué par lui : Omnes quae sua sunt quaerunt, non quae sunt Jesu Christi. — Non quae sua sunt singuli considérantes, dit-il ailleurs, sed ea quae aliorum. Nous n'échappons au moi que moyennant la conscience d'être à Jésus-Christ, et, en lui, de ne faire qu'un avec nos frères. La formule orgueilleuse et froide du stoïcisme : Toti te insère mundo, ne se réalise que dans une pensée de charité fraternelle, groupant toutes les âmes dans l'unité d'une même vie, et se traduisant socialement par l'évangélisation, l'hospitalité, les collectes, les agapes. C'était là du bon socialisme. Entendue de la sorte, comme fruit de notre union au Seigneur et de la communion des baptisés à une même vie surnaturelle, la charité envers Dieu, avec qui nous sommes un, qui adhaeret Domino, unus spiritus est, — la charité envers nos frères, avec qui nous sommes un en Notre-Seigneur Jésus-Christ contient toute loi : elle est toute vertu, et volontiers nous y ramènerions comme à une idée mère et centrale toute l'épître que nous lisons, depuis les premiers chapitres qui excluent les divisions entre fidèles jusqu'au chapitre XV qui repose tout entier sur l'union étroite entre le Seigneur et nous. Mais nous devons surseoir. II s'agit à l'heure présente du chapitre XIII.

1 Si linguis hominum loquar, et angelorum, charitatem autem non habeam, factus sum velut aes sonans, aut cymbalum tinniens. 2 Et si habuero prophetiam, et noverlm mysteria omnia, et omnem scientiam : et si habuero omnem fidem ita ut montes transferam, charitatem autem non habuero,

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