ÉLOGE DE LA CHARITÉ
niful sum. 3 Et si distribuero in cibos pauperum omnes facultates meas, et si tradidero corpus meum ita ut ardeam, charitatem autem non habuero, nihil mihi prodest.
A raison de son caractère plus extraordinaire et plus apparent, le don des langues était, avec la science, particulièrement estimé des Corinthiens : il flattait leur vanité. Pourtant, dans l'échelle hiérarchique et dans la pensée de l'Apôtre, le don des langues ordonné surtout à frapper les infidèles, ne venait qu'en dernier lieu ; et c'est le premier que l'Apôtre immole sur l'autel de la charité, comme étant vain sans elle.
Je me suppose nanti non seulement de quelques langues mais de toutes, de celles que parlent les hommes, de celles mêmes que l'on parlerait aux anges, ou au moyen desquelles les anges s'entretiennent entre eux, porté par conséquent à la plus haute expression de ce don charismatique : si je n'ai pas la charité, l'attachement surnaturel à Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est Dieu, et à mes frères, qui sont de Dieu, qui ont quelque chose de la beauté de Dieu, que Dieu aime, que Dieu veut que j'aime, qui sont vraiment le Seigneur pour moi ; si je m'obstine à ne voir dans mon prochain que les faiblesses, les éléments antipathiques, ou même l'agrément des relations, l'utilité, la sympathie naturelle, sans prendre conscience que lui et moi nous appartenons à une même vie, qui est la vie du Seigneur en nous : le don des langues n'est en moi qu'un vain bruit, quelque chose comme le tintement de l'airain qui est sans vie, comme le claquement froid et dur des castagnettes.
Ainsi même la plénitude des dons charismatiques de la parole, sans la charité, qui est l'âme, n'est rien. Mais les dons relatifs à la pensée sont plus élevés et peut-être trouveront-ils grâce. «Non, dit l'Apôtre. Posséder la connaissance prophétique, et ce, au degré le plus élevé, n'ignorer rien des mystères, ni de leurs relations multiples, être doué de cette foi, de cette conviction puissante qui obtient de Dieu les miracles et transporte les montagnes ; sans la charité, toute cette
science éminente n'est rien : devant Dieu c'est un pur néant. » Rien n'échappera à la main de l'Apôtre ; et, dans son partipris de montrer l'indispensable nécessité de la charité, il ira aussi loin que possible. Dans une hypothèse qui semble, à premier vue, audacieuse, il se saisit de ce qui est non seulement l'indice habituel de la charité mais la marque même de son entière perfection : se dépouiller de toutes ses richesses et finalement se livrer soi-même au bûcher. Cela, semble-t-il, ne peut venir que de la charité parfaite. Mais Cratès aussi s'est dépouillé ; la vanité et l'emportement peuvent aller loin. Si donc ces œuvres, accomplies par les dons qui s'appellent opitulationes, gubernationes, ne sont pas à base de charité, si elles sont isolées d'elle, ce ne sont plus que des formes vides, et qui ne servent de rien devant Dieu. Ainsi, dans l'ordre de la parole, de la pensée, de l'action, tout est vain, tout est vide, tout est néant sans la charité. La charité seule a donc une valeur réelle : propter quod unumquodque taie, et illud magis, dit la sagesse antique. Il n'y a qu'une loi, il n'y a qu'un devoir : aimer.
4 Charitas patiens est, benigna est : charitas non aemulatur, non agit perperam, non inflatur, s non est ambitiosa, non quaerit quae sua sunt, non irritatur, non cogitât malum,
6 non gaudet super iniquitate, congaudet aatem veritati :
7 omnia suffert, omnia crédit, omnia sperat, omnia sustinet.
Non seulement, dit l'Apôtre, sans la charité rien ne suffit; mais la charité, seule, suffit à tout, car elle contient et implique toute vertu : elle suppose surtout l'ensemble des vertus qui manquent le plus aux Corinthiens et dont le détail va suivre. Au jugement de saint Paul, il ne faut que s'établir dans la charité ; et pour avancer en chaque vertu, il est moins sûr d'exercer les actes de cette vertu propre que de produire des actes de charité.
Car la charité est patiente, affectueuse ; et comme elle supporte le mal, elle est attentive à ne faire que du bien. Elle