LES DONS SPIRITUELS
estimer chacun à leur valeur : le don de prophétie l'emporte sur le don des langues (2-25). L'intention commune de tous les dons est d'édifier l'Eglise : dès lors ceux-là sont les plus éminents et les plus désirables qui procurent plus sûrement l'édification, non pas ceux dans lesquels notre vanité pourrait trouver son aliment. Aussi le don de prophétie, caractérisé par l'illustration divine qui révèle le passé, l'avenir, le secret des consciences, l'emporte-t-il sur le don des langues. En effet, à moins d'être traduit par un interprète qui le comprend, celui qui parle une langue inconnue ne peut édifier ses frères. II parle devant les hommes, il ne parle pas réellement aux hommes, puisque personne ne l'entend ; il parle à Dieu et sous l'influence de l'Esprit ; mais il dit des choses que nul n'entend : dès lors nul effet d'édification réelle. Celui qui use du don de prophétie au contraire, apporte aux hommes et de la part de Dieu, l'accroissement de leur foi, l'exhortation, la consolation.
Mais, comment un don spirituel, ordonné à l'édification, peut-il manquer son but ? Voici ce que je veux dire, répond l'Apôtre, celui qui parle une langue inconnue s'édifie lui-même par son contact et sa souplesse à l'Esprit de Dieu, mais il n'édifie que lui ; celui qui use du don de prophétie édifie, éclaire, réjouit l'Eglise entière. Ce n'est pas pour décrier une des influences de l'Esprit de Dieu : je voudrais que ce don fût le don de tous ; mais à tout prendre j'aime mieux encore l'effusion universelle du don de prophétie : celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle une langue étrangère, à moins qu'un interprète ne la traduise et ne l'amène à la connaissance de tous. Alors, en effet, l'Eglise recueille de son don une édification réelle.
J'arrive au milieu de vous, je le suppose, parlant des langues inconnues de vous ; quel sera parmi vous le fruit de ma parole, si je ne vous apporte, en clair, ni une révélation, c'est-à-dire la manifestation de choses futures intéressant l'Eglise, ni une science plus profonde de la vérité, ni la connaissance des cœurs, ni l'exposé ordinaire de la doctrine ?
J'ai parlé pour ne rien dire, je ne vous ai rien apporté qui vous soit intelligible ; j'ai simplement ajouté un son de plus à la nomenclature, infinie déjà, des bruits qui ne signifient rien. C'est le cas des instruments sans vie à qui on fait rendre un son, une flûte, une cithare ; si les sons qu'on en tire manquent de netteté et de distinction, qui pourra bien, dans la mélodie confuse, reconnaître l'air que veut jouer la flûte ou la cithare ? De même aussi si une trompette guerrière n'a qu'un appel indécis et vague, qui se préparera à combattre ? C'est l'image exacte de ce qui se passe dans nos réunions. Vous parlez une langue, mais elle est incomprise, nul ne saura ce que vous avez dit. Vous aurez parlé en l'air. Est-il donc besoin d'ajouter un bruit nouveau à la variété infinie des bruits qui existent déjà par le monde ? Il n'est pas d'anim.al qui n'ait son cri. Mais c'est une langue humaine ! Il est vrai, mais si je ne la comprends pas, cette langue, je suis un barbare pour celui qui la parle, et celui qui la parle est un barbare et un étranger pour moi. C'était le cas d'Ovide exilé : Barbams his ego sum quia non inteUigor illis, et un grand philosophe a osé dire : « Je suis moins seul avec mon chien qu'avec un homme dont je ne comprends pas la parole. »
125/c et vos, quoniam aemulatores estis spirituum, ad aedificationem Ecclesiae quaerite ut abundetis. is Et ideo qui loquitur lingua, oret ut interpretetur, ^'^ Nam si orem lingua, spiritus meus orat, mens autem mea sine fructu est. is Quid ergo est ? Orabo spiritu, orabo et mente : psallam spiritu, psallam et mente. 16 Ceterum si benedixeris spiritu, qui supplet locum idiotae, quomodo dicet, Amen, super tuam benedictionem ? Quoniam quid dicas, nescit : i7 Nam tu quidem bene gratias agis : sed alter non aedificatur. is Grattas ago Deo mea, quod omnium vestrum lingua loquor. i9 Sed in Ecclesia volo quinque verba sensu meo loqui, ut et alios instruam, quam decem millia verborum in lingua.
« Soyez donc, dit l'Apôtre en concluant, soyez désireux