LES DONS SPIRITUELS
des dons charismatiques, mais demandez à Dieu d'être remplis de ceux qui édifient l'Eglise. Et pratiquement, puisqu'on ne parle que pour être compris, et que pour n'être pas compris, il suffit du silence, celui qui a reçu le don des langues, lorsqu'il s'adressera dans la prière publique à la communauté chrétienne, devra parler de manière à être ou directement compris, ou interprété par autrui. Et le motif de cette prescription, en dehors même de ce qui vient d'être dit, est évident : si je prends la parole dans l'assemblée en une langue inconnue, mon esprit, la plus haute portion de mon âme, celle qui est en contact extatique avec l'Esprit de Dieu, celle qui lui sert de clavier, prie et parle sans doute ; mais enfin ce n'est là qu'une mainmise de l'Esprit sur une portion de moi. Même, de ce phénomène divin les contrefaçons diaboliques ne manquent pas. Et de cette parole, mon intelligence et ma pensée ne retirent rien, non plus d'ailleurs que la pensée et l'intelligence de ceux qui m'écoutent. Dès lors, que faire ? Le voici, dit l'Apôtre : à la fois parler à mon esprit moyennant ma docilité à l'Esprit, parler à ma pensée, moyennant l'intelligence réelle de ce que je dis ; louer ainsi Dieu par mon esprit, le louer aussi par ma pensée, et dès lors renoncer à l'usage d'une langue que je ne comprends pas et qui ne peut être traduite dans l'assemblée chrétienne. »
C'est le bon sens lui-même et l'usage chrétien qui exigent de nous cette conduite. Tout le passage que nous lisons gagnerait à être illustré par des citations de la Didachè, de saint Justin en sa première Apologie, de Tertullien et enfin de Thomassin dans son traité sur l'office divin ; mais mieux vaut nous borner à suivre la pensée de l'Apôtre. « Si nous oublions c^iit règle, nous dit-il, et nous obstinons à bénir Dieu dans une langue qui n'est pas comprise, comment voulez-vous que l'auditeur simple, chrétien pourtant, se puisse associer par son Amen à votre action de grâces, dont il n'a pas compris un traître mot ? Peut-être votre action de grâces est-elle très jolie, très éloquente, gracieusement tournée; mais pour l'Eglise ce n'est qu'un bruit et de la sonorité : y a-t-il
un intérêt quelconque à ce qui ne grandit pas à la foi, l'espérance et la charité ? »
On aurait pu faire remarquer insolemment à l'Apôtre que le dédain qu'il professait pour le don des langues, était le dédain du renard pour les raisins qu'il ne pouvait atteindre : « Non, répond-il, grâces à Dieu, je parle les langues de vous tous, et cela me suffit. » C'est le sens de la Vulgate ; la leçon du grec : TcàvTOJv ùy-wv y-àXhov y'Xwo'a-at.ç "XaAw signifie simplement : « Je possède le don des langues à un plus haut degré que vous. Cela ne m'est pas un motif, ajoute-t-il, pour sortir des conditions ordinaires de l'édification : mais dans l'assemblée chrétienne, afin d'instruire mes frères, j'aime mieux dire cinq mots compris de moi et des fidèles que dix mille qui demeureront incompris. »
20 Fratres, nolite piieri effici sensibus, sed malitia parvuli estote : sensibus autem perfecti estote. 21 Jn lege scriptum est : quoniam in aliis lingais et labiis aliis loquar populoi huic : et nec sic exaadient me, dicit Dominas. 22 Jtaque linguae in signum sant non fidelibus, sed infidelibus : prophetiae autem non infidelibus, sed fidelibus. 23 Si ergo conveniat universa Ecclesia in unum, et omnes linguis loquantur, intrent autem idiotae, aut infidèles : nonne dicent quod insanitis ?
24 Si autem omnes prophetent, intret autem quis infidelis, vel idiota, convincitur ab omnibus, dijudicatur ab omnibus :
25 occulta cordis ejus manifesta fiunt, et ita cadens in faciem adorabit Deum, proriuntians quod vere Deus in vobis sit.
Pour l'Apôtre, la discussion n'est pas épuisée encore : et après avoir donné ses preuves, il use d'un procédé d'insinuation affectueuse, comme nous l'avons vu faire déjà en circonstance analogue (XI, 13). «Mes frères, dit-il, n'apportons pas en tout ceci des pensées d'enfants. Si nous sommes enfants, que ce soit par notre simplicité, pour la sagesse soyons des hommes faits et formés. Rappelez-vous les paroles du Seigneur en Isaïe, XXVIII, 11-12. L'heure était in-