‹ Les Epitres de Saint Paul replaceés dans le milieu historique des Actes des Apot̂resChapitre 150 sur 663 · LE DON DES LANGUES · texte numérisé non relu

LE DON DES LANGUES

iiiîiment critique pour les Juifs, l'Assyrie préparait son invasion, et voici à quoi s'amusait la frivolité des classes éclairées qu'on appelle dirigeantes. Loin de se laisser guider par les conseils et les avertissements des prophètes, on se plaisait à redire en ricanant, les formules de leurs adjurations répétées : Manda, remanda ; expecta, reexpecia ; modicum ibi, modicum ibi. L'insolente frivolité des Juifs se plaisait à ces jeux blasphématoires. « Ah ! leur répondait le Seigneur, la langue que je vous parle vous est devenue monotone, et vos moqueries témoignent que vous l'avez trop entendue ! Mais voici venir le jour où je vous parlerai dans une autre langue, inconnue de vous, la langue de l'Assyrie : et par d'autres lèvres que celles des prophéties. Et même alors, dit le Seigneur découragé, ils ne m'écouteront pas. »

Ceux à qui s'adressait la langue des Assyriens étant des ingrats et des coupables, l'Apôtre en prend occasion pour montrer que les langues étrangères sont un signe pour les incroyants, au lieu que la prophétie est un signe pour les croyants qu'elle exhorte, qu'elle confirme, qu'elle éclaire. C'est une loi de proportion : les langues sont à la prophétie comme les incroyants sont aux fidèles ; et la prophétie l'emporte sur les langues de toute la distance qui sépare la foi de l'infidélité. On sera peut-être tenté de ne voir dans cette allusion à Isaïe qu'une interprétation accommodatice ; aussi l'Apôtre va-t-il mettre sa pensée en pleine lumière moyennant une mise en scène où la prophétie a tout l'avantage, et où les langues elles-mêmes, encore qu'ordonnées aux infidèles, ne produiront pourtant sur eux aucun effet.

La communauté chrétienne est réunie. Chacun se met à parler sa langue. Au milieu du brouhaha et de la cohue de ces voix confuses, entre un infidèle, ou même un simple chrétien, non doué de ces dons charismatiques ; que penseront-ils de ce tumulte de voix discordantes, sinon que vous avez perdu la raison ?

Supposez maintenant, dans cette même communauté, l'exercice ordonné de la prophétie. Un chrétien arrive, or

même un infidèle. Le don de prophétie révélant aux propiiètes le secret des cœurs, aussitôt l'état de son âme est connu, il est scruté et jugé de tous, on lui montre ce qu'il y a dans sa conscience de plus caché ; que peut-il faire, si ce n'est de se prosterner et de reconnaître que Dieu vous a donné cette lumière ?

26 Quid ergo est, fratres ? cum convenitis, unusquisque vestrum psalmum habet, doctrinam habet, apocalypsim habet, linguam habet, interpretationem habet : omnia ad aedificationem fiant. 27 Sive lingua quis loquitur, secundum duos, aut ut multum très, et per partes ; et unus interpretetur. 28 Si autem non fuerit interpres, taceat in ecclesia, sibi auteni loquatur et Deo. 29 Prophetae autem duo, aut très dicant et ceteri dijudicent. 3o Quod si alii revelatum fuerit sedenti, prior taceat. si Potestis enim omnes per singulos prophetare : ut omnes discant, et omnes exhortentur : 32 et spiritus prophetarum prophetis subjecti sunt. 33 Non enim est dissensionis Deus, sed pacis : sicut et in omnibus Ecclesiis sanctorum doceo. ^^ Mulieres in Ecclesiis taceant, non enim permittitur eis loqui, sed subditas esse, sicut et lex dicit. 35 Si quid autem volant discere, domi viras suas interrogent. Turpe est enim mulieri loqui in Ecclesia. 36 An a vobis verbum Dei processif ? aut in vos solos pervenit ? 37 Si quis videtur propheta esse, aut spiritualis, cognoscat quae scribo vobis, quia Domini sunt mandata, s s Si quis autem ignorât, ignorabitur. 39 Jtaque, fratres, aemulamini prophetare : et loqui linguis nolife prohibere. 4o Omnia autem honeste, et secundum ordinem fiant.

Ici s'arrête la démonstration de la supériorité de la prophétie sur le don des langues. Ce qui suit jusqu'à la fin du chapitre n'est plus qu'un règlement pratique destiné à assurer le bon ordre dans la réunion chrétienne. Que conclure de tout ceci ? demande l'Apôtre. — Le voici. Vous vous réunissez : comme il y a, à Corinthe, surabondance de dons

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