BON ORDRE A GARDER
spirituels, on a, qui son cantique, qui son enseignement, qui sa révélation, qui sa langue étrangère, qui enfin sa faculté d'interprétation. Voilà bien des choses. Il convient dès lors d'éviter le pêle-mêle et de soumettre toute chose à la loi de l'édification. Au moment de l'action de grâces, la parole sera donnée à celui qui parle une langue, à un second, tout au plus à un troisième : ils ne parleront que l'un après l'autre, et à la condition qu'il se trouve quelqu'un pour les interpréter. Si personne ne peut les comprendre et les traduire, ils garderont le silence et se borneront à s'entretenir avec euxmêmes et avec Dieu.
Les prophètes parleront eux aussi, au nombre de deux ou trois, et les autres qui sont doués du même esprit prononceront leur jugement sur ce qui a été dit par les premiers : Omnia probate, disait déjà l'Apôtre aux Thessaloniciens. Car 11 y avait des chances d'alliage humain dans ces déclarations prophétiques, l'exaltation pouvait être en partie naturelle, la mémoire infidèle, la traduction inexacte, et le discernement des esprits devait dès lors s'exercer. Si, durant que l'un parle, l'esprit vient éveiller l'âme d'un fidèle, jusque-là auditeur tranquille, le premier prophète lui cédera gracieusement la parole. Non plus que ceux qui parlent les langues, les prophètes ne doivent parler tous ensemble, mais l'un après l'autre ; ainsi sera évitée toute confusion, rien ne sera perdu de la pensée ou de l'exhortation divine, tous profiteront de l'enseignement prophétique de chacun. Les dons des prophètes n'ont point le caractère de la violence et de l'emportement : ceux qui les possèdent en peuvent toujours gouverner l'exercice dans l'intérêt de l'édification commune et du bon ordre. Tout ce qui prend une forme désordonnée et brouillonne, devient suspect par cela seul ; car notre Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix et de calme, à Corinthe comme dans toutes les Eglises chrétiennes ; (le doceo de la Vulgate lui vient de IV, 17, et a été ajouté par analogie) .
L'Apôtre complète ici les prescriptions commencées au
chapitre XI, 5, relatives à la parole^ des femmes chrétiennes. Là il s'était limité à la question du voile ; ici il leur interdit très opportunément de prendre publiquement la parole pour prier ou pour exhorter dans les réunions des fidèles. Alors même qu'elles seraient capables de parler. bien, ce qui arrive, de parler avec mesure, ce qui est plus rare, l'Ecriture leur fait une loi de la docihté et de la soumission. Que si elles veulent non enseigner, puisque ce n'est pas leur mission, mais apprendre ; qu'elles interrogent leur mari, une fois rentrées à la maison. Il n'est pas décent qu'une femme prenne la parole dans l'Eglise, l'exemple donné à Corinthe ne saurait prévaloir contre la règle. Ce n'est pas à Corinthe qu'est né l'Evangile, il y est venu d'ailleurs, et dès lors le rôle des Corinthiens est de l'accepter tel quel. Si les dons spirituels, prophétie et autres, se sont répandus abondamment parmi eux, ils devront leur servir premièrement à reconnaître que les paroles de l'Apôtre viennent de Dieu. Si quelqu'un feint de le méconnaître, qu'il le fasse à ses risques et périls", et qu'on le laisse dans son obstination. Ce sera son châtiment.
Les deux derniers versets ne sont qu'un résumé de toutle chapitre : Aimer la prophétie, la préférer aux langues ; pourtant ne pas exclure ce dernier don ; veiller seulement, dans l'assemblée des fidèles, au bon ordre, et à l'édification. Et c'est la charité qui édifie.